La pilule rouge

29 juin 2014

Ne décapitez pas l'autruche qui relève la tête!

Autruche

 

Bienvenue sur ce blog consacré aux personnalités qui se démarquent par leur capacité de vulgarisation et leur expertise dans leur domaine. Nous sommes nombreux à nous poser des questions existentielles dans de nombreux domaines sans être capable de les explorer tant les connaissances de base qu’elles demandent sont trop poussées. Cependant, dans chaque domaine d’étude, il existe des universitaires et des auteurs qui ont une telle capacité de vulgarisation, qu’ils sont capable de faire appréhender les découvertes les plus pointues de la science même avec des notions de base, les idées les plus abstraites devenant ainsi compréhensibles. Les auteurs se retrouvent dans l’onglet Personnalité ici à gauche de votre écran.

 

Pourquoi appeler ce site la pilule rouge? Sans conteste, cela fait référence au film La Matrice réalisé par Larry et Andy Wachowski, dans lequel Néo a le choix entre deux gélules symbolisant deux façons d’accepter notre monde et notre condition humaine.

 

La pilule bleue symbolise le monde sensoriel interprété par nos sens primaires, ou nous laissons nos émotions et nos sentiments prendre le contrôle. Cette façon de vivre est la plus facile car on ne se pose pas de questions sur notre condition, nos buts se concentrant sur l’exaltation de nos sens (la nourriture, la sexualité, le confort matériel, etc.) et le temps libre est orienté vers les loisirs qui délassent notre cerveau. Cette façon d’appréhender notre existence est suffisante pour la majorité des individus, qui cherchent à vivre une vie paisible et confortable jusqu’à sa fin. Cependant, même si le confort matériel peut être atteint, certaines personnes s’aperçoivent que le bonheur ne se suffit pas d’un confort matérialiste. Il arrive même souvent que nous soyons pris dans une avidité sans fin nous rendant éternellement frustré et que la poursuite du bonheur reste un rêve inaccessible jusqu’à la fin.

 

La pilule rouge symbolise quant à elle le choix des individus de dépasser cette simple interprétation de leur vécu par la recherche unique du confort matériel, et de se questionner sérieusement sur leur perception et la conception de la réalité. Cette voie implique cependant des efforts importants d’introspection, de prospection intellectuelle et beaucoup de patience mais elle est des plus enrichissantes.

 

Nous avons le libre arbitre de choisir une voie ou l’autre et nous pouvons changer quand bon nous semble. Certains mécanismes psychologiques vont entrer en œuvre dans ce choix, cela dépendra de nombreux facteurs (maturité, insécurité face aux changements et aux incertitudes, etc.). Nous sommes cependant les seuls responsables de ces choix.

 

Cette notion n’est pas nouvelle, elle ressemble étrangement à la notion décrite dans l’allégorie de la caverne écrite par Platon il y a 2500 ans (livre VII de La République) ainsi que dans les principes du bouddhisme par Siddhartha Gautama à la même période. L’humanité dans son ensemble semble ne pas avoir évolué beaucoup depuis 2500 ans…

 

Pour ceux qui veulent prendre la pilule bleue, pas besoin de rester ici, allumez votre télévision, lisez les journaux traditionnels, écoutez la radio, et tous ce passera bien jusqu’à la fin si vous respectez les règles de la société établies pour vous par des êtres humains dans lesquels vous avez donné votre confiance. Je leur souhaite une bonne route.

 

Pour ceux qui veulent prendre la pilule rouge, la bibliographie présentée ici pourrait vous mettre sur votre voie. Voici quelques principes à prendre en compte afin de mieux vous engager dans l’aventure qui vous attend :

- Écouter tous les points de vue. Nous ne sommes pas obligés de croire tout ce que l’on entend, mais tout porte à croire qu’il faille écouter tous les points de vue pour se faire sa propre idée.

- Nos principes et nos croyances doivent évoluer. Tous ce dont on croit aujourd’hui peut être en partie ou en totalité faux, et il faut être disposé à se remettre en cause, même si les nouvelles connaissances ébranlent nos principes les plus solides;

- Ce n’est pas la popularité qui fait la vérité. Ne pas penser qu’une idée est vraie parce qu’elle est affirmée par la majorité ou une autorité. Elle peut l’être ou non. Aussi important, ce n'est pas parce qu'on a démontré qu'un cas est frauduleux que le concepte défendu est aussi faux;

- Distinguer l’idée de l’individu qui la porte. Une erreur souvent faite est de faire un amalgame entre une idée et un individu connu qui la défend. C’est une technique souvent utilisée dans la manipulation psychologique;

- Mobiliser la multidisciplinarité pour comprendre un phénomène. C’est en étudiant un phénomène sous différents angles et points de vue que l’on peut se faire une idée plus précise de la réalité d’un objet (comme les différentes facettes d’un diamant). C’est là qu’il est important de trouver des auteurs qui sont les meilleurs vulgarisateurs dans leur domaine, nous n’avons pas le temps de devenir des experts dans tous les domaines même à plein temps dans toute une vie;

- Un phénomène n'est pas expliqué que par un seul facteur de causalité et est probabiliste. Une erreur conventionnelle est de trouver une cause unique à un phénomène alors que dans la quasi-totalité des cas, une mulitude de facteurs est à la source d'un phénomène. Dans le même ordre d'idée, les facteurs de causalité on une probabilité d'expliquer un phénomène, autrement dit il faut concevoir le monde comme un potentiel d'opportunité (relevé par la physique des particules) plutôt que comme un déterminisme newtonnien;

- Ne pas prendre nos convictions actuelles pour la vérité et comme immuables. Il est tentant ce prendre nos certitudes pour la vérité qui doit s’imposer à tous, mais tout est relatif dans notre monde, même dans la physique. Même si elle nous permet d’économiser des ressources cérébrales, ce principe nous empêche d’évoluer intellectuellement;

- Privilégier l’argumentation à l’émotion. Le raisonnement se base sur une argumentation, l’émotion se base sur l’idéologie;

- Faire tomber les tabous et investiguer les censures. La censure permet de garder le contrôle de la population que l’on considère comme immature et ayant besoin de tutelle intellectuelle. Les tabous ont pour unique but de nous « protéger » des efforts intellectuels nécessaires pour la résolution de problèmes complexes ou pour maintenir des intérêts intacts (financiers, domination, etc.). Ce coup de pied dans la fourmilière va déranger beaucoup de monde mais elle permet de sortir la population de sa zone de confort et de la faire évoluer. Des résistances se font obligatoirement ressentir.

 

 

Extrait : La République de Platon Livre VII (515e-516)

Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n'en seront-ils pas blessés? N'en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu'on lui montre?

Assurément.

Et si, repris-je, on l'arrache de sa caverne par force, qu'on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu'on ne le lâche pas avant de l'avoir traîné jusqu'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences? Et lorsqu'il sera parvenu à la lumière pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies?

Il ne le pourra pas, répondit-il; du moins dès l'abord.

 

- Étudier les phénomènes psychologiques (psychologie sociale) pour mieux comprendre notre façon de structurer notre pensée. La compréhension de ces mécanismes permet de comprendre comment fonctionne notre inconscient et nos réflexes conditionnés, et ainsi mieux les maitriser afin de reprendre le contrôle de notre façon de penser, de parler et de prendre action.

Pour ceux qui n'ont pas le temps de lire, il existe toujours des documentaires reliés aux thèmes abordés, habituellement disponibles en dvd ou sur youtube, j’ajouterai les liens dans les articles lorsque cela sera pertinent. Je compte sur les internautes pour nous faire partager leurs réflexions sur les sujets ainsi que des références de livres, articles ou documentaires intéressants qui ébranleront nos convictions et qui nous permettront de faire avancer les débats.

 

Ce blog est actuellement structuré en 5 catégories que l'on retrouve en haut de la colonne gauche de cette page, une petite description vous permettra de vous y retrouver :

- Documentaires d'investigation : On va retrouver ici un résumé de documentaires vidéos de journalistes d'investigation parmi les plus réputés. Vous ne trouverez actuellement que Cash Investigation avec Élise Lucet, mais elle vaut le détour! Ici on tombe les tabous et en suivant les liens vous pouvez visionner toutes les émissions en entier;

- L'astronomie : S'il y a bien un sujet qui me passionne depuis des décennies, c'est bien celui de l'astronomie, quelques liens vers des videos de l'émission de vulgarisation scientifique C'est pas sorcier vous permettra de vous familiariser avec les sujets de l'espace sans mal de tête;

- Le capitalisme : Vous trouverez dans cette catégorie toutes les notions nécessaires pour bien comprendre le fonctionnement du monde économique dans lequel on vit, la série de documents vidéos d'ARTE est pour cette occasion le moment idéal pour faire le point critique sur l'idéologie qui régule actuellement nos interactions économiques et sociales;

- Personnalités : C'est ici la catégorie la plus riche pour le moment puisqu'il regroupe des auteurs et des livres qui vous sont résumés et que je vous recommande. Étant donné que je mets dans cette section uniquement des livres que j'ai lu en intégralité, vous pouvez y revenir régulièrement pour voir les nouveautés. Je compte sur les internautes pour me faire des suggestions de lecture pertinentes;

- Qu'est-ce qui se trame dans notre assiette? Ici est regroupé plusieurs documents et références qui nous permettent de mieux comprendre ce que nous ingérons. N'oubliez pas que tout ce que vous mangez se retrouve dans votre organisme et y a des actions, votre santé en dépend, quoi de plus important pour tout à chacun?

- Débats : Cette section est encore pauvre, mais nul doute que je la commencerais très bientôt. Je compte mettre des analyses personnelles de certaines situation qui pose des question et qui demande un débat publique qui n'est pas forcément présent dans la société. J'inviterais les internautes à y participer pour donner leur avis.

 

 

Faisons donc avancer la réflexion et bonne lecture!

 

 

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Le monde merveilleux de Monsanto

Sujet d'importance pour tous, notre alimentation. On peut certe ne pas acheter beaucoup de ces produits dont on nous vante les mérites tous les jours, mais une chose dont on ne peut se passer est bien de se nourrir.

Pour ceux qui ne l'ont pas encore vu, voici une vidéo qui fait pas mal le tour de la question lorsque l'on parle de "prise d'otage" des consommateurs. Bien que ce documentaire soit long (environs 1h50), il est à regarder absolument. Peut-être verrez vous votre assiette d'une autre façon.

http://www.youtube.com/watch?v=si_VATnmNME

 

Le Monde selon Monsanto

Il existe aussi en DVD (Le Monde selon Monsanto : De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, ARTE France Développement, mars 2008 (EAN 3453277601642), cela permet de soutenir l'auteur de ce reportage : Marie-Monique Robin qui a aussi écrit le livre plus détaillé intitulé Le Monde selon Monsanto : De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, Issy-les-Moulineaux / Paris, Arte éd. / éd. La Découverte, coll. « Cahiers libres »,‎ mars 2008, 370 p. (ISBN 978-2-7071-4918-3).

9782707149183[1]

 

Laissez vos commentatires si vous avez vu le documentaire ou lu le livre.

 

Posté par Didier Leheudre à 16:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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A table avec les pesticides

 

Les pesticides est le nom générique qui comprend les insecticides (contre les insectes), les fongicides (contre les champignons), les herbicides (contre les mauvaises herbes) et les parasiticides (contre les vers). On en trouve partout dans les fruits et légumes. Voici un documentaire qui fait la lumière sur le phénomène.

http://www.youtube.com/watch?v=Lu3BDLjRd7o

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Bon visionnement.

Il existe aussi le livre sur le sujet :

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16 juillet 2014

Les avantages du bio incontestablement prouvés

 

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"Selon une récente étude publiée dans le British Journal of Nutrition, les aliments bio seraient effectivement meilleurs sur le plan nutritionnel que les produits issus de l'agriculture conventionnelle


La demande croissante des consommateurs en produits biologiques est souvent motivée par l'idée qu'ils sont meilleurs pour la santé. Pourtant, de récentes études avaient estimé que, faute de données suffisantes, il n'était pas explicitement prouvé que les aliments bio présentent plus de bienfaits pour l'organisme que les denrées produites de manière conventionnelle. À la demande de la Commission européenne et du Sheepdrove Trust, organisme engagé en faveur de l'agriculture biologique, les scientifiques de l'université de Newcastle au Royaume-Uni ont fait la synthèse de quelque 343 études scientifiques portant sur la valeur nutritionnelle des produits bio. 


Les chercheurs ont ainsi comparé les bienfaits santé des fruits et légumes, céréales, produits laitiers et viandes bio par rapport aux produits classiques. Et les produits bio seraient effectivement plus riches sur le plan nutritionnel selon les résultats de cette méta-étude publiée dans le British Journal of Nutrition. « [Ces études] révèlent une différence de composition significative entre les cultures bio et non-bio », indique le rapport. 


Jusqu'à 69 % d'antioxydants en plus 
Ainsi, les fruits et légumes bio compteraient jusqu'à 69 % d'antioxydants en plus que les aliments classiques, plus traités. Pour les experts, il faudrait une à deux portions quotidiennes supplémentaires de fruits et légumes conventionnels pour obtenir les mêmes bénéfices en terme d'antioxydants. Or les antioxydants, très efficaces contreles radicaux libres, sont indispensables à la lutte contre le vieillissement des cellules et réduisent les risques de développer certains cancers et maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives. 


Des taux de résidus toxiques inférieurs 
Les résultats de l'étude confirment également la moindre contamination des aliments biologiques aux métaux lourds et aux pesticides. Les fruits, légumes et céréales bio présenteraient par exemple une concentration près de deux fois moins importante en cadmium, un élément reconnu toxique depuis les années 50 susceptible notamment d'entraîner des lésions irréversibles au foie et aux reins. Mais le cadmium n'est pas le seul composé concerné. En plus de niveaux d'azote inférieurs dans les produits bio, le rapport d'étude fait état de 30 % de nitrate et 87 % de nitrite en moins. Plus encore, les aliments bio présentent en moyenne jusqu'à quatre fois moins de résidus d'insecticides, fongicides, herbicides et pesticides en tous genres. 


Pour le Professeur Carlo Leifert, co-auteur de l'étude, « Le débat bio contre non-bio court depuis maintenant des décennies, mais les preuves qu'apporte cette étude sont irréfutables : les aliments bio contiennent beaucoup d'antioxydants, et moins demétaux lourds ou de pesticides. » Il s'agit désormais de mettre en œuvre des programmes d'accompagnement et d'analyse permettant de quantifier l'impact de l'alimentation bio sur la santé, estime le chercheur."

 

http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/12667/nouvelle-etude-confirme-effets-benefiques-du-bio-sante

http://research.ncl.ac.uk/nefg/QOF/documents/14-06-12%20Final%20Crops%20Paper%20BJN5552.pdf

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20 juillet 2014

Michael Moore

 

Micheal Moore

 

Journaliste, scénariste, producteur, acteur et réalisateur (Roger et moi et The Big One), Michael Moore est devenu le poil à gratter de la bonne conscience puritaine et du consensus patriotique aux États-Unis. Dans son ouvrage, Dégraissez-moi ça, Petite balade dans le cauchemar, il avait déjà identifié ses ennemis au cœur de l'Amérique profonde : illettrisme, alcoolisme, racisme, pauvreté et autres tares du capitalisme américain. Attention le voici qui rapplique et "contre-attaque". Railleur, moqueur, (violemment) irrévérencieux au cours de ses charges ad hominem, Michael Moore s'en prend à l'administration Bush, aux faux efforts écologiques, à l'instinct de supériorité des Américains, au délire sécuritaire, à l'adolescence chloroformée dans son conformisme, à la confiscation de la démocratie par les élites, au monopole des marchés sur l'échelle mondiale, à l'accroissement dramatique qui sépare les plus riches des plus pauvres. En bref, Mike riposte et ne laisse rien passer, histoire de réveiller un peu les consciences... Et il crie si fort ses protestations, au long des neufs articles qui composent ce pamphlet que son livre s'est vu menacé par la censure et n'a dû sa publication qu'au soutien des libraires américains ! Un ouvrage détonnant dans le paysage post-11 septembre, qui dit haut et fort ce qu'on pourrait bien penser tout bas.

 

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Titre : Mike contre-attaque! Et s’en prend aux escros qui ont fait main basse sur la Maison-Blanche

Auteur : Michael Moore

Genre : Politique

Date : 2000

Pages : 232

Éditeur : Du Boréal

Collection : Compact

ISBN : 978-2-7646-0283-6

 

Le Bandit-en-chef George W. Bush, dit « George II », et son gang, Dick Cheney, Donald Rumsfeld & Co, gouvernent l’Amérique. Ultraconservateurs et richissimes (leur fortune est liée au big business du pétrole, de l’informatique ou des biotechnologies), ils ont fait main basse sur le pays, et partent maintenant en guerre contre l’« Axe du Mal ». Provocateur, corrosif, inquiétant, narcissique, subversif, Mike l’Agitateur-en-chef refuse de leur abandonner le pays et supplie le secrétaire général de l’ONU de déployer ses casques bleus et de rétablir la démocratie ! Le temps est venu, explique-t-il, de lancer la contre-attaque en dénonçant les maux cachés de l’Amérique : l’illettrisme et l’alcoolisme (le président connaît bien les deux problèmes), le racisme (Mike propose aux Noirs un kit de survie !), la libre circulation des armes, la peine de mort, la pauvreté massive, mais aussi l’arrogance et l’irresponsabilité de la politique étrangère de son pays. Pas de doute, Mike est de retour ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son humour ravageur détonne dans le consensus patriotique qui domine aux États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001.

 

 

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Dans son premier documentaire est intitulé Roger and Me, il a eu le prix du meilleur documentaire décerné par leNew York Film Critics Circle. Micheal y décrit les conséquences de la fermetures de nombreuses usines dans sa ville natale de Flint par General Motors et la mise au chômage de 30 000 personnes malgré le fait que l'entreprise fasse des bénéfices. Les emplois sont transférés au Mexique où les salaires et les conditions de travail sont bien plus "souples", laissant des milliers de personnes dans la misère et la pauvreté. On peut trouver le documentaire en plusieures parties en suivant les liens suivants :

http://www.dailymotion.com/video/x1h7zk_roger-et-moi-michael-moore-1ere-par_news

http://www.dailymotion.com/video/x1h7uj_roger-et-moi-michael-moore-2eme-par_news

http://www.dailymotion.com/video/x1h8vh_roger-et-moi-michael-moore-3eme-par_news

http://www.dailymotion.com/video/x1h8t9_roger-et-moi-michael-moore-4eme-par_news

http://www.dailymotion.com/video/x1h8rm_roger-et-moi-michael-moore-5eme-par_news

 

 

 

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The Big One est un documentaire réalisé en 1997 lors de la tournée de promotion de son livre Downsize This! à travers les États-Unis. À chaque ville traversée le film montre la réalité sociale et le chômage en allant à la rencontre des salariés et des dirigeants d'entreprises. Il dénonce les pratiques de multinationales qui licencient leur personnel alors qu'elles font des bénéfices, ou comme Nike, dont certains sous-traitants utilisent le travail des enfants. On peut trouver le documentaire en plusieures parties en suivant les liens suivants :

https://www.youtube.com/watch?v=yPBDhqwT8VQ

https://www.youtube.com/watch?v=sDKUL1YRZZs

https://www.youtube.com/watch?v=9PM9tDtmaaI

https://www.youtube.com/watch?v=WeZiTVev7vA

https://www.youtube.com/watch?v=Nd5_lg9Ea0E

https://www.youtube.com/watch?v=kOS8g1D6MXk

https://www.youtube.com/watch?v=PW2Wr4-2oyM

https://www.youtube.com/watch?v=b3z4_gJ5hGU

https://www.youtube.com/watch?v=28B_sZZ6km4

https://www.youtube.com/watch?v=ymjvQZ6nSd8

 

 

Sicko

 

Le système de santé américain est en plein marasme. Car non seulement 47 millions de citoyens n'ont aucune couverture médicale, mais des millions d'autres, pourtant bénéficiaires d'une mutuelle, se heurtent systématiquement aux lourdeurs administratives du système. Au terme d'une enquête sans concession sur le système de santé dans son propre pays, Michael Moore nous offre un tour d'horizon des dispositifs existants au Canada, en Grande-Bretagne et en France, où les citoyens sont soignés gratuitement.

Pour voir la vidéo avec des sous-titres en français, suivre le lien suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=xpk9AuJ4J18

 

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09 août 2014

Jared Diamond

 

Jared Diamond

 

 

Jared Diamond est un biologiste évolutionniste, physiologiste et génomiste américain. Il est actuellement professeur de géographie. Diplomé de l’université de Harvard, il a fait sa thèse à Cambridge en physiologie. Il est reconnu comme un bon vulgarisateur scientifique et c'est pour cette raison (et certains de ses ouvrages) que j'ai décidé de m'intéresser à ce auteur.

Parmi les ouvrages les plus significatifs on peut signaler : "De l'inégalité parmi les sociétés" qui fut prix Pulitzer en 1998 ainsi qu' "Effondrement". Le nombre de livres de cet auteur étant relativement limité, je me suis décidé de lire l'ensemble de sa bibliographie en commençant par le premier car cela permettra de constater l'évolution de sa réflexion (ça ne sera pas un si grand challenge que Platon!).

 

 

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Titre : Pourquoi l'amour est un plaisir : l'évolution de la sexualité humaine

Auteur : Jared Diamond

Genre : Anthropologie / Biologie

Date : 1997

Pages : 216

Éditeur : Gaillimard

Collection : Folio – 531

ISBN : 978-2-07-043471-8

 

Résumé sur le livre : « Pourquoi l'amour est un plaisir L'évolution de la sexualité humaine Pourquoi notre sexualité diffère-t-elle aussi radicalement de celle de nos plus proches ancêtres, les grands singes ? En effet, l'animal humain, dont le pénis est d'une dimension au-delà de toute nécessité, ne s'adonne qu'à des relations intimes et privées. Il peut faire l'amour à n'importe quel moment, que le partenaire féminin soit fécondable ou non. D'ailleurs, ce dernier n'en sait rien précisément, et ne fait pas connaître son état aux mâles en arborant des couleurs voyantes ni en émettant odeurs et petits cris. L'homme se distingue enfin en demeurant la plupart du temps auprès de la femme qu'il a rendue féconde et il l'aide à élever ses enfants. La sexualité de l'homme, comparée à celle des animaux, est des plus étranges, mais elle a joué dans l'évolution de l'espèce un rôle comparable à celui de la taille du cerveau et de la station debout. »

 

Mon avis : Premier livre de l’auteur, il y fait l’étude comparé de la sexualité des hommes et des autres espèces animales pour tenter de définir ce qui en distingue les uns des autres. Dans la même veine que l’ouvrage de Charles Darwin (De l’origine des espèces), il intéressera certainement un public restreint. C’est un livre que je recommande dans la mesure où il est bien vulgarisé et comporte peu de page, et c’est là un critère important pour tous ceux qui n’ont pas poursuivi d’études en physiologie ou biologie mais qui veulent en connaitre un peu plus sur le sujet des origines de l’homme et de son évolution.

 

 

Le troisième chimpanzé

 

 

Titre : Le troisième chimpanzé

Auteur : Jared Diamond

Genre : Anthropologie / Biologie / Génétique / Linguistique

Date : 1992

Pages : 644

Éditeur : Gaillimard

Collection : Folio Essais  – 546

ISBN : 978-2-07-044133-4

 

Résumé sur le livre : « L’homme partage plus de 98% de ses gènes avec le chimpanzé pygmée et le chimpanzé commun. On en mesure habituellement peu les implications.

Le langage, l’art, la technique et l’agriculture – qui distinguent ce « troisième chimpanzé » – sont le fruit d’une évolution non pas seulement anatomique, mais également comportementale : le faible nombre de petits par portée, les soins parentaux bien au-delà du sevrage, la vie en couple, l’espérance de vie, la ménopause particularisent le cycle vital de l’homme. À quel stade le troisième chimpanzé fit-il le saut quantique en matière de réussite évolutive, avec l’acquisition de l’aptitude du langage, il y a au moins cent mille ans ?

Depuis lors l’animal humain déploie tous ses traits particuliers – notamment son aptitude à détruire massivement son genre et les écosystèmes, à ruiner la base même de sa propre alimentation.

Génocide et holocauste écologique posent désormais la question cruciale de l’extinction de l’espèce humaine, à l’instar de milliards d’autres espèces disparues au cours de l’histoire de l’évolution.»

 

Mon avis : Ce livre marque un développement de la réflexion entamé dans le premier livre. C’est un livre de référence à qui veut comprendre d’où nous venons et où nous allons en tant qu’espèce. L’auteur y développe une analyse multidisciplinaire de l’évolution de l’espèce humaine et de son influence sur les autres espèces animales ainsi que sur son environnement : sociobiologie, génétique, linguistique, anthropologie, éthique, aident étayer ses explications. Vers la fin du livre, on aborde la question du génocide propre à l’espèce humaine en tentant d’en comprendre le mécanisme. Les idées présentées augurent celles qui seront développées dans les livres suivants. Un must!

 

 

De l'inégalité parmi les sociétés

 

Titre : De l’inégalité parmi les sociétés

Auteur : Jared Diamond

Genre : Anthropologie / Biologie / Génétique / Linguistique

Date : 1997

Pages : 641

Éditeur : Gaillimard

Collection : Folio Essais  – 493

ISBN : 978-2-07-034750-6

 

Résumé sur le livre : La question essentielle, pour la compréhension de l'état du monde contemporain, est celle de l'inégale répartition des richesses entre les sociétés : pourquoi une telle domination de l'Eurasie dans l'histoire ? Pourquoi ne sont-ce pas les indigènes d'Amérique, les Africains et les aborigènes australiens qui ont décimé, asservi et exterminé les Européens et les Asiatiques ?

Cette question cruciale, les historiens ont renoncé depuis longtemps à y répondre, s'en tenant aux seules causes prochaines des guerres de conquête et de l'expansion du monde industrialisé. Mais les causes lointaines, un certain usage de la biologie prétend aujourd'hui les expliquer par l'inégalité supposée du capital génétique au sein de l'humanité.

Or l'inégalité entre les sociétés est liée aux différences de milieux, pas aux différences génétiques. Jared Diamond le démontre dans cette fresque éblouissante de l'histoire de l'humanité depuis 13 000 ans. Mobilisant des disciplines aussi diverses que la génétique, la biologie moléculaire, l'écologie des comportements, l'épidémiologie, la linguistique, l'archéologie et l'histoire des technologies, il marque notamment le rôle de la production alimentaire, l'évolution des germes caractéristiques des populations humaines denses, favorisées par la révolution agricole, le rôle de la géographie dans la diffusion contrastée de l'écriture et de la technologie, selon la latitude en Eurasie, mais la longitude aux Amériques et en Afrique.

 

Jared Diamond - Effondrement

 

Titre : Effondrement – Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie

Auteur : Jared Diamond

Genre : Anthropologie / Écologie

Date : 2005

Pages : 792

Éditeur : Gaillimard

Collection : Folio Essais  – 513

ISBN : 978-2-07-036430-5

 

Au rythme actuel de la croissance démographique, et particulièrement de l'augmentation des besoins économiques, de santé et en énergie, les sociétés contemporaines pourront-elles survivre demain? La réponse se construit à partir d'un tour du monde dans l'espace et dans le temps - depuis les sociétés disparues du passé (les îles de Pâques, de Pitcairn et d'Henderson; les Indiens mimbres et anasazis du sud-ouest des États-Unis; les sociétés moche et inca; les colonies vikings du Groenland) jusqu'aux sociétés fragilisées d'aujourd'hui (Rwanda, Haïti et Saint-Domingue, la Chine, le Montana et l'Australie) en passant par les sociétés qui surent, à un moment donné, enrayer leur effondrement (la Nouvelle-Guinée, Tikopia et le Japon de l'ère Tokugawa). De cette étude comparée, et sans pareille, Jared Diamond conclut qu'il n'existe aucun cas dans lequel l'effondrement d'une société ne serait attribuable qu'aux seuls dommages écologiques. Plusieurs facteurs, au nombre de cinq, entrent toujours potentiellement en jeu : des dommages environnementaux ; un changement climatique ; des voisins hostiles ; des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux ; les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres, à ces problèmes. Cette complexité des facteurs permet de croire qu'il n'y a rien d'inéluctable aujourd'hui dans la course accélérée à la dégradation globalisée de l'environnement.

 

Extraits :

On a longtemps soupçonné que nombre de ces abandons mystérieux avaient été causés par des problèmes écologiques : les habitants avaient détruit, sans le savoir, les ressources naturelles dont dépendait leur société. Cette hypothèse de suicide écologique – écocide – a été confirmée par des découvertes réalisées au cours des dernières décennies par des archéologues, des climatologues, des historiens, des paléontologues et des palynologues (scientifiques analysant les pollens). Les processus par lesquels les sociétés anciennes ont causé leur propre perte en endommageant leur environnement sont au nombre de huit, dont l’importance relative varie selon les cas : la déforestation et la restructuration de l’habitat ; les problèmes liés au sol (érosion, salinisation, perte de fertilité) ; la gestion de l’eau ; la chasse excessive ; la pêche excessive ; les conséquences de l’introduction d’espèces allogènes parmi les espèces autochtones ; la croissance démographique et l’augmentation de l’impact humain par habitant.

Jared Diamond, Effondrement, page 18

 

De toute évidence, les facteurs économiques ou militaires seuls peuvent être suffisants. Aussi le titre complet de cet ouvrage devrait-il être : Les effondrements des sociétés impliquant un facteur environnemental, et dans certains cas les effets des changements climatiques, des relations hostiles de voisinage et des relations d’échange, et les questions soulevées par les réponses apportées à ces problèmes par les sociétés.

Jared Diamond, Effondrement, page 35

 

Il y a un siècle, les problèmes de toxicité liée à l’exploitation minière avaient déjà été soulevés à l’encontre de la mine de cuivre géante de Butte et de la fonderie qui se trouvait non loin de là, lorsque les ranchers des environs virent leur bétail mourir et poursuivirent en justice le propriétaire de la mine, l’Anaconda Copper Company. L’Anaconda refusa de reconnaître sa responsabilité et gagna le procès, mais en 1907, néanmoins, elle construisit le premier d’un ensemble de bassins de décantation destinés à contenir les déchets toxiques. Nous savons donc depuis longtemps que les déchets toxiques peuvent être stockés pour en minimiser les effets à long terme ; un certain nombre de mines nouvelles dans le monde pratiquent aujourd’hui cette technique avec du matériel technologique ultramodeme, tandis que d’autres continuent d’agir comme si le problème n’existait pas. Aujourd’hui, aux États-Unis, la loi contraint toute société qui ouvre une nouvelle mine à souscrire une assurance auprès d’une compagnie d’assurances indépendante qui s’engage à endosser les coûts de nettoyage du site dans le cas où la mine elle-même ferait faillite. Mais de nombreuses mines ont été « sous-assurées » (c’est-à-dire que, au final, les coûts de nettoyage se sont révélés supérieurs à la valeur de l’assurance) ; quant aux mines plus anciennes, elles n’étaient pas soumises à une telle obligation. Dans le Montana comme ailleurs, les entreprises ayant acquis des mines anciennes réagissent de deux manières à l’obligation de financer le nettoyage. Petite, ses dirigeants peuvent déclarer la société en faillite, dans certains cas en dissimulant ses actifs, et se reporter sur d’autres sociétés ou sur de nouvelles sociétés qui ne sont pas soumises à l’obligation de nettoyage du site ancien. Dans le cas où l’entreprise est si importante qu’elle ne peut pas prétendre que les coûts de nettoyage la mettraient en faillite (comme c’est le cas pour ARCO, dont je reparlerai ultérieurement), la société nie ses responsabilités ou cherche à minimiser les coûts. Dans les deux cas, soit le site minier et sa région en aval restent toxiques, mettant ainsi en danger la population, soit le gouvernement fédéral américain et le gouvernement de l’État du Montana (donc, en fin de compte, tous les contribuables) payent pour le nettoyage en puisant dans le Superfund fédéral (fonds spécial pour le traitement de la pollution) et dans son équivalent pour l’État du Montana.    Ces deux réactions de compagnies minières posent une question qui sera récurrente dans cet ouvrage, lorsque nous tenterons de comprendre pourquoi un individu ou un groupe dans une société donnée commettent des actes dont ils savent qu’ils auront des conséquences néfastes pour l’ensemble de la société. Si le déni de ses responsabilités ou la minimisation des problèmes peut s’avérer être dans l’intérêt financier d’une compagnie minière sur le court terme, ils sont nuisibles à l’ensemble de la société, de même qu’ils pourraient se révéler néfastes pour les intérêts de l’entreprise elle-même sur le long terme, ou pour la totalité de l’industrie minière.

Jared Diamond, Effondrement, pages 61 à 63

 

Le troisième et dernier cas est celui de la mine de Zortman-Landusky, propriété de Pegasus Gold, une petite compagnie dont les fondateurs étaient issus d’autres compagnies minières. Cette mine utilisait une méthode connue sous le nom de lixiviation en tas au cyanure, mise au point afin de permettre l’extraction d’or de piètre qualité et nécessitant cinquante tonnes de minerai pour l’obtention de moins de trois grammes d’or. Le minerai est extrait d’une mine à ciel ouvert, empilé (dans les proportions d’une petite montagne) en une halde imperméable et aspergé par une solution de cyanure, laquelle est sinistrement connue pour avoir été utilisée dans la fabrication par les nazis de l’acide cyanhydrique employé pour la solution finale et pour servir aujourd’hui dans les prisons américaines pour les exécutions au gaz. Mais cette solution a également la propriété de s’agglutiner à l’or. Lorsque la solution contenant du cyanure pénètre dans le minerai aurifère, elle capte l’or et elle est entraînée un peu plus loin dans un bassin, où elle est pompée vers une usine de traitement qui va extraire l’or. Les restes de solution cyanurée contenant des métaux toxiques sont dispersés sur les forêts ou sur les prairies environnantes, ou enrichis en cyanure afin d’être à nouveau projetés sur le tas.    Il est évident que dans ce processus un certain nombre de dysfonctionnements peuvent survenir, et c’est bien ce qui s’est produit à la mine de Zortman-Landusky. Le revêtement de la halde est aussi fin qu’une pièce de monnaie et des fuites se créent inévitablement sous le poids des millions de tonnes de minerai qui y sont déversées par une lourde machinerie. Le bassin, rempli de produits nocifs, peut déborder : c’est ce qui est arrivé au cours d’un orage. Et enfin le cyanure lui-même est dangereux : lors d’une inondation dans la mine, lorsque ses exploitants ont reçu la permission de disposer des surplus de solution en les dispersant aux alentours afin d’éviter que la halde n’explose, une erreur de manipulation au moment de la dispersion a occasionné la formation de vapeurs de cyanure qui ont failli tuer certains ouvriers. Pegasus Gold s’est finalement déclarée en faillite, abandonnant ses énormes puits ouverts, ses tas et ses bassins desquels de l’acide et du cyanure vont s’écouler éternellement. L’assurance de Pegasus s’est révélée insuffisante pour couvrir les frais de nettoyage, laissant aux contribuables le soin de régler les dettes en souffrance, estimées à quarante millions de dollars au moins. Ces trois cas de déchets toxiques miniers, tout comme des milliers d’autres, donnent une idée de la raison pour laquelle des investisseurs venus d’Allemagne, d’Afrique du Sud, de Mongolie et d’autres pays, et qui envisageaient de placer des capitaux dans les mines, se sont récemment rendus dans le Montana pour y constater par eux-mêmes les erreurs commises dans l’exploitation et leurs conséquences.

Jared Diamond, Effondrement, pages 68 à 70

 

Il y a plusieurs siècles, des immigrants arrivèrent sur une terre fertile qui jouissait en apparence de ressources naturelles inépuisables. Ce pays manquait de quelques matières premières utiles à l’industrie, mais elles furent rapidement obtenues par le commerce avec d’autres pays plus pauvres qui les possédaient. Pendant un temps, tous ces pays prospérèrent et leurs populations augmentèrent.    Mais la population du pays riche finit par s’accroître au-delà de ce que même ses abondantes ressources naturelles pouvaient satisfaire. Comme ses forêts avaient été abattues et ses sols érodés, sa productivité agricole ne suffit plus à générer des excédents pouvant être exportés, à construire des bateaux ou même à nourrir sa propre population. Le commerce déclinant, on manqua bientôt des matières premières qui étaient importées. La guerre civile éclata et les institutions politiques établies furent renversées par une myriade de chefs militaires de tous bords. Le peuple affamé du pays riche survécut grâce au cannibalisme. Ses anciens partenaires commerciaux étrangers connurent un sort encore plus terrible : privés des importations dont ils avaient fini par dépendre, ils saccagèrent à leur tour leur environnement jusqu’à ce qu’il ne reste plus un seul survivant.    Ce sombre scénario pourra-t-il s’appliquer un jour aux États-Unis et à leurs partenaires commerciaux ? Notre seule certitude est qu’il décrit ce qui advint à trois îles tropicales du Pacifique.

Jared Diamond, Effondrement, pages 186 à 187

 

Il en ressort que Chaco Canyon fut abandonné à cause de l’impact humain sur l’environnement et de la sécheresse. Au cours de six siècles, la population de Chaco Canyon crût jusqu’à atteindre le point de rupture, la limite au-delà de laquelle le milieu naturel ne pouvait plus suffire à satisfaire ses besoins. Telle fut la cause ultime de l’abandon du site. La cause immédiate fut la sécheresse à laquelle une société dont la population aurait été moindre aurait pu survivre. Lorsque la société du Chaco Canyon disparut effectivement, ses habitants n’étaient plus en mesure de rebâtir leur civilisation comme avaient pu le faire les premiers agriculteurs du Chaco Canyon. Parce que les conditions initiales avaient disparu : il n’y avait plus d’arbres à proximité, plus de nappes phréatiques suffisamment élevées, ni de plaine inondable étale et dépourvue d’arroyos.    Cette conclusion peut s’appliquer à de nombreux effondrements de sociétés anciennes (y compris les Mayas, que nous étudierons au prochain chapitre) ainsi qu’à notre propre destinée. Tous autant que nous sommes – propriétaires, investisseurs, politiques, administrateurs d’universités, etc. –, nous pouvons nous permettre de négliger un certain nombre de gaspillages lorsque la conjoncture économique est bonne. Nous oublions toutefois que les conditions fluctuent et qu’il est possible que nous ne soyons pas capables d’anticiper le moment où la conjoncture se retournera. À ce moment-là, nous nous serons peut-être déjà habitués à un mode de vie dispendieux, ce qui ne nous laisserait comme issue qu’une alternative : la réduction drastique de notre mode de vie ou l’effondrement.

Jared Diamond, Effondrement, pages 245 à 246

 

Si nous suivons notre schéma en cinq points expliquant l’effondrement des sociétés, les Mayas en illustrent quatre. Leur effondrement est le fruit des dégâts causés à l’environnement, en particulier par la déforestation et l’érosion ; des changements climatiques – sécheresses – sans aucun doute répétés ; des rapports d’hostilité avec des sociétés voisines ; enfin, les facteurs politiques et culturels, en particulier les rivalités entre les rois et les nobles, qui ont conduit à privilégier la guerre et la construction de monuments au lieu de résoudre les problèmes de fond, ont eu aussi leur part. Le dernier des cinq points – le commerce ou l’absence de commerce avec des sociétés amies extérieures – ne semble pas avoir été essentiel.

Jared Diamond, Effondrement, page 251

 

Pour résumer l’effondrement classique maya, nous pouvons identifier cinq échecs […] l’un des échecs a tenu au fait que la croissance démographique a excédé les ressources disponibles, dilemme semblable à celui qu’avait prévu Thomas Malthus en 1798 et qui éclate aujourd’hui au Rwanda (chapitre 10), en Haïti (chapitre 11) et ailleurs. Comme le dit succinctement l’archéologue David Webster, « trop d’agriculteurs faisaient pousser trop de récoltes sur trop peu de terres ». Un deuxième échec venait s’ajouter à ce déséquilibre entre la population et les ressources : il s’agit des effets de la déforestation et de l’érosion des collines, qui ont causé une réduction des terres utilisables à une époque où l’on en avait besoin de davantage, sans doute exacerbés par une sécheresse d’origine humaine suite à la déforestation, par l’appauvrissement nutritif et d’autres problèmes affectant les sols, ainsi que par les efforts déployés pour empêcher que les fougères n’envahissent les champs.  Le troisième échec est lié aux combats de plus en plus nombreux, de plus en plus de personnes se battant pour des ressources moins nombreuses. Les guerres, déjà endémiques, ont atteint chez les Mayas un sommet juste avant l’effondrement. Ce n’est guère surprenant quand on songe que cinq millions de personnes au moins, et peut-être beaucoup plus, étaient entassées dans une contrée plus petite que l’État du Colorado (42 000 km2). Cet état de guerre a pu réduire encore la quantité de terres disponibles pour l’agriculture, en créant des no man’s lands entre les principautés sur lesquels toute pratique de l’agriculture présentait un danger. Le changement climatique est venu mettre sa touche finale, quatrième échec. À l’époque de l’effondrement classique, la sécheresse n’était pas la première que les Mayas avaient connue, mais c’était la plus grave. Au cours des précédentes, certaines parties du territoire maya étaient encore inhabitées, et les habitants d’un site touché par la sécheresse pouvaient assurer leur salut en gagnant un autre site. Cependant, au moment de l’effondrement classique, tout le territoire était occupé et il n’existait plus de terres utiles inhabitées dans le voisinage où s’installer pour recommencer ; les quelques zones encore dotées de réserves d’eau fiables ne suffisaient plus pour la population tout entière. Quant au cinquième échec, il conduit à se demander pourquoi les rois et les nobles ne sont pas parvenus à identifier et à résoudre ces problèmes apparemment évidents qui ruinaient leur société. Leur attention était à l’évidence focalisée sur leur intérêt à court terme : s’enrichir, mener des guerres, ériger des monuments, rivaliser les uns avec les autres et tirer assez de nourriture des paysans pour soutenir ces activités. Comme la plupart des dirigeants au cours de l’histoire humaine, les rois et les nobles mayas n’ont pas pris garde aux problèmes à long terme, à supposer qu’ils les aient entrevus. (Nous reviendrons sur ce thème au chapitre 14.) Comme à Pâques, à Mangareva et chez les Anasazis, les problèmes environnementaux et démographiques mayas ont accru les guerres et les conflits sociaux. Comme à Pâques et dans le canyon du Chaco, les maxima démographiques ont rapidement été suivis d’un effondrement social et politique. À l’instar de l’extension possible de l’agriculture des plaines côtières vers les hauteurs de l’île de Pâques et des plaines inondées aux collines mimbres, les habitants de Copán ont quitté la plaine inondée pour gagner les pentes plus fragiles des collines, de sorte qu’ils se sont retrouvés avec une population plus nombreuse à nourrir lorsque l’expansion agricole des collines atteignit ses limites. Tels les chefs pascuans construisant des statues de plus en plus grandes, parfois couronnées de pukaos et telle l’élite anasazi s’offrant des colliers comportant parfois deux mille turquoises, les rois mayas ont cherché à se surpasser les uns les autres au moyen de temples de plus en plus impressionnants, recouverts de plâtre en couches de plus en plus épaisses. La passivité des chefs pascuans comme celle des rois mayas face aux menaces bien réelles pesant sur leur société se rejoignent dans l’effondrement final.

Jared Diamond, Effondrement, pages 276 à 278

 

Aujourd’hui, le gouvernement islandais accorde une grande importance à ce passé écologique fait d’érosion des sols et de surpâturage par les moutons, calamités qui jouèrent un si grand rôle dans le long appauvrissement du pays. Un service gouvernemental s’est vu attribuer la tâche de tenter de retenir les sols, d’assurer le reboisement, de recréer le couvert végétal dans l’intérieur du pays et de réguler l’élevage ovin. Sur les hautes terres islandaises, j’ai pu voir des prairies qui avaient été plantées par ce service au beau milieu de paysages lunaires afin de rétablir le couvert végétal et de stopper l’expansion de l’érosion. Ces efforts accomplis pour faire repousser la végétation, ces vertes prairies dans un paysage brunâtre, me sont souvent apparus comme la visualisation pathétique d’un affrontement avec une montagne. Mais les Islandais sont sur la voie du progrès.    Presque partout ailleurs dans le monde, mes amis archéologues se battent pour convaincre les gouvernements que leur action a véritablement une valeur pratique. Ils tentent de faire comprendre à des bailleurs de fonds que l’étude de l’histoire d’anciennes sociétés pourrait nous aider à comprendre ce qui pourrait arriver à des sociétés qui aujourd’hui occupent les mêmes territoires. Ils avancent notamment l’argument que les dommages écologiques qui ont été causés dans le passé pourraient resurgir dans le présent, et qu’il serait donc bon de se servir de ce que nous savons du passé pour éviter de répéter les mêmes erreurs.    La plupart des gouvernements restent sourds au plaidoyer des archéologues. Ce n’est pas le cas en Islande, où le passé – les effets de l’érosion qui commencèrent à se manifester il y a mille cent trente ans – s’impose partout avec tant de force. De nombreuses études portant sur les colonies médiévales islandaises et sur les différents types d’érosion sont en cours.

Jared Diamond, Effondrement, pages 324 à 325

 

Personnellement, je préfère prendre les choses telles qu’elles sont : même si les Vikings du Groenland appartenaient à une société de mangeurs de poisson, peut-être ont-ils développé un tabou leur interdisant de le consommer. Chaque société a ses propres interdits alimentaires, qui sont arbitraires, et qui lui servent à se distinguer des autres sociétés. Ces tabous portent dans la plupart des cas sur la viande et le poisson. Par exemple, les Français mangent des escargots, des grenouilles et de la viande de cheval, les habitants de Nouvelle-Guinée mangent des rats, des araignées et des larves de coléoptères, les Mexicains mangent de la chèvre et les Polynésiens mangent des annélides marins : toutes ces espèces sont nutritives et – si vous savez les apprécier – délicieuses, mais la plupart des Américains seraient horrifiés à l’idée de devoir consommer n’importe lequel de ces mets.    La raison essentielle pour laquelle la viande et le poisson sont si souvent l’objet de tabous tient au fait qu’ils sont plus susceptibles que des aliments d’origine végétale de développer des bactéries ou des protozoaires qui peuvent empoisonner ou parasiter le consommateur. Le risque est tout particulièrement élevé en Islande et en Scandinavie, où l’on emploie de nombreuses méthodes de fermentation assurant la longue conservation de poissons odorants, qui supposent entre autres l’utilisation de bactéries mortelles pouvant être causes de botulisme. J’aime imaginer qu’Erik le Rouge, dans les premières années de la colonisation du Groenland, fut victime d’une terrible intoxication alimentaire suite à la consommation d’un poisson. Sitôt rétabli, il aurait déclaré à qui voulait l’entendre que le poisson était un aliment dangereux et que les Groenlandais, qui étaient un peuple propre et fier, ne s’abaisseraient jamais à manger la même chose que les Islandais et les Norvégiens, malpropres condamnés à l’ichthyophagie.

Jared Diamond, Effondrement, pages 369 à 370

 

Donc, nous l’avons vu au chapitre précédent, la société viking du Groenland fut dans un premier temps florissante, en raison d’une heureuse conjonction de conditions au moment de l’arrivée des colons scandinaves. Ceux-ci eurent la chance de découvrir des terres vierges sur lesquelles aucun arbre n’avait jamais été abattu, dont les sols n’avaient jamais été broutés par du bétail mais qui étaient propices au pâturage. Ils arrivèrent à une époque où le climat était relativement doux, où la production de foin était suffisante la plupart des années, où les routes maritimes vers l’Europe étaient libres de glaces, où il existait en Europe une demande pour leurs exportations d’ivoire de morse et où nul Améridien n’était visible à proximité des établissements ou des zones de chasse scandinaves.    Tous ces avantages initiaux se retournèrent progressivement contre les Scandinaves : si les colons n’eurent aucune prise sur les changements climatiques, sur la modification de la demande européenne d’ivoire ni l’arrivée des Inuits, l’impact qu’ils eurent sur l’environnement fut entièrement de leur fait.    Les Nordiques du Groenland endommagèrent leur environnement de trois manières au moins : en détruisant la végétation naturelle, en facilitant l’érosion des sols et en extrayant la tourbe. Dès leur arrivée, ils brûlèrent les forêts pour augmenter les pacages, puis ils abattirent une partie des arbres restants pour en faire du bois de construction ou du bois de chauffe. Parce que les sols étaient sans cesse broutés et piétinés par les bêtes, les arbres ne pouvaient se régénérer, surtout en hiver, époque à laquelle les végétaux sont les plus vulnérables car leur croissance est interrompue.

Jared Diamond, Effondrement, pages 399 à 400

 

On retrouve là les cinq ensembles de facteurs que nous avons déjà développés : l’impact des Vikings sur l’environnement, les changements climatiques, la moindre fréquence des contacts amicaux avec la Norvège, la multiplication des contacts hostiles avec les Inuits et l’attitude conservatrice qui fut celle des Vikings.    En conclusion, les Vikings épuisèrent sans le savoir les ressources naturelles dont ils dépendaient en abattant les arbres, en récoltant la tourbe, en pratiquant le surpâturage et en causant une érosion du sol.

Jared Diamond, Effondrement, page 431

 

Si les sociétés étudiées au chapitre 9 sont parvenues à survivre alors que la plupart des sociétés examinées dans les chapitres 2 à 8 se sont éteintes, c’est que les unes et les autres se distinguent par des différences environnementales : certains environnements sont plus fragiles et posent des problèmes plus difficiles que d’autres. Nous avons détaillé au chapitre 2 les nombreuses raisons pour lesquelles l’environnement dans les îles du Pacifique était plus ou moins fragile, ce qui expliquait en partie pourquoi les sociétés de l’île de Pâques et de l’île de Mangareva ont disparu alors que la société de Tikopia a survécu. De la même manière, l’histoire de la survie de la société des hautes terres de Nouvelle-Guinée et celle du Japon de l’ère Tokugawa ne sont que les histoires de sociétés qui eurent la chance d’occuper des territoires relativement résistants. Mais ces différences environnementales ne suffisent pas à répondre entièrement à la question posée, ainsi que le prouvent certains cas, comme le Groenland et le sud-ouest des États-Unis, où une société a survécu alors qu’une autre, ou que plusieurs autres sociétés qui avaient opté pour une économie différente dans le même environnement, ont disparu. On en conclura donc, que si l’environnement est important, importe tout autant le choix d’une économie profitable qui sache s’adapter à cet environnement. Mais, une fois fait le choix d’une économie particulière, une société sait-elle s’y tenir de façon durable ?    Indépendamment des ressources sur lesquelles cette économie repose – sols exploités par l’agriculture, végétation consommée par le bétail, réserves piscicoles, gibier, plantes ramassées ou petits animaux –, certaines sociétés élaborent des pratiques qui évitent la surexploitation, alors que d’autres ne parviennent pas à relever ce défi. C’est l’objet de la troisième partie.

Jared Diamond, Effondrement, pages 509 à 510

 

Les analyses courantes des génocides au Rwanda et au Burundi en font le fruit de haines ethniques préexistantes qu’auraient attisées des politiciens cyniques. Leave None to Tell the Story : Genocide in Rwanda, publié par l’organisation Human Rights Watch 3, donne un bon résumé de cette version, fondée sur de nombreuses preuves : « Ce génocide n’a pas été une bouffée incontrôlable de colère chez un peuple consumé par d’“ancestrales haines raciales”. […] Il a résulté du choix délibéré fait par une élite moderne d’attiser la haine et la peur afin de rester au pouvoir. Ce petit groupe de privilégiés a dressé la majorité contre la minorité afin de contrer l’opposition politique montante au Rwanda. Confrontés aux succès du FPR sur le champ de bataille et à la table de négociations, ces détenteurs du pouvoir ont transformé la stratégie de division ethnique en génocide. Ils ont cru que la campagne d’extermination restaurerait la solidarité des Hutus sous leur tutelle et les aiderait à gagner la guerre. »

Jared Diamond, Effondrement, pages 520 à 521

 

Expliquer n’est pas excuser. Quand bien même on ne retiendrait qu’une seule explication pour le génocide, cela n’atténue en rien la responsabilité personnelle des auteurs du génocide rwandais. Il importe de comprendre les origines du génocide rwandais – non pour en exonérer les assassins, mais pour tirer des enseignements pour le Rwanda ou pour d’autres régions. Vouer sa vie ou ses recherches à la compréhension des origines du génocide des juifs par les nazis ou comprendre l’esprit des meurtriers en série et des violeurs n’implique ni ne signifie que l’on tente de minimiser la responsabilité de Hitler, des meurtriers en série et des violeurs. C’est plutôt que savoir comment la chose est arrivée donne l’espoir d’aider à en prévenir le retour.

Jared Diamond, Effondrement, page 532

 

Lorsque Christophe Colomb est arrivé à Hispaniola au cours de son premier voyage transatlantique en l’an 1492, l’île avait déjà été peuplée par des indigènes américains depuis cinq mille ans environ. À l’époque, Colomb rencontra un groupe d’indiens arawaks d’un demi-million environ (les estimations vont de cent mille à deux millions). Appelés Taïnos, ils vivaient de l’agriculture et étaient organisés en cinq chefferies.    Malheureusement pour eux, les Taïnos possédaient de l’or, que convoitaient les Espagnols et qu’ils ne voulaient pas aller chercher eux-mêmes. Les conquérants ont donc divisé l’île et sa population indienne entre eux, puis l’ont réduite en esclavage, lui ont transmis des maladies d’origine européenne et l’ont assassinée. En 1519, vingt-sept ans après l’arrivée de Colomb, les Taïnos n’étaient plus que onze mille environ, et la plus grande partie mourut cette année-là de la variole, réduisant la population à trois mille habitants ; les survivants moururent petit à petit ou s’assimilèrent dans les décennies suivantes. Cela contraignit les Espagnols à chercher ailleurs la main-d’œuvre servile.    Vers 1520, ils découvrirent qu’Hispaniola était idéale pour la culture du sucre. Ils commencèrent donc à importer des esclaves d’Afrique. Les plantations de sucre firent de l’île une colonie riche pendant la plus grande partie du xvie siècle. Cependant, l’intérêt des Espagnols se détourna d’Hispaniola à la suite de la découverte de sociétés indiennes plus peuplées et plus riches sur le continent américain, en particulier au Mexique, au Pérou et en Bolivie : main-d’œuvre indienne plus nombreuse à exploiter, sociétés politiquement plus avancées à contrôler et riches mines d’argent en Bolivie. L’Espagne consacra désormais peu de ressources à Hispaniola, en particulier parce que acheter et transporter des esclaves d’Afrique était coûteux, alors qu’elle pouvait disposer d’indigènes américains pour le seul coût de leur conquête. En outre, les pirates anglais, français et hollandais infestèrent les Caraïbes et attaquèrent les colonies espagnoles, à Hispaniola et ailleurs. Puis vint le déclin politique et économique de l’Espagne qui laissa le champ libre aux Anglais, Français et Hollandais.

Jared Diamond, Effondrement, pages 539 à 540

 

Le troisième chapitre de mon guide des échecs est le plus nourri, car traitant d’une situation la plus courante : souvent les sociétés échouent même à résoudre un problème qu’elles ont perçu.    Beaucoup des raisons tiennent à ce que les économistes et d’autres spécialistes de sciences sociales appellent le « comportement rationnel », fruit de conflits d’intérêts.    Certains individus, par raisonnement, concluent qu’elles peuvent favoriser leurs intérêts en adoptant un comportement qui est, en réalité, dommageable à d’autres mais que la loi autorise de fait ou par non-application. Ils se sentent en sécurité parce qu’ils sont concentrés (peu nombreux) et très motivés par la perspective de réaliser des profits importants, certains et immédiats, alors que les pertes se distribuent sur un grand nombre d’individus. Cela donne aux perdants peu de motivation pour se défendre, parce que chaque perdant perd peu et n’obtiendrait que des profits réduits, incertains et lointains, quand bien même réussissait-il à défaire ce que la minorité a accompli. C’est le cas, par exemple, des subventions à effets pervers : ces budgets que les gouvernements dépensent pour soutenir des activités qui ne seraient pas rentables sans ces aides, comme la pêche, la production de sucre aux États-Unis et celle du coton en Australie (subventionnées indirectement par le gouvernement qui supporte les coûts liés à l’irrigation). Les pêcheurs et les cultivateurs peu nombreux font pression avec ténacité pour obtenir les subventions qui représentent une bonne part de leurs revenus, tandis que les perdants – tous les contribuables – se font moins entendre parce que la subvention concernée n’est financée que par une petite fraction des impôts acquittée par les contribuables. Les mesures bénéficiant à une petite minorité aux dépens d’une large majorité sont en particulier susceptibles d’être prises dans certains types de démocraties où le pouvoir de faire pencher la balance repose sur certains petits groupes : par exemple, les sénateurs des petits États au Sénat américain ou les petits partis religieux en Israël, à un degré par ailleurs inenvisageable dans le système parlementaire hollandais.    Un type fréquent de comportement rationnel pervers est de l’ordre de l’égoïsme. Prenons un exemple simple. La plupart des pêcheurs du Montana pèchent la truite. Quelques-uns préfèrent pêcher le brochet, gros poisson carnivore qui n’existe pas naturellement dans l’ouest du Montana, mais a été introduit subrepticement et illégalement dans certains lacs et rivières de cette contrée. Il y a ruiné la pêche à la truite, suite à la disparition des truites. Or les pêcheurs de brochets sont moins nombreux que ne l’étaient les pêcheurs de truites.    Nous avons un autre exemple engendrant plus de perdants et des pertes financières plus importantes : jusqu’en 1971, les compagnies minières du Montana, lorsqu’elles fermaient une mine, laissaient son cuivre, son arsenic et son acide s’écouler dans les rivières, faute de législation de l’État pour les contraindre à nettoyer les sites. En 1971, une telle loi a été promulguée. Les entreprises ont alors découvert qu’elles pouvaient extraire le minerai de valeur, puis se déclarer en faillite avant d’avoir à assumer les coûts d’un nettoyage. Résultat : les citoyens du Montana ont dû acquitter cinq cents millions de dollars de frais de nettoyage, alors que les sociétés minières n’ont eu qu’à engranger leurs profits. D’innombrables autres exemples de comportements de ce type dans le monde des affaires pourraient être cités, mais il n’est pas aussi universel que certains cyniques le soupçonnent. Au chapitre suivant, nous verrons dans quelle mesure ces comportements résultent de l’impératif, pour les entreprises, de gagner de l’argent dans le cadre autorisé par les règlements de l’État, le droit et la demande du public.    Une forme particulière de conflit d’intérêts est connue sous le nom de « tragédie des communs », laquelle est intimement liée aux conflits appelés « dilemme du prisonnier » et « logique de l’action collective ». Prenez une situation dans laquelle beaucoup de consommateurs récoltent une ressource qu’ils possèdent en commun, tels des pêcheurs qui prennent du poisson dans une zone de l’océan ou des bergers qui font paître leurs moutons sur un pâturage commun. Si chacun surexploite la ressource concernée, elle diminuera par surpêche ou surpâturage et finira par disparaître. Tous les consommateurs en souffriront. Il serait donc dans l’intérêt commun de tous les consommateurs d’exercer une contrainte et de ne pas surexploiter cette ressource. Mais tant qu’il n’existe pas de régulation efficace fixant la quantité de la ressource que chaque consommateur pourra récolter, chaque consommateur a raison de se dire : « Si je n’attrape pas ce poisson ou si je ne laisse pas mes moutons brouter cette herbe, un autre pêcheur ou un autre berger le fera ; je n’ai donc pas de raison de me retenir de surpêcher ou de surrécolter. » Le comportement rationnel correct consiste ici à récolter avant que l’autre consommateur puisse le faire, même si cela peut avoir pour résultat la destruction des biens communs, et donc nuire à tous les consommateurs.    En réalité, alors que cette logique a conduit nombre de biens communs à être surexploités et détruits, d’autres ont été préservés pendant des centaines, voire des milliers d’années. Parmi les conséquences malheureuses, on trouve la surexploitation et la disparition de la plupart des grandes zones de pêche et l’extermination de la grande faune (gros mammifères, oiseaux et reptiles) sur chaque île océanique ou continent colonisé par les humains pour la première fois au cours des cinquante mille dernières années. Les conséquences heureuses comprennent la préservation de nombreuses zones de pêche locales, de forêts, de sources d’eau, comme les zones de pêche à la truite et les systèmes d’irrigation du Montana que j’ai décrits au chapitre 1. La chose est aisément explicable par trois types différents de dispositions qui ont évolué pour préserver une ressource commune tout en permettant une récolte durable.

Jared Diamond, Effondrement, pages 661 à 664

 

La dernière raison spéculative que je mentionnerai pour expliquer l’échec irrationnel dans les tentatives menées pour résoudre un problème que l’on perçoit est le déni d’origine psychologique. Si une chose perçue suscite en vous une émotion douloureuse, elle sera inconsciemment supprimée ou niée afin d’éviter cette douleur, angoisse ou peur, quitte à ce que le déni conduise à des décisions désastreuses.    Dans le domaine qui nous concerne, prenons l’exemple d’une étroite vallée sinistrée juste derrière un grand barrage. Que le barrage vienne à se rompre, l’eau emportera les habitants sur une distance considérable en aval. Quand on sonde l’opinion qui vit en aval du barrage sur sa crainte d’une éventuelle rupture, cette peur est moindre en aval, elle augmente au fur et à mesure qu’on s’approche, atteint son paroxysme à quelques kilomètres du barrage, puis décroît brutalement et tend vers zéro parmi les habitants les plus proches du barrage ! Autrement dit, ces derniers, qui sont les plus certains d’être inondés en cas de rupture, disent d’une certaine manière ne pas être concernés. Ce déni d’origine psychologique est leur seule façon de vivre dans une normalité quotidienne. Le déni d’origine psychologique est un phénomène bien attesté dans la psychologie individuelle, mais il semble s’appliquer aussi à la psychologie des groupes.

Jared Diamond, Effondrement, pages 673 à 674

 

Parce qu’un projet d’extraction de ressources exige des capitaux importants, la plupart sont réalisés par de grandes entreprises. Les polémiques sont nombreuses entre les défenseurs de l’environnement et les grandes entreprises, les uns et les autres se considérant comme adversaires. Les défenseurs de l’environnement accusent les grandes entreprises de porter atteinte aux personnes en endommageant le milieu et de placer leurs intérêts financiers au-dessus du bien public. Ces accusations sont souvent fondées. À l’inverse, les entreprises accusent les écologistes d’ignorer les réalités économiques et de vouloir persister en ce sens, d’ignorer tout autant les désirs des populations locales et des gouvernements d’accueil en matière d’emplois et de développement, de placer le bien-être des oiseaux au-dessus de celui des personnes et de se refuser à reconnaître que des entreprises montrent un vrai souci pour l’environnement.    En réalité, les intérêts des grandes entreprises, des défenseurs de l’environnement et de la société dans son ensemble coïncident plus souvent que leurs reproches mutuels ne le laissent croire. Dans beaucoup d’autres cas, cependant, il y a réellement conflit d’intérêts : les profits d’une entreprise, du moins à court terme, peuvent être dommageables à la société dans son ensemble. Je m’appuierai sur des exemples tirés de quatre activités d’extraction, le pétrole, les mines et le charbon, l’activité forestière et la pêche en mer, dont j’ai une connaissance au premier degré, afin d’explorer certaines des raisons pour lesquelles des entreprises différentes considèrent qu’il est de leur intérêt d’adopter des politiques différentes, dommageables ou protectrices pour l’environnement. Je tenterai d’identifier quels changements seraient les plus efficaces pour inciter les sociétés qui endommagent l’environnement à l’épargner.

Jared Diamond, Effondrement, pages 680 à 681

 

[Au sujet de l’exploitation minière orifère]

Pour échapper à ces coûts de nettoyage, les compagnies d’extraction de minerais souvent se déclarent en faillite et transfèrent leurs actifs sur d’autres sociétés contrôlées par les mêmes actionnaires. La mine d’or Zortman-Landusky, au Montana (mentionnée au chapitre 1), qui a été développée par la compagnie canadienne Pegasus Gold Inc., en est un exemple. Quand elle ouvre en 1979, c’est la première grande mine d’or à ciel ouvert dégageant du cyanure au États-Unis et la plus grosse mine d’or du Montana. Elle cause par la suite une longue série de fuites de cyanure, d’écoulements et de drainages acides, ni le gouvernement fédéral ni l’État du Montana n’exigent de la compagnie qu’elle réalise des tests du drainage acide. En 1992, des inspecteurs de l’État établissent que la mine contamine les cours d’eau avec des métaux lourds et de l’acide. En 1995, Pegasus Gold accepte de payer trente-six millions de dollars pour régler toutes les poursuites judiciaires lancées par le gouvernement fédéral, l’État du Montana et les tribus indiennes de la région. Finalement, en 1998, alors que 15 % seulement du site de la mine a été amendé en surface, la direction de Pegasus Gold s’attribue un bonus de plus de cinq millions de dollars, transfère ce qui reste des actifs profitables de Pegasus à la nouvelle compagnie, Apollo Gold, qu’elle a créée puis déclare Pegasus Gold en faillite. (Comme la plupart des directeurs de mines, ceux de Pegasus Gold ne vivent pas dans le bassin fluvial de la mine Zortman-Landusky et symbolisent ces élites vivant à l’écart des conséquences de leurs actions que j’ai évoquées au chapitre 14.) Le gouvernement fédéral et celui de l’État ont alors adopté un plan de cinquante-deux milliards de dollars pour amender la surface, dont trente proviendraient des trente-six milliards payés par Pegasus, alors que vingt-deux seraient financés par les contribuables américains. Cependant, ce plan n’inclut toujours pas les dépenses liées au traitement de l’eau à perpétuité, qui coûtera bien davantage aux contribuables. Il s’avère que cinq des treize grandes mines récentes de minerais du Montana, dont quatre (y compris la mine Zortman-Landusky) à ciel ouvert et à écoulement de cyanure, étaient possédées par la société Pegasus Gold Inc. et que dix exigeront un traitement constant de l’eau, ce qui centuplera leurs coûts de fermeture et d’amendement par rapport aux estimations antérieures.    Plus coûteuse pour les contribuables américains a été la faillite d’une autre mine d’or à capitaux canadiens, celle de Summitville possédée par Galactic Resources, dans une zone montagneuse du Colorado. En 1992, huit ans après que l’État du Colorado eut accordé un permis à Galactic Resources, la compagnie s’est déclarée en faillite et a fermé la mine moins d’une semaine après l’avoir annoncé : impôts impayés, employés au chômage, plus de maintenance environnementale essentielle et abandon du site. Quelques mois plus tard, après le début des chutes de neige hivernales – la région reçoit dix mètres par an –, le système d’évacuation a débordé, stérilisant au cyanure une étendue de dix kilomètres sur la rivière Alamosa. On a alors découvert que l’État du Colorado avait seulement exigé une garantie de quatre millions et demi de dollars pour que Galactic Resources obtienne son permis, alors que le coût de nettoyage serait de cent quatre-vingts. Le gouvernement obtint vingt-huit autres millions de la procédure de mise en faillite ; restait cent quarante-sept millions à payer par les contribuables via l’Agence pour la protection de l’environnement.

Jared Diamond, Effondrement, pages 698 à 700

 

La Californie du Sud contribue grandement à la crise de l’énergie. Notre ancien réseau municipal de tramways a disparu avec les faillites des années 1920 et 1930, et les droits en ont été acquis par des constructeurs automobiles et subdivisés afin qu’il soit impossible de reconstruire le réseau – qui concurrençait celui des automobiles.

Jared Diamond, Effondrement, page 760

 

Ici, les riches cherchent de plus en plus à s’isoler du reste de la société, aspirent à créer leurs propres polders virtuels et distincts, utilisent leur argent pour s’acheter des services privés et votent contre les impôts qui permettraient d’étendre à chacun ces services et ces conforts (à savoir le fait de vivre dans des communautés fermées par de hauts murs, le recours à des gardes privés plutôt qu’à la police, l’inscription des enfants dans de riches écoles privées comportant de petites classes plutôt que dans les écoles publiques surchargées et sans moyens, l’acquittement d’une assurance santé et des soins médicaux privés, l’approvisionnement en eau minérale et non pas en eau municipale et – en Californie du Sud – des routes à péage concurrentes des autoroutes publiques embouteillées). Derrière ce type de privatisation, il y a la conviction erronée que l’élite peut ne pas être affectée par les problèmes de la société qui l’entoure : les chefs norvégiens au Groeland eurent la même attitude, mais ils n’eurent que le grand privilège d’être les derniers à mourir de faim.

Jared Diamond, Effondrement, pages 785 à 786

 

J’ai posé en ouverture qu’entre le monde d’hier et celui d’aujourd’hui, il existe de grandes différences : la population est plus importante et la technologie plus destructrice aujourd’hui, et l’interconnexion actuelle fait peser un risque d’effondrement global plutôt que local. Faut-il y voir des raisons d’être pessimistes ? Si les habitants de l’île de Pâques ne purent résoudre leurs problèmes locaux dans le passé, comment le monde contemporain pourrait-il espérer résoudre ses problèmes globaux ?    Pourtant, un optimisme prudent est de mise. Si nous n’accomplissons pas un effort déterminé pour résoudre nos problèmes et si nous n’y réussissons pas, dans quelques décennies, le monde dans son ensemble verra au mieux son niveau de vie décliner. C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer la plus grande partie de mon travail, à ce stade de ma vie, à convaincre mes contemporains que nos problèmes doivent être pris au sérieux. J’entrevois cependant des raisons d’espérer

Jared Diamond, Effondrement, page 787

 

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02 septembre 2014

Noam Chomsky

 

 Chomsky[1]

 Noam Chomsky est un linguiste et philosophe américain, professeur émérite au MIT. Il est le fondateur de la linguistique générative, et est aussi connu pour ses réflexions sur la politique américaine à l’intérieur comme à l’internationale. Il est reconnu comme l’un des plus grands intellectuels vivant aujourd’hui. Une référence pour ceux qui veulent mieux connaître le véritable fonctionnement du système politique.

 

 

Noam Chomsky - Un monde complètement surréel

 

Titre : Un monde complètement surréel

Auteur : Noam Chomsky

Genre : Géo-politique

Date : 1996

Pages : 48

Éditeur : ÉDAM

Collection : -

ISBN : 2-9803993-2-9

 

« Le contrôle idéologique est beaucoup plus important dans les démocraties que dans les États où la domination se fonde sur la violence, et il y est par conséquent plus raffiné et plus efficace.

Pour ceux qui recherchent obstinément la liberté, il ne peut y avoir de tâche plus urgente que d’arriver à comprendre les mécanismes et les méthodes de l’endoctrinement. Ce sont des choses faciles à saisir dans les sociétés totalitaires, mais elles le sont beaucoup moins dans le système de "lavage de cerveau sous régime de liberté" auquel nous sommes soumis et que nous servons trop souvent en tant qu’instruments consentants ou inconscients. »

  

 

 

David Barsamian - Entretiens avec Chomsky

 

Titre : Entretiens avec Chomsky

Auteur : David Barsamian

Genre : Politique / Géopolitique

Date : 1998

Pages : 170

Éditeur : Écosociété

Collection : -

ISBN : 2-921561-27-1

 

 

Les entretiens publiés dans ce livre nous permettent de découvrir Noam Chomsky dans l’intimité : un homme chaleureux, généreux, respectueux de tous, mais qui n’hésite jamais à rechercher partout la vérité et à la dire.

Au fil de ses réponses, il met à nu les structures de la société américaine organisée au profit d’une élite restreinte qui ne se contente pas d’exploiter la population de son pays, mais s’efforce d’étendre sa domination sur toute la planète.

D’un intérêt particulier, le point de vue de Chomsky sur le génocide au Timor Oriental et le rôle des États occidentaux dans cette affaire sans fin, spécialement celui de l’Australie.

David Barsamian, journaliste de renom, a eu plusieurs fois l’occasion d’interviewer Noam Chomsky au fil des ans. Ainsi les sujets couverts sont multiples.

  

 

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Titre : La loi du plus fort, Mise au pas des États voyous

 Auteur : Noam Chomsky, Ramsey Clark et Edward W. Said

 Genre : Politique / Géopolitique

 Date : 1999 (version orignale)

 Pages : 115

 Éditeur : Le Serpent à Plumes

 Collection : Essais/Documents

 ISBN : 2-84261-347-3

  

Nul n’est censé ignorer aujourd’hui le nom de Noam Chomsky, connu aussi bien pour ses travaux de linguiste – il est notamment l’inventeur de la grammaire transformationnelle – que pour son engagement contre la politique extérieure américaine, notamment à partir de la guerre du Vietnam. Chomsky est l’un de ces rares intellectuels dissidents à s’être préservé de l’embrigadement idéologique et à avoir lutté farouchement pour l’exigence d’objectivité. Sa défense inconditionnelle de la liberté de l’intellectuel vis-à-vis du pouvoir a même pu l’amener à commettre un faux pas, quand dans les années 1970 il s’est vu bien malgré lui (il n’avait pas lu, précisons-le, le texte du négationniste) l’otage de l’affaire Faurisson (on lira à ce sujet Deux heures de lucidité, récent entretien du savant publié aux Arènes).

 

Parallèlement à une série d’entretiens accordés peu après le 11 septembre (11/9 Autopsie des terrorismes), Le Serpent à Plumes publie, dans cette Loi du plus fort, un texte de Chomsky daté de 1998 et intitulé Les Etats voyous. Emboîtant le pas au critique Edward W. Said, Chomsky fait pièce à la vision manichéenne qui a cours dans l’administration américaine et selon laquelle les Etats « civilisés » (en tête desquels figureraient les Etats-Unis et l’Angleterre) auraient à charge de protéger le monde contre des « Etats voyous ». De quoi s’agit-il ? L’auteur explique qu’après la guerre froide et la chute de l’URSS, les enjeux économiques ont pris insensiblement le pas sur l’enjeu idéologique, quand bien même l’Amérique, par l’expression d’Etats voyous, s’efforcerait de déguiser l’égoïsme foncier qui meut sa politique.

 

Une rhétorique dont Chomsky dit tout le caractère opportuniste, rappelant au passage son caractère fluctuant - l’Irak remplaçant ainsi, au seuil des années 90, l’Iran et la Libye dans la liste incriminée. « Aux Etats-Unis, le mépris de la loi est profondément ancré dans la pratique et la culture intellectuelle. » Chomsky nous dresse le tableau accablant d’une politique extérieure américaine qui, plaidant au besoin la légitime défense, agit toujours « unilatéralement », jamais « multilatéralement ». Soutien systématique des dictateurs (Suharto en Indonésie, Saddam Hussein contre l'Iran, etc.) ; non-respect des décisions du Conseil de sécurité de L’ONU et notamment du très controversé article 51 (qui pose le principe de légitime défense de ses pays memebres); choix systématique de l’intervention militaire pour régler des crises ; procès truqués ; propagande visant à interdire aux citoyens ne serait-ce qu’une compréhension minimale de la réalité géopolitique : cette liste nous conduit rien moins qu’à l'effrayante notion de « culture du terrorisme » dont Chomsky faisait naguère le titre d’un de ses livres.

 

Thomas Regnier

 

 

 Document (1)

 

Titre : Israël, Palestine, États-Unis : le triangle fatidique

Auteur : Noam Chomsky

Genre : Politique / Géopolitique

Date : 1999 (version orignale)

Pages : 653

Éditeur : Écosociété

Collection : -

ISBN : 2-923165-19-5

  

Le Triangle fatidique est peut-être l’ouvrage le plus ambitieux jamais écrit sur le rôle déterminant des États-Unis dans le conflit entre le sionisme et les Palestiniens. C’est un exposé tenace de la corruption, de l’avidité et de la malhonnêteté intellectuelle des humains. C’est également un grand livre et un livre important qui doit être lu par tous ceux qui se soucient de la chose publique.

– Extrait de la préface d’Edward W. Saïd

Enfin publiée en français, voici l’œuvre majeure de Noam Chomsky à propos de l’implication des États-Unis dans le conflit Israël-Palestine. En appuyant sa réflexion sur un travail de recherche colossal, toujours aussi rigoureux et complet, Chomsky démolit le récit officiel. Il s’attaque à toute une série de mythes: la démocratie israélienne, la bienveillance de l’occupation, l’absence de racisme contre les Arabes en Israël, le terrorisme palestinien, la paix pour la Galilée, etc., et les met en pièces avec un barrage de contre-exemples. Écrit à la manière ironique et impitoyable de Chomsky, voici le livre le mieux documenté pour expliquer cette crise qui semble insoluble.

Plus de 1100 sources documentaires dans ce livre, une véritable bible sur le sujet!

 

 

367924291[1]

 

 Titre : 11/9, Autopsie des terrorismes

 Auteur : Noam Chomsky

 Genre : Politique / Géopolitique

 Date : 2001 (version orignale)

 Pages : 154

 Éditeur : Le Serpent à Plumes

 Collection : -

 ISBN : 2-84261-323-6

  

Les Etats-Unis mènent ce qu'on appelle une "guerre de faible intensité". C'est la doctrine officielle. Mais les définitions du conflit de faible intensité et celles du terrorisme sont presque semblables. Le terrorisme est l'utilisation de moyens coercitifs dirigés contre des populations civiles dans l'intention d'atteindre des visées politiques, religieuses ou autres. Le terrorisme n'est donc qu'une composante de l'action des Etats, c'est la doctrine officielle, et pas seulement celle des Etats-Unis. Aussi le terrorisme n'est-il pas, comme on le prétend souvent, "l'arme des faibles". Une première version de ce livre est parue en 2001 sous le titre 11/9 Autopsie des terrorismes. Dix ans après les attentats du 11-Septembre, une décennie de "guerre contre le terrorisme" aboutit à l'exécution de Ben Laden. Après avoir analysé le contexte historique international de ces attentats et en particulier le rôle des Etats-Unis, l'auteur discute, dans sa préface, de la politique étrangère américaine au regard des principes du procès de Nuremberg. Ce qui lui permet de soulever plusieurs questions : les interventions américaines (en Irak, en Afghanistan, etc.) ne doivent-elles pas être jugées comme un "crime international suprême" ? N'y a-t-il pas incompatibilité radicale entre toute justice internationale et le principe d'immunité que s'accordent les grandes puissances occidentales

 

Mon avis : Compilation d’interviews données dans les semaines qui suivent les attentats du 11 septembre 2001, elles révèlent une lucidité impressionnante qui prouve la parfaite maitrise du thème abordé malgré le recul inexistant que d’autres pourront avoir sans même atteindre ce pragmatisme, preuve que Noam Chomsky est un des plus grands intellectuels de notre époque. Le livre se lit bien et vite (il est court) même si certaines idées se répètent, cela n’alourdit pas le texte. A conseiller à tous ceux qui veulent une analyse concentré et qui n’ont pas beaucoup de temps à consacrer à la lecture.

 

 

Noam Chomsky - Dominer le monde ou sauver la planète

 

Titre : Dominer le monde ou sauver la planète? L’Amérique en quête d’hégémonie mondiale

Auteur : Noam Chomsky

Genre : Géo-politique

Date : 2003

Pages : 326

Éditeur : Fayard

Collection : -

ISBN : 978-2-213-61933-0

 

 

La politique actuelle de l'administration Bush sur la scène mondiale constitue-t-elle une rupture avec la position traditionnelle des États-Unis ? Pour Noam Chomsky - qui signe là son premier grand essai depuis une quinzaine d'années -, la Stratégie de sécurité nationale adoptée en 2002, dont le but avoué est de perpétuer indéfiniment la domination des États-Unis en empêchant l'émergence de tout rival, a eu de nombreux précédents dans la pratique des administrations passées, tant républicaines que démocrates. Ce qui est vraiment nouveau, c'est que cette attitude n'est plus déniée mais revendiquée ouvertement. En s'appuyant sur un travail de recherche ordre et sur l'exploitation de nombreuses archives récemment déclassifiées (dont les soviétiques), Chomsky analyse, avec autant d'indignation que d'humour, le discours du projet américain, dont il souligne très efficacement l'illogisme et l'injustice. II pose aussi une question essentielle : où nous mène une telle volonté d'hégémonie ? Sa réponse : à une situation d'extrême danger pour l'espèce humaine - du fait du réchauffement de la planète mais aussi de l'exacerbation du risque nucléaire. Hégémonie ou survie : tel est, selon Chomsky, le choix historique aujourd'hui, et nul ne sait quelle orientation va l'emporter.

 

Extraits :

Que le contrôle de l’opinion soit le fondement de tout gouvernement, du plus despotique au plus libre, on le sait au moins depuis David Hume, mais il convient d’ajouter à la formule une précision : il est infiniment plus important dans les sociétés libres, ou l’on ne peut maintenir l’obéissance par le fouet. Il est donc bien naturel que les institutions modernes de contrôle de la pensée – que l’on appelait très franchement « propagande » avant que le terme ne se démode en raison d’associations totalitaire – aient pris naissance dans les sociétés les plus libres. La Grande-Bretagne a été la pionnière en ce domaine, avec son ministère de l’Information qui a entrepris « de diriger la pensée de la plus grande partie du monde ». Et Wilson a vite suivi avec son Committee on Public Information. Ses succès dans la propagande ont inspiré les théoriciens de la démocratie progressiste et l’industrie moderne de la publicité. Des membres éminents du CPI, comme Walter Lippmann et Edward Bernays, ont puisé tout à fait ouvertement dans ces exploits du contrôle de la pensée, que Bernays appelait « l’ingénierie du consentement […], l’essence même du processus démocratique ». Le terme « propagande » est devenu une entrée dans l’Encyclopaedia Britannica en 1922, et dans l’Encyclopedia of Social Sciences dix ans plus tard, avec la caution scientifique de Harold Lasswell aux nouvelles techniques de contrôle de l’esprit public. Les méthodes des pionniers ont été particulièrement importantes, écrit Randal Marlin dans son histoire de la propagande, parce qu’elles ont été « largement imitées […] par l’Allemagne nazie, l’Afrique du Sud, l’Union soviétique et le Pentagone », bien que les prouesses de l’industrie des relations publiques les écrasent tous.

Randal Marlin, Propaganda and the Ethics of Persuasion, Peterborough (Ont.) et Orchard Park (NY), Broadview Press, 2002.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 15 et 16

 

Si l’exécutif a le pouvoir de jeter un homme en prison sans formuler contre lui aucune accusation reconnue par la loi, et en particulier s’il lui refuse le droit d’être jugé par ses pairs, on est au comble de l’odieux. C’est le fondement de tout régime totalitaire, qu’il soit nazi ou communiste.

Winston Churchill cité par A. W. Brian Simpson, Human Rights and the End of Empire : Britain and the Genesis of the European Convention, Oxford et New York, Oxford University Press, 2001, p.55.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 43

 

Quand, sur des questions importantes pour l’élite, les Nations unies sortent du rôle d’ « instrument de l’unilatéralisme américain », elles ne comptent plus. Il en existe de nombreuses illustrations, dont le nombre record de veto. Depuis les années 1960, les États-Unis ont été, de très loin, les principaux utilisateurs du droit de veto au Conseil de sécurité sur une large gamme de problèmes, y compris contre des résolutions qui appelaient des États à respecter le droit international. La Grande-Bretagne est deuxième, la France et la Russie très loin derrière. Et même ce bilan déforme la réalité, car la puissance colossale de Washington impose souvent l’édulcoration des résolutions auxquelles il fait objection, ou interdit totalement l’inscription à l’ordre du jour de questions cruciales – comme les guerres qu’il a menées en Indochine, pour citer un exemple qui n’était pas un souci secondaire dans le monde.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 45 et 46

 

Certains commentateurs ont souligné qu’Israël détenait le record des violations. La Turquie et le Maroc, alliés des États-Unis, ont aussi violé davantage de résolutions du Conseil de sécurité que l’Irak. Celles-ci portaient sur des questions de la plus haute importance : agressions, méthodes dures et brutales dans le cadre d’une occupation militaire longue de plusieurs décennies, infractions graves aux conventions de Genève (ce sont des crimes de guerre en droit américain) et autres problèmes plus sérieux qu’un désarmement incomplet.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 47

 

Nous ne croyons ni Bonaparte quand il dit se battre pour la seule liberté des mers, ni la Grande-Bretagne quand elle dit lutter pour la liberté de l’humanité. Ils ont le même but : aspirer à leur profit la puissance, la richesse et les ressources des autres pays.

Thomas Jefferson

Cité par l’historien mexicain José Fuentes Mares in Cecil Robinson (éd. et trad. angl.), The View from Chapultepec : Mexican Writers on the Mexican-American War, Tucson, University of Arizona Press, 1989, p.160.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 71

 

La montée du fascisme dans l’entre-deux-guerres suscita des préoccupations, mais fut dans l’ensemble assez favorablement perçue par les gouvernements américain et britannique, le monde des affaires et une grande partie des élites. La raison : la version fasciste du nationalisme extrême autorisait une large pénétration économique occidentale, détruisait la gauche et le mouvement ouvrier (qui faisait très peur), ainsi que la démocratie excessive au sein de laquelle ils pouvaient agir. Mussolini fut soutenu avec ardeur. « Cet admirable gentleman italien », comme disait le président Roosevelt en 1933, a joui d’un grand respect dans des milieux d’opinions très diverses jusqu’à l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale. Ce soutien s’est étendu à l’Allemagne hitlérienne. Il est bon, soit dit en passant, de se souvenir que le régime le plus monstrueux de l’histoire est arrivé au pouvoir dans un pays qui pouvait raisonnablement passer pour la plus haute incarnation de la civilisation occidentale dans les sciences et les arts, et qu’on avait considéré comme une démocratie modèle avant que le conflit international n’ait pris des formes incompatibles avec cette formule (1). Un peu comme Saddam Hussein un demi-siècle plus tard, l’Allemagne a continué à jouir d’un important soutien anglo-américain jusqu’au jour où Hitler a lancé une agression directe qui empiétait trop sérieusement sur les intérêts des États-Unis et de la Grande-Bretagne.

Le soutien au fascisme s’est manifesté d’emblée. Dans le texte où il se félicite de la prise du pouvoir par les fascistes en Italie – qui sera vite suivie par l’abolition du parlementarisme et la répression violente de l’opposition syndicale et politique -, l’ambassadeur des États-Unis Henry Fletcher formule les postulats qui vont guider la politique américaine dans ce pays et ailleurs au cours des années suivantes. L’Italie, écrit-il au secrétaire d’État, était confrontée à un choix tranché : soit « Mussolini et le fascisme », soit « Giolitti et le socialisme » - Giolitti était une grande figure du libéralisme italien. Dix ans plus tard, en 1937, le département d’État considère toujours le fascisme européen comme une force modérée qui « doit absolument réussir, faute de quoi les masses populaires, avec le renfort, cette fois, des classes moyennes désillusionnées, vont à nouveau se tourner vers la gauche ». La même année, l’ambassadeur des États-Unis en Italie, William Philips, est « très impressionné par les efforts de Mussolini pour améliorer les conditions de vie des masses » et trouve « de nombreux faits concrets » à l’appui de la prétention des fascistes à « représenter une vraie démocratie, puisque le bien-être du peuple est leur objectif central ». Il juge les réalisations du Duce « stupéfiantes, source constante d’admiration », et vante avec enthousiasme ses « grandes qualités humaines ». Ce que confirme énergiquement le département d’État, qui lui aussi salue les résultats « magnifiques » de Mussolini en Éthiopie et félicite le fascisme d’avoir « fait jaillir l’ordre du chaos, la discipline de la licence et la solvabilité de la faillite ». En 1939, Roosevelt continue à considérer le fascisme italien comme « d’une grande portée pour le monde, [même s’il] reste au stade expérimental ».

En 1938, Roosevelt et son proche confident Sumner Welles approuvent les accords hitlériens de Munich qui démembrent la Tchécoslovaquie. Welles estimait, on l’a dit, qu’ils « offraient aux pays du monde l’occasion d’instaurer un nouvel ordre mondial fondé sur la justice et sur le droit », où les nazis, ces modérés, joueraient un rôle dirigeant. En avril 1941, George Kennan écrit du consulat de Berlin, où il est en poste, que les dirigeants du Reich ne souhaitent nullement « voir d’autres peuples souffrir sous la domination allemande », sont « très attentifs à ce que leurs nouveaux sujets soient heureux sous leur gouvernement », et font « d’importantes concessions » pour atteindre cet aimable résultat.

Le monde des affaires était, lui aussi, absolument enthousiasmé par le fascisme européen. D’où un boom de l’investissement en Italie fascisme. « Les Wops se déwopisent », écrivait la revue Fortune en 1934. Après l’accession de Hitler au pouvoir, un semblable boom de l’investissement s’est produit en Allemagne pour des raisons du même ordre : la menace des « masses » avait été contenue, et un climat de stabilité propice aux affaires s’était instauré. Jusqu’à l’éclatement de la guerre en 1939, écrit Scott Newton, la Grande-Bretagne était encore plus favorable à Hitler, pour des raisons profondément ancrées dans les relations industrielles, commerciales et financières anglo-allemandes et du fait d’une « politique d’autopréservation de l’establishment britannique » face à la montée des pressions populaires démocratiques.

Même après l’entrée des États-Unis dans le conflit, l’état d’esprit resta ambigu. En 1943, les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient commencé leurs efforts, qui devaient s’intensifier après la guerre, pour démanteler la résistance antifasciste dans le monde entier et restaurer une situation proche de l’ordre traditionnel, souvent en récompensant certains des pires criminels de guerre par des fonctions de premier plan. (2) « La base idéologique et les postulats fondamentaux de la politique américaine sont restés d’une remarquable constance » pendant les décennies suivantes, souligne Schmitz au vu des archives. La guerre froide « a exigé de nouvelles méthodes et tactiques », mais elle n’a rien changé aux priorités de l’entre-deux-guerres. (3)

Le « cadre théorique » que Schmitz illustre en détail s’est perpétué jusqu’à nos jours, au prix de souffrances et de dévastations immenses. Tout au long de ce parcours, les stratèges politiques ont été confrontés à un « problème déchirant » : concilier leur attachement formel à la démocratie et à la liberté et le fait primordial que « les États-Unis ont souvent besoin de faire des choses terribles pour avoir ce qu’ils ont toujours voulu », comme l’observe Alan Tonelson. Ce qu’ils ont toujours voulu, ce sont « des politiques économiques permettant aux entreprises américaines d’opérer de façon aussi libre et souvent aussi monopoliste que possible », afin de créer « une économie mondiale capitaliste intégrée, dominée par les États-Unis » (4).

(1) Ed Vulliamy, « Red Cross denied access to PoWs », Observer (Londres), 25 mai 2003, p.20

(2) Jack M. Balkin, « A dreadful act II : secret proposals in Ashcroft’s anti-terror war strike yet another blow at fundamental rights », Los Angeles Times, 13 février 2003, section B, p.23. Nat Hentoff, « Revenge of the Patriot Act », Progressive, vol. 67, numéro 4, avril 2003, p.11.

(3) Winston Churchill cite par A.W. Brian Simpson, Human Rights and the End of Empire : Britain and the Genesis of the European Convention, Oxford et New York, Oxford University Press, 2001, p.55

(4) C. Kaysen et al., War with Iraq, op. cit. Michael Krepon, « Dominators rule », Bulletin of the Atomic Scientists, vol. 59, numéro 1, janvier-février 2003, p. 55-60

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 94 à 97

 

La crise des missiles « a été le moment le plus dangereux de l’histoire de l’humanité », a déclaré Arthur Schlesinger en octobre 2002, lors d’une conférence organisée à La Havane pour le quarantième anniversaire des événements et à laquelle participaient un certain nombre de témoins qui les avaient vécus de l’intérieur. À l’époque, les responsables avaient incontestablement compris que le sort du monde était entre leurs mains. Néanmoins, pour ceux d’entre eux qui ont assisté à la conférence, certaines révélations ont été un choc. Ils ont appris qu’en octobre 1962 le monde était passé à « un mot » de la guerre nucléaire. « Un nommé Arkhipov a sauvé le monde », a déclaré Thomas Blanton, du service des archives de sécurité nationale de Washington, l’un des organisateurs de la conférence. Il parlait de Vassili Arkhipov, un officier de sous-marin soviétique qui, le 27 octobre, au plus fort de la crise, n’a pas exécuté l’ordre de lancer des torpilles à tête nucléaire alors que des destroyers américains attaquaient. Il est pratiquement certain que cet acte aurait entraîné une riposte dévastatrice, donc une guerre majeure. (1)

(1) Marion Lloyd, « Soviets close to using A-bomb in 1962 crisis, Forum is told », Boston Globe, 13 octobre 2002, section A, p. 20. Kevin Sullivan, « 40 years after missile crisis, players swap stories in Cuba », Washington Post, 13 octobre 2002, section A, p.28

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 104

 

[Au sujet de la crise des missiles de Cuba]

Kennedy n’avait aucun doute sur la menace des missiles russes à Cuba. « C’est exactement comme si nous nous mettions soudain à installer un grand nombre de [missiles balistiques de portée intermédiaire] en Turquie. […] Ce serait diablement dangereux », s’est-il exclamé lors d’une réunion avec ses plus hauts conseillers (ExComm (1)). « Mais nous l’avons fait, monsieur le Président », a répondu McGeorge Bundy, son conseiller à la Sécurité nationale. « Oui, mais c’était il y a cinq ans », a rétorqué Kennedy, surpris – en réalité, c’était un an plus tôt seulement, pendant son administration. Il s’en est ensuite inquiété : si les faits venaient à être connus, sa décision de risquer une guerre plutôt que d’accepter publiquement de coupler le retrait des missiles de Cuba et de Turquie ne serait pas très bien vue par l’opinion. Il craignait fort que la plupart des gens ne jugent un tel échange « tout à fait équitable ».

(1) Thomas G. Paterson, « Cuba and the missile crisis », in D. Merrill et T.G. Paterson (éd.), Major Problems, op. cit.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 109 (f)

 

Terrorisme international et changement de régime : Cuba

La dictature Batista fut renversée par la guérilla de Castro en janvier 1959. En mars, le Conseil de sécurité nationale américain réfléchit aux moyens d’opérer un changement de régime. En mai, la CIA commença à armer des guérilleros à Cuba. « Durant l’hiver 1959-1960, il y eut une forte augmentation des raids aériens de bombardement et d’incendie supervisés par la CIA et effectués par des pilotes cubains » en exil aux États-Unis (1). Inutile d’épiloguer sur ce que feraient les États-Unis ou leurs clients dans une telle situation. Mais Cuba n’a pas réagi par des violences en territoire américain à des fins de représailles ou de dissuasion. Son gouvernement a préféré suivre la procédure prévue par le droit international. En juillet 1960, il a sollicité l’aide de l’ONU, remettant au Conseil de sécurité un dossier sur une vingtaine de bombardements, avec les noms des pilotes, les numéros d’immatriculation des avions, les bombes non explosées et d’autres détails précis. Le gouvernement cubain affirmait que ces raids avaient fait des dégâts considérables et de nombreuses victimes, et proposait de résoudre le conflit par des moyens diplomatiques. L’ambassadeur américain Henry Cabot Lodge répondit en donnant l’ « assurance [que] les États-Unis n’[avaient] aucune intention agressive contre Cuba ». Quatre mois plus tôt, en mars 1060, son gouvernement avait pris en secret la décision ferme et définitive de renverser le gouvernement Castro, et les préparatifs de la baie des Cochons étaient bien avancés. (2)

(1) Morris H. Morley, Imperial State and Revolution : The United States and Cuba, 1952-1986, Cambridge-New York, Cambridge University Press, 1987. Voir Daniele Ganser, Reckless Gamble : The Sabotage of the United Nations in the Cuban Conflict and the Missile Crisis of 1962, New Orleans, University Press of the South, 2000, et Stephen M. Streeter, Managing the Counterrevolution : The United States and Guatemala, 1954-1961, Athens (Ohio), Ohio University Center for International Studies, 2000

(2) « A program of covert action against the Castro regime », 16 mars 1960

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 113 à 114

 

Aussi horrible et brutal qu’il ait pu être, le régime de Saddam Hussein a bel et bien orienté les profits du pétrole vers le développement intérieur. Ce « dictateur régnant sur un système qui a fait de la violence un moyen de gouvernement », à l’ « effroyable bilan en matière de droits de l’homme », a néanmoins « fait entrer dans la classe moyenne le moitié de la population du pays, et les Arabes du monde entier […] sont venus étudier dans les universités irakiennes » (1). La guerre de 1991, avec la destruction délibérée des réseaux d’adduction d’eau, d’électricité et d’égouts, a porté un coup terrible à l’Irak, et le régime de sanctions imposé par les États-Unis et la Grande-Bretagne l’a ramené au niveau de la simple survie (2). Illustration parmi d’autres : on lit dans le rapport 2003 de l’UNICEF sur la situation des enfants dans le monde que « la régression de l’Irak pendant les dix dernières années est de loin la plus grave des 193 pays étudiés »; le taux de mortalité infantile, « meilleur indicateur du bien-être des enfants », est passé de 50 à 133 pour 1000 naissances vivantes, ramenant l’Irak derrière tous les pays non africains à l’exception du Cambodge et de l’Afghanistan. Deux experts militaires proches des faucons observent que « les sanctions économiques ont peut-être été la cause nécessaire [sic] de plus de plus de morts en Irak que les armes dites de destruction massive n’ont fait de victimes dans toute l’histoire » - plusieurs centaines de milliers, suivant des estimations prudentes (3).

(1) Turi Munthe, « Introduction », in T. Munthe (éd.), The Saddam Hussein Reader, New York. Thunder’s Mouth, 2002, p.XXVII

(2) Techniquement, les sanctions ont été imposées par l’ONU, mais il a toujours été clair qu’elles étaient mises en œuvre par les États-Unis et la Grande-Bretagne sous l’égide de l’ONU, et sans grand soutien, en particulier pour celles qui visaient cruellement les populations civiles.

(3) Frances Williams, « Child death rate in Iraq trebles », Financial Times (Londres), 12 décembre 2002, section Économie internationale, p.9. John Mueller et Karl Mueller, « Sanctions of mass destruction », Foreign Affairs, vol. 78, numéro 3, mai-juin 1999

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 177

 

Le « désintérêt affiché » pour les effets probables de la guerre sur la population du pays que l’on va envahir est traditionnel. On l’a encore constaté quand, cinq jours après le 11 septembre, Washington a demandé au Pakistan de mettre fin aux « convois de camions apportant à la population civile d’Afghanistan une bonne part de son approvisionnement en nourriture et en autres produits », provoqué le retrait du personnel humanitaire international et une réduction massive de l’aide alimentaire, laissant ainsi « des millions d’Afghans […] face à un risque grave de famine (1) » - que l’on aurait pu à bon droit qualifier de « génocide silencieux ». L’estimation du nombre de personnes exposées à un « risque grave de famine » est passée de 5 millions avant le 11 septembre à 7,5 millions un mois plus tard. La menace puis la réalité des bombardements ont suscité de vives protestations de la part des organisations humanitaires, qui ont mis en garde contre leurs conséquences possibles. Leurs propos n’ont retenu que sporadiquement et très partiellement l’attention, et éveillé fort peu de réaction.

(1) John F. Burns, « Pakistan antiterror support avoids vow of military aid », New York Times, 16 septembre 2001, section 1, p.5. Samina Ahmed, « The United States and terrorism in Southwest Asia : September 11 and beyond », International Security, vol.26, numero 3, hiver 2001-2002, p. 79-93

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 180

 

[Les États-Unis essaient de convaincre la Turquie d’embarquer dans la guerre en Irak]

Tandis que l’opinion publique devenait, semble-t-il, encore plus hostile à la guerre, le gouvernement finit par plier face aux graves mesures de coercition économiques et autres imposées par les États-Unis, et accepta de satisfaire les exigences de Washington malgré une opposition populaire « écrasante ». Un « diplomate occidental » - probablement de l’ambassade américaine – dit à la presse qu’il était « encouragé » par cette décision et la jugeait « très positive ». Le correspondant en Turquie Amberin Zaman précisa :

L’idée d’une guerre contre l’Irak reste extrêmement impopulaire chez les Turcs. C’est pourquoi, jeudi, le Parlement s’est réuni à huis clos et a voté à scrutin secret. Vendredi, tous les journaux affichaient des titres cinglants pour le Parti de la justice et du développement au pouvoir, telle la une du quotidien très respecté Radikal : « Le Parlement a fui le peuple ».

À la quasi-unanimité, les Turcs étaient opposés aux ordres de Washington, mais chacun comprenait que les gouvernants devaient obéir, et la Turquie rejoignit la Nouvelle Europe (1).

Du moins le crut-on. En définitive, les Turcs donnèrent une leçon de démocratie à l’Occident. Le Parlement finit par refuser son aval au plein déploiement des troupes américaines en Turquie. Pour formuler le résultat dans le cadre de la pensée admise :

La guerre terrestre a été gênée parce que la Turquie n’a pas accepté son rôle de pays d’accueil des forces du front nord, pour des raisons politiques là encore. Son gouvernement a été trop faible face au sentiment antiguerre (2).

Les présupposés sont limpides : les gouvernements forts se moquent de leur peuple et « acceptent le rôle » que leur assigne le maître du monde ; les gouvernements faibles cèdent à la volonté de 95% de leur population.

Le stratège du Pentagone Paul Wolfowitz a formulé clairement le point crucial. Lui aussi a réprimandé le gouvernement turc pour son inconduite, mais il a ensuite condamné l’armée. Elle n’a pas joué, a-t-il dit, « le rôle dirigeant fort que nous aurions attendu », mais a fait preuve de faiblesse en laissant le gouvernement respecter l’opinion publique quasi unanime. Il fallait donc à présent, selon lui, que la Turquie se lève et dise : « Nous avons fait une erreur. […] Voyons maintenant comment nous pouvons aider le mieux possible les Américains. » La position de Wolfowitz est particulièrement instructive parce qu’on voit en lui le grand visionnaire de la croisade pour démocratiser le Moyen-Orient (3).

(1) Dexter Filkins, « Turkish parliament is asked to approve US troops », New York Times, 26 février 2003, section A, p.10 ; D. Filkins, « Turkey backs United States plans for Iraq », New York Times, 6 février 2003, section A, p.17. Amberin Zaman, « Iraqi Kurds balk at Turks’s role », Los Angeles Times, 8 février 2003, section A, p.11.

(2) Steven R. Weisman, “Politics shapes the battlefield in Iraq”, New York Times, 30 mars 2003, section 4 (Revue de la semaine), p.3.

(3) Paul Wolfowitz cite in Marc Lacey, “Turkey rejects criticism by US official over Iraq”, New York Times, 8 mai 2003, section A, p.15.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 189 et 190

 

La désillusion à l’égard de la démocratie formelle s’est manifestée clairement aux États-Unis aussi, et elle s’est accentuée pendant la période néolibérale. Il y a eu beaucoup de bruit autour de l’« élection volée » de novembre 2000, et on s’est étonné que la chose n’ait guère intéressé les Américains. Des enquêtes d’opinion suggèrent les raisons probables de cette attitude : à la veille de l’élection, les trois quarts de la population la considéraient comme un jeu auquel participaient les gros contributeurs, les chefs de parti et l’industrie de la publicité, cette dernière amenant habilement les candidats à dire « presque n’importe quoi pour être élu ». Sur aucun sujet ou presque les citoyens ne pouvaient cerner les positions des candidats, ce qui était le but recherché. Les questions sur lesquelles la population a un autre avis que l’élite sont généralement exclues des programmes. Les électeurs sont orientés vers les « qualités personnelles », pas vers les « problèmes ». Dans un corps électoral lourdement déséquilibré en faveur des riches, ceux qui estiment que leurs intérêts de classe sont en jeu cherchent à les protéger, donc votent pour le plus réactionnaire des deux partis des milieux d’affaires. Mais le gros de l’électorat répartit ses voix autrement, ce qui parfois, comme en 2000, aboutit à l’égalité statistique. Dans les milieux ouvriers, des problèmes non économiques, tels que le droit de posséder une arme à feu et la « religiosité », ont joué un rôle essentiel, si bien que ces électeurs ont souvent voté contre leurs propres intérêts fondamentaux – en partant du constat, semble-t-il, qu’ils n’avaient guère le choix. En 2000, le sentiment d’« impuissance » a atteint son plus haut niveau mesuré : plus de 50% (1).

Ce qui reste de la démocratie, c’est essentiellement le droit de choisir entre des marchandises. Les dirigeants du monde des affaires expliquent depuis longtemps qu’il convient d’imposer à la population une « philosophie de la futilité », une « absence d’objectifs », afin de focaliser « l’attention des gens sur les choses les plus superficielles, qui répondent pour la plupart à des effets de mode » (2). Soumis depuis leur plus tendre enfance à un déluge de propagande de ce genre, les gens pourront accepter leur vie insignifiante et subordonnée, et oublier ces idées ridicules autour de la gestion collective de leurs affaires. Ils s’en remettront à des chefs d’entreprise et à l’industrie de la publicité, ainsi que, sur le plan politique, aux « minorités intelligentes » autoproclamées qui servent et administrent le pouvoir.

De ce point de vue, traditionnel dans la pensée de l’élite, les élections de novembre 2000 n’ont pas révélé un vice de la démocratie américaine mais plutôt son triomphe. Et, si l’on généralise, il est juste de saluer le triomphe de la démocratie dans tout l’hémisphère, et ailleurs, même si les populations ne le voient pas ainsi.

(1) Thomas E. Patterson, « Will democrats find victory in the ruins », Boston Globe, 15 décembre 2000, section A, p.27, et « Point of agreement : We’re glad it’s over », New York Times, 8 novembre 2000, section A, p.27. Voir aussi son livre The Vanishing Voter : Public Involvement in an Age of Uncertainty, New York, Alfred A. Knopf, 2002. Gary C. Jacobson, “A House and Senate divided : The Clinton legacy and the Congressional elections of 2000”, Political Science Quarterly, vol. 116, numéro 1, printemps 2001, p. 5-27.

(2) Stuart Ewen, Captains of Consciousness : Advertising and the Social Roots of the Consumer Culture, New York, McGraw-Hill, 1976, p.85 (trad, fr. de Gérard Lagneau, Consciences sous influences : publicité et genèse de la société de consommation, Paris, Aubier-Montaigne, 1983, p.92). Voir aussi Michael Dawson, The Consumer Trap : Big Business Marketing in American Life, Urbana (Ill), University of Illinois Press, 2003, pour une étude approfondie de la technique du “contrôle hors travail » élaborée à partir des années 1920 pour faire pendant à celle du « contrôle au travail » (le taylorisme), afin de transformer les gens en robots tenus en main dans la vie comme à l’entreprise.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 193 et 195

 

Depuis les années Reagan-Bush I (et même avant), Washington avait soutenu Saddam Hussein de diverses façons. Après son inconduite d’août 1990, les politiques et les prétextes ont varié, mais un principe est resté constant : il ne faut pas que le peuple irakien contrôle son pays. Faut-il le répéter ? On a laissé le dictateur réprimer le soulèvement de 1991 parce que – on nous l’a dit – Washington cherchait une junte militaire pour diriger le pays « avec une poigne de fer », et qu’à défaut d’autre candidat c’était à Saddam de le faire. Les insurgés ont échoué parce que « très peu de gens hors d’Irak souhaitaient qu’ils gagnent » - entendons que Washington et ses alliés locaux ne le souhaitaient pas, car il régnait chez eux un « point de vue d’une unanimité frappante » : « quels que fussent les péchés du dirigeant irakien, il offrait à l’Occident et à la région un meilleur espoir de stabilité dans son pays que ceux qui avaient subi sa répression ». Il est impressionnant de voir avec quelle uniformité cet aspect des choses a été refoulé dans les reportages et commentaires indignés sur la mise au jour des immenses fosses communes où avaient été enterrées les victimes tombées lors de ce paroxysme de la terreur de Saddam Hussein autorisé par les États-Unis. On a même voulu se servir de cette découverte pour justifier la guerre récente « sur des bases morales », maintenant que nous avions vu « les fosses communes et la vraie dimension de l’abomination génocidaire de Saddam » - dont nous avions été immédiatement informés en 1991, mais que nous avions laissées se déployer en raison de l’impératif de « stabilité ». (1)

Le soulèvement aurait laissé le pays entre les mains d’Irakiens qui auraient peut-être été indépendants de Washington. Les sanctions des années suivantes ont compromis la possibilité même de voir se produire le type de révolte populaire qui a renversé d’autres monstres, aussi fermement soutenus par les dirigeants américains actuels. Les États-Unis ont cherché à monter des coups d’État avec des groupes qu’ils contrôlaient, mais une révolte populaire ne les aurait pas mis aux commandes. Lors du sommet des Açores en mars 2003, Bush a réitéré cette position, déclarant que les États-Unis envahiraient l’Irak même si Saddam et ses complices quittaient le pays. […] Les décideurs politiques américains vont sans nul doute essayer de mettre en œuvre leur pratique constante ailleurs : la démocratie formelle, c’est bien, mais seulement si elle obéit aux ordres, comme la Nouvelle Europe, ou si elle prend la forme des démocraties « restreintes et verticales » d’Amérique latine, gouvernées par « les structures de pouvoir traditionnelles auxquelles les États-Unis [sont] alliés de longue date » (Carothers). Brent Scowcroft, conseiller à la Sécurité nationale de Bush I, a parlé pour les modérés en observant : s’il y a des élections en Irak et que « les radicaux gagnent […], nous n’allons sûrement pas les laisser prendre le pouvoir » (2). Par exemple, si les chiites majoritaires jouent un rôle important dans l’Irak de l’après-Saddam et, avec d’autres dans la région, s’efforcent d’améliorer les relations avec l’Iran, ce seront des « radicaux » et ils seront traités comme tels. Et il ne faut pas s’attendre à autre chose – sauf si nous décidons que l’histoire ne compte pas – si les élections sont gagnées par des démocrates laïques qui se révéleraient eux aussi « radicaux ».

(1) T.L Friedman, « NATO tries to ease security concerns in Eastern Europe », art. Cite. Alan Cowell, “Kurds assert few outside Iraq wanted them to win”, New York Times, 11 avril 1991, section A, p.11. Thomas L. Friedman, “Because we could”, New York Times, 4 juin 2003, section A, p.31

(2) Brent Scowcroft cite in Bob Herbert, “Spoils of war”, New York Times, 10 avril 2003, section A, p.27

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 219 et 220

 

[Les relations États-Unis-Israël : origines et maturation]

Inutile d’être un fin connaisseur des affaires du monde pour prédire que le chaudron de colères du Moyen-Orient va continuer à bouillir. Le passage du monde industriel, à partir de la Première Guerre mondiale, à une économie fondée sur le pétrole et la découverte des incomparables gisements pétroliers moyen-orientaux ont exacerbé les conflits internes de la région. Après la Seconde Guerre mondiale, l’une des grandes priorités de la politique américaine a été d’assurer la mainmise des États-Unis sur cette zone si riche en ressources et si importante stratégiquement.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 222

 

Israël comprit immédiatement que, l’hypothèse de la dissuasion arabe étant levée, il pouvait intensifier son expansion dans les territoires occupés et attaquer son voisin du nord, ce qu’il fit en 1978 et en 1982, après quoi il occupa des territoires libanais pendant près de vingt ans. L’invasion de 1982 et ses lendemains immédiats ont fait environ 20 000 morts; selon les sources libanaises, les pertes humaines dans les années suivantes se sont montées à 25 000 morts environs. Le sujet n’intéresse guère en Occident, en vertu d’un principe connu : il n’est pas besoin d’enquêter sur les crimes dont nous sommes responsables, et encore moins de punir les auteurs ou d’indemniser les victimes.

De multiples bombardements et autres provocations n’ayant pas suffi à créer un prétexte pour l’invasion prévue en 1982, Israël saisit finalement celui d’une tentative d’assassinat de son ambassadeur à Londres par le groupe terroriste d’Abou Nidal, qui avait été condamné à mort par l’OLP et lui faisait la guerre depuis des années. L’opinion américaine informée jugea ce motif acceptable, et ne vit aucun problème dans la riposte instantanée d’Israël : une attaque contre les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth, qui fit 200 morts, selon un observateur américain fiable (1). Les tentatives des Nations unies pour arrêter l’agression furent bloquées par des veto américains immédiats. Tout cela se poursuivit donc : dix-huit années sanglantes d’atrocités israéliennes au Liban, rarement justifiées ne serait-ce que par un semblant de prétexte d’auto-défense (2).

(1) On trouvera dans mon livre Fateful Triangle, op. cit., un récit des événements et la façon dont les médias et les commentateurs y ont réagi.

(2) Sur l’action d’Israël au Liban dans les années 1980 et 1990, voir mes livres Pirates et Empereurs, op. cit., et Fateful Triangle, éd. mise à jour, op. cit.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 231

 

Sur le front diplomatique, vers le milieu des années 1970, l’isolement des États-Unis et d’Israël s’est accru avec l’inscription du problème palestinien à l’ordre du jour des institutions internationales. En 1976, les Américains ont opposé leur veto à une résolution qui, en reprenant la formulation fondamentale de la résolution 242 de 1967, appelait à la création d’un État palestinien au côté d’Israël. À partir de cette date et jusqu’à aujourd’hui, les États-Unis ont bloqué toute possibilité de règlement diplomatique sur la base acceptée par la quasi-totalité de la planète : deux États délimités par la frontière internationale avec des « ajustements mineurs et mutuels »; c’était aussi en principe, mais non en réalité, la position américaine officielle, jusqu’au jour où l’administration Clinton a abandonné ouvertement le cadre de la diplomatie internationale en déclarant les résolutions de l’ONU « obsolètes et anachroniques ». Notons bien que cette attitude n’est pas celle de la grande majorité de la population des États-Unis. L’opinion américaine soutient le « plan saoudien », proposé début 2002 et accepté par la Ligue arabe, qui offre une reconnaissance et une intégration totale d’Israël dans la région en échange de son retrait sur ses frontières de 1967 – nouvelle variante du consensus international établi de longue date mais paralysé par les États-Unis. De larges majorités estiment aussi que les États-Unis doivent égaliser l’aide à Israël et celle accordée aux Palestiniens dans le cadre d’un règlement négocié, et qu’ils doivent suspendre l’aide à toute partie refusant de négocier – ce qui voulait dire, à la date du sondage, l’aide à Israël. Mais peu d’Américains comprennent ce que tout cela signifie, et les médias ne leur expliquent pratiquement rien (1).

(1) Mark Sappenfield, « Americans, Europeans differ on Mideast sympathies”, Christian Science Monitor, 15 avril 2002, p.1. Program on International Policy Attitudes (PIPA), Americans on the Israel-Palestinian Conflict, College Park (Md.), University of Maryland, 8 mai 2002.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 232 et 233

 

Déclaration des hautes parties contractantes à la IVème convention de Genève (rapport sur la colonisation israélienne élaboré lors d’une conférence sur l’application du droit humanitaire international dans les territoires palestiniens occupés, Genève, Suisse, 15 décembre 2001).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Application_de_la_IVe_Convention_de_Gen%C3%A8ve_dans_les_Territoires_palestiniens

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, note 40, page 245

 

Selon la comptabilité des Forces de défense, le rapport entre morts palestiniens et morts israéliens a presque atteint 20 pour 1 le premier mois de l’Intifada (75 Palestiniens, 4 israéliens), sur un territoire occupé militairement et où la résistance n’allait guère au-delà des jets de pierres. Les énormes bulldozers de l’armée, fournis par les États-Unis, sont aussi entrés en action pour détruire des habitations, des champs, des oliveraies, des forêts, en toute désinvolture, conformément aux méthodes qui, se désole un correspondant, ont fait d’Israël « un synonyme de bulldozer » - à l’inverse de l’idéal fondateur, « faire fleurir le désert ». (1)

Dès le début, Israël a utilisé des hélicoptères militaires américains pour attaquer des cibles civiles, tuant et blessant des dizaines de personnes. Clinton a aussitôt réagi – par le plus gros contrat de vente d’hélicoptères militaires depuis dix ans. Sans condition restrictive sur leur usage, a précisé le Pentagone à la presse. Les faits, immédiatement connus, ont été passés sous silence aux États-Unis.

B. Kaspit, « Shnatayim la-Intifada », art. cité. Doron Rosenblum, « Our friend the Bulldozer”, Ha’aretz, 26 septembre 2002.

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 250

 

Pour illustrer l’impact des leçons dégrisantes de la Seconde Guerre mondiale, rappelons qu’au Kenya, dans les années 1950, la répression par la Grande-Bretagne d’une révolte anticoloniale a fait 150 000 morts – une campagne militaire faite de terreur et d’atrocités effroyables mais inspirée, comme toujours, par les plus nobles idéaux. Le gouvernement britannique avait expliqué au peuple kenyan en 1946 que la Grande-Bretagne détenait ses terres et ses ressources naturelles « de droit, à la suite d’événements historiques qui reflètent la plus grande gloire de nos pères et de nos grands-pères ». Si « la majorité des richesses du pays sont à présent entre nos mains », c’est parce que « cette terre que nous avons faite est à nous de droit – le droit des réalisations », et les Africains doivent simplement apprendre à vivre dans « un monde que nous avons fait, mus par l’élan humanitaire de la fin du XIXème siècle et du XXème siècle » (1)

(1) M. Curtis, Web of Deceit, op. cit., chap.15

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 253

 

En décembre 1982, après un débordement de terrorisme et d’atrocités de la part des colons et des Forces de défense dans les territoires – débordement qui choqua même des faucons en Israël -, un éminent spécialiste universitaire israélien des questions militaires a souligné les risques, pour la société israélienne, d’une situation où 750 000 jeunes qui ont servi dans les Forces de défense « savent que la tâche de l’armée n’est pas seulement de défendre l’État sur le champ de bataille contre une armée étrangère, mais aussi de priver de leurs droits des innocents pour l’unique raison que ce sont les Araboushim vivant dans des territoires que Dieu nous a promis ». Le principe de base avait été formulé dans les premières années de l’occupation par Moshe Dayan. Israël, avait-il suggéré, devait dire aux Palestiniens des territoires : « « Nous n’avons pas de solution. Vous continuerez à vivre comme des chiens, et tous ceux qui veulent s’en aller peuvent le faire. » Et nous verrons bien où cela nous mènera (1). » Mais les Palestiniens sont restés, en samidin (ceux qui résistent en endurant), subissant et ripostant peu. Avec la seconde Intifada, ce fut différent. Cette fois, les ordres d’écraser implacablement les Palestiniens et de leur apprendre « à ne pas relever la tête » ont déclenché une escalade de la violence, et elle a débordé en Israël, qui a perdu l’importante immunité aux représailles venues de l’intérieur des territoires dont il bénéficiait depuis plus de trente ans d’occupation militaire.

(1) Yoram Peri, Davar, 10 décembre 1982. Araboushim est un terme d’argot israélien, à peu près l’équivalent de négros ou youpins. Moshe Dayan, débat interne du gouvernement , cité in Yossi Beilin, Mehiro shel Ilhud (en hébreu), Israël, Revivim, 1985, p.42

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, page 254

 

[Au sujet du terrorisme]

Il existe des définitions officielles de l’État américain, et elles sont aussi claires que pour d’autres expressions qui ne font pas problème. Selon un manuel de l’armée de terre des États-Unis, le terrorisme est « l’usage délibéré de la violence, ou de la menace de la violence, pour atteindre des objectifs de nature politique, religieuse ou idéologique […] par l’intimidation ou la contrainte, ou en inspirant la peur ». Le code officiel des États-Unis (1) propose une définition plus précise, mais fondamentalement semblable. Celle de l’État britannique est aussi très proche : « Le terrorisme est le recours, ou la menace de recourir, à une action violente, nocive ou perturbante, afin d’influencer le gouvernement ou d’intimider la population pour promouvoir une cause politique, religieuse ou idéologique » (2). Ces définitions semblent tout à fait claires. Elles sont fort peu éloignées de l’usage courant du mot, et on les juge appropriées lorsqu’il s’agit du terrorisme des ennemis.

[…]

Les définitions officielles du mot « terrorisme » posent un autre problème : elles impliquent que les États-Unis sont un des principaux États terroristes. Certes, il n’y a pas là matière à controverse, du moins chez ceux qui pensent que des institutions comme la Cour internationale de justice, le Conseil de sécurité de l’ONU ou les travaux d’universitaires appartenant au courant dominant méritent une certaine attention – les exemples du Nicaragua et de Cuba le montrent sans équivoque.

(1) L’US Code est le registre des lois générales et permanentes des États-Unis, classées par sujets. Sa version officielle est publiée tous les six ans par la Chambre des représentants. Sa version non officielle, plus répandue, comprend aussi l’essentiel de la jurisprudence concernant ces lois.

(2) Pour les définitions américaines, voir mon article « Le terrorisme international : image et réalité » [« International terrorism : image and reality », in A. George (éd.), Western State Terrorism, op. cit.], repris dans Pirates et Empreurs, op. cit. La définition britannique est citée par M. Curtis, Web of Deceit, op. cit., p.93

Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, pages 258 et 260

 

Voyons la distinction entre terrorisme et résistance. L’une des questions porte sur la légitimité des actes visant à concrétiser « le droit à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance, tel qu’il découle de la Charte des Nations unies, des peuples privés de ce droit par la force, […] notamment les peuples qui sont soumis à des régimes coloniaux ou racistes ainsi qu’à l’occupation étrangère ». Ces actes relèvent-ils du terrorisme ou de la résistance? Les phrases citées sont extraites de la dénonciation la plus vigoureuse du crime de terrorisme votée par l’Assemblée générale de l’ONU, qui se terminait ainsi : « rien dans la présente résolution ne saurait en aucune manière porter préjudice au droit » défini plus haut. La résolution a été adoptée en décembre 1987, alors que le terrorisme international officiellement reconnu comme tel était à son apogée. C’est évidemment important. Elle l’a été par 153 voix contre 2 (et une seule abstention, celle du Honduras) : c’est donc encore plus important (1).

Les deux voix contre étaient celles des pays habituels. Leurs motifs, ont-ils expliqué à la session de l’ONU, était le paragraphe que nous venons de citer. L’expression « régimes coloniaux ou racistes » leur paraissait viser l’Afrique du Sud de l’apartheid, leur alliée. Il est évident que les États-Unis et Israël ne pouvaient cautionner la résistance à l’apartheid, d’autant plus qu’elle était dirigée par l’ANC de Mandela, l’un des « groupes terroristes les plus notoires » de la planète, comme on disait à cette époque à Washington. L’autre expression, « occupation étrangère », semblait être une allusion à l’occupation militaire israélienne, alors dans sa vingtième année. On ne pouvait évidemment pas accepter la résistance dans ce cas-là non plus.

Les États-Unis et Israël ont été les seuls pays au monde à nier que les actes de ce type puissent relever d’une résistance légitime, et à les classer dans le terrorisme. La position américano-israélienne ne se limite pas aux territoires occupés. Les États-Unis et Israël considèrent le Hezbollah, par exemple, comme l’une des grandes organisations terroristes de la planète, non en raison de ses actes terroristes (qui sont réels), mais parce qu’il s’est constitué pour résister à l’occupation israélienne du Sud-Liban et qu’il a réussi à en expulser les envahisseurs, lesquels bravaient depuis vingt ans les décisions du Conseil de sécurité leur enjoignant de se retirer. Les États-Unis vont jusqu’à qualifier de « terroristes » des peuples qui résistent à leur agression directe : les Sud-Vietnamiens, par exemple, ou dernièrement les Irakiens. (2) »

(1) Résolution 42/159 de l’ONU, 7 décembre 1987. Le département d’État considère l’année 1987 comme celle de l’apogée du terrorisme.

(2) Pour une remarquable illustration au sujet du Vietnam, voir infra, p.266. Sur l’Irak, voir le correspondant d’ABC au Moyen-Orient Charles Glass, « I blame the British », London Review of Books, vol.25, numéro 8, 17 avril 2003.

 

Soulignons d’autres faits pertinents. Le motif officiel du bombardement de l’Afghanistan était de forcer les talibans à livrer des personnes que les États-Unis soupçonnaient d’être impliquées dans les crimes du 11 septembre – en refusant toutefois d’en fournir la moindre preuve. Alors que la réticence des talibans à s’exécuter était la principale information du jour et suscitait une vive fureur, Haïti a renouvelé sa demande d’extradition d’Emmanuel Constant, chef des forces paramilitaires qui ont eu une responsabilité majeure dans l’odieux assassinat de milliers de Haïtiens au cours des premières années de la décennie 1990, lorsque la junte militaire était soutenue, pas si tacitement que cela, par les administrations Bush I et Clinton. Cette demande n’a pas paru mériter la moindre réaction, ou pas plus qu’une simple mention sans commentaire. Emmanuel Constant avait été condamné in absentia en Haïti ; s’il témoignait, il risquait de révéler des contacts entre les terroristes d’État et Washington, et c’était cela, de l’avis de beaucoup, que craignaient les États-Unis. (1) Haïti a-t-il donc le droit de bombarder Washington, de tenter d’enlever ou d’assassiner Constant à New York, où il habite, en tuant aussi ses voisins, suivant la pratique approuvée pour Israël? Sinon, pourquoi? Pourquoi la question n’est-elle-même pas posée dans ce cas-là, ou dans celui des autres terroristes d’État meurtriers qui ont trouvé aux États-Unis un abris sûr? Et, si on la juge trop absurde pour être prise en considération (ce qu’elle est effectivement, à l’aune des critères moraux élémentaires), où cela laisse-t-il le consensus sur le recours à la violence par nos propres dirigeants?

Pensant au 11 septembre, certains soutiennent que le mal du terrorisme est « absolu » et nécessite en réponse une « doctrine tout aussi absolue » - une offensive militaire féroce, conformément au principe de Bush : « Si vous abritez des terroristes, vous êtes un terroriste ; si vous aidez et appuyez des terroristes, vous êtes un terroriste – et vous serez traité comme tel. » (2)

On aurait du mal à faire accepter par quiconque l’idée que le bombardement massif est une riposte légitime aux crimes terroristes. Aucun individu sain d’esprit ne dira qu’il serait légitime, dans le cadre de la « doctrine tout aussi absolue », de bombarder Washington en réponse à des atrocités terroristes. Aucun individu sain d’esprit ne dira qu’il serait légitime, dans le cadre de la « doctrine tout aussi absolue », de bombarder Washington en réponse à des atrocités terroristes, ou que ce serait une réaction justifiée et bien « dosée » à ces atrocités. S’il existe un raisonnement qui infirme cette remarque, il n’a pas encore été formulé, ni même pensé, à ma connaissance du moins.

(1) Daniel Grann, « Giving « the Devil » his due », Atlantic Monthly, vol. 287, numéro 6, juin 2001, p. 54-71.

(2) S. Talbott et N. Chanda (éd.), Age of Terror, op. cit., p.XV sq. Ce sont eux qui soulignent. Ils ajoutent que le prblème et la solution sont « plus compliqués », mais acceptent visiblement la conclusion et jugent le bombardement américano-britannique adapté et correctement « calibré ».

 

La distinction est élémentaire. On le sait bien chez ceux qui veulent atténuer les menaces terroristes : « Tant que les problèmes sociaux, politiques et économiques qui ont engendré Al-Qaida et d’autres organisations voisines ne seront pas réglés, les États-Unis et leurs alliés, en Europe occidentale et ailleurs, continueront à être visés par des terroristes islamiques. » Par conséquent, « les États-Unis doivent, pour leur propre protection, œuvrer davantage à réduire la pathologie de la haine, avant qu’elle ne se mue en un danger encore plus grand », en cherchant à « modérer […] les difficultés qui nourrissent la violence et le terrorisme ». La « clé, pour affaiblir stratégiquement Al-Qaida, c’est d’éroder sa base de soutien naissante – d’en détourner ses partisans actuels et potentiels ». Il est crucial, ajoute le stratège de Washington Paul Wolfowitz, d’éliminer des politiques qui ont été « un gigantesque outil de recrutement pour Al-Qaida » (1)

Rien ne pourra apaiser ceux « qui croient qu’un « choc des civilisations » avec l’Occident va rendre à l’Islam une puissance mondiale », écrivent les éditorialistes du Financial Times, mais, « pour les écraser […] avec succès, il faut les isoler de leur base, qui actuellement s’élargit ». Or, poursuivent-ils, « si seule la force peut détruire Al-Qaida, on ne pourra éroder sa base d’appui en expansion que par des politiques qui paraîtront justes aux Arabes et aux musulmans ». Même la destruction d’Al-Qaida ne servira pas à grand-chose si « les conditions fondamentales qui ont facilité son émergence et sa popularité – l’oppression politique et la marginalisation économique – persistent ». De même, en continuant à soutenir des « régimes abjects », Washington ne peut que « conforter les thèses d’Al-Qaida, qui affirme que les États-Unis appuient l’oppression des musulmans et patronnent des États répressifs (2) ». Cela sans parler des politiques spécifiques sur la Palestine, l’Irak et d’autres pays, qui ont transformé « une génération d’Arabes courtisée par les États-Unis et persuadée par ses principes en critiques parmi les plus tonitruants de la vision du monde de l’Amérique, [dont] de riches hommes d’affaires liés à l’Occident, des intellectuels formés aux États-Unis et des militants engagés pour les libertés (3) ».

On peut affaiblir considérablement des réseaux terroristes. Ce fut le cas d’Al-Qaida après le 11 septembre, grâce au genre de travail policier que recommande Michael Howard – notamment en Allemagne, au Pakistan et en Indonésie. Mais il faut appliquer à la « base de soutien » des méthodes radicalement différentes : prendre ses griefs en considération et, s’ils sont légitimes, leur apporter une réponse sérieuse, comme on devrait le faire hors de toute menace. « On ne peut pas éliminer les problèmes sociaux et politiques délicats par les bombes et les missiles », soulignent deux politologues : « En jetant des bombes, en lançant des missiles, les États-Unis ne font qu’étendre ces plaies suppurantes. La violence est assimilable à un virus. Plus on la bombarde, plus elle se répand » (4)

(1) Sumit Ganguly, « Putting South Asia back together again », Current History, vol. 100, numéro 650, décembre 2001, p.410-414 ; Philip C. Wilcox Jr., ambassadeur itinerant des États-Unis pour la lute antiterroriste, 1994-1997, « The terror », New York Review of Books, vol. 48, numéro 16, 18 octobre 2001 ; Rohan Gunaratna cite par Thomas Poers, “ Secrets of September 11”, New York Review of Books, vol.49, numéro 15, 10 octobre 2002. Interview de Wolfowitz par Sam Tennenhaus dans Vanity Fair, 9 mai 2003 ; il parle spécifiquement de la presence américaine en Arabie Saoudite.

(2) « Death in Riyadh : Crushing Al-Qaeda will require might and right”, editorial, Financial Times (Londres), 14 mai 2003, p.22 ; P.W. Singer, “American and the Islamic world”, Current History, vol. 101, numéro 658, novembre 2002, p. 355-364 ; Daniel Byman, “The war on terror requires subtler weapons”, Financial Times (Londres), 27 mai 2003, p.17.

(3) Anthony Shadid, “Old Arab friends turn away from US”, Washington Post, 26 février 2003, section A, p.1.

(4) James A.Bill et Rebecca Bill Chavez, “The politics of incoherence : The United States and the Middle East”, Middle East Journal, vol. 56, numéro 4, automne 2002, p.562-575.

 

 

Noam Chomsky - L'ivresse de la force

  

Titre : L’ivresse de la force

Auteur : Noam Chomsky

Genre : Géo-politique

Date : 2007

Pages : 217

Éditeur : Fayard

Collection : -

ISBN : 978-2-213-63678-8

 

 

L'ivresse et la force dont il est question ici sont bien sûr américaines. Car, selon Noam Chomsky, aujourd'hui les États-Unis agissent tout à fait dans l'esprit de l'orgueilleuse déclaration de George Bush père après la guerre du Golfe: What we say goes ("C'est nous qui commandons"). Mais, de l'Amérique latine qui relève la tête au Moyen-Orient qui résiste, le monde réel ne l'entend pas de cette oreille. Dans ce nouveau recueil d'entretiens avec David Barsamian, Chomsky analyse cette riposte mondiale en alliant les explications historiques à des informations précises sur les événements mondiaux les plus récents, informations parfois recueillies directement sur le terrain (comme au Liban ou dans plusieurs pays d'Amérique latine). Avec la lucidité critique qu'on lui connaît, il aborde le bourbier irakien, les dernières phases du conflit israélo-palestinien, la guerre du Liban et ses suites, les tensions actuelles avec l'Iran, le bilan des succès de la gauche latino-américaine, les politiques néolibérales en Inde... Il insiste aussi sur l'impact mondial du déficit démocratique aux États-Unis, et sur les réactions de plus en plus nombreuses qu'il suscite au sein de la population américaine. Un essai stimulant pour comprendre tous les enjeux de la politique internationale de notre temps, par le penseur critique que le Boston Globe considère comme "le citoyen le plus utile d'Amérique"

 

Extraits :

 

Extrait entretiens du 10 février 2006, Cambridge, Massachusetts

On amena un pirate devant Alexandre, qui lui lança : « Comment oses-tu infester les mers, brigant? » « Comment oses-tu infester l’univers? Répondit le pirate. J’ai un petit bateau : on m’appelle pirate. Tu as une flotte puissante : on t’appelle empereur. Mais toi, tu molestes le monde entier ; moi, en comparaison, je ne fais presque rien. » C’est ainsi : l’empereur a le droit de molester le monde entier, mais le pirate passe pour un criminel abominable.

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, page 6

 

 

Extrait entretiens du 15 août 2006, Cambridge, Massachusetts

Du point de vue de Washington, toute démocratie émergente doit être subordonnée aux intérêts américains. Les États-Unis veulent faire du Liban un centre commercial et financier au service des riches. C’est une des raisons de la montée en puissance du Hezbollah : le gouvernement libanais n’a rien fait pour les chiites pauvres du sud de Beyrouth et du Liban-Sud. Le prestige du Hezbollah ne vient pas seulement de son rôle de dirigeant dans la guérilla qui a chassé Israël du Liban en 2000, mais aussi des services sociaux qu’il assure – la santé, l’éducation, l’aide financière. Pour beaucoup de Libanais, le Hezbollah, c’est l’État. Comme pour d’autres mouvements fondamentalistes islamiques, tel est le fondement de l’énorme soutien populaire dont il jouit. Il n’est pas souhaitable que des acteurs « non gouvernementaux », surtout armés, deviennent un « État dans l’État », mais si les problèmes fondamentaux ne sont pas réglés, c’est ce qui va se passer. C’est presque inévitable. En fait, les États-Unis et Israël ont beaucoup aidé à créer l’extrémisme fondamentaliste musulman, en détruisant le nationalisme laïque. Si on détruit les forces nationalistes laïques, la population ne va pas dire : « Allez-y, égorgez-moi. » Elle va se tourner vers autre chose. Et cet « autre chose », c’est l’extrémisme religieux.

Parfois, d’ailleurs, on encourage activement ces mouvements. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont le plus ferme soutien extérieur de l’extrémisme islamique. L’allié le plus ancien et le plus précieux de Washington dans le monde arabe est l’Arabie Saoudite. En comparaison, l’Iran est un paradis de la démocratie. Pour la dictature fondamentaliste d’Arabie Saoudite, la grande menace était le nationalisme laïque, essentiellement incarné par Gamal Abdel Nasser. Nasser est donc devenu un ennemi parce qu’il menaçait l’Arabie Saoudite, base américaine de l’extrémisme religieux, qui incidemment contrôle le pétrole, la raison sous-jacente. En 1967, Israël a rendu un immense service aux États-Unis, à l’Arabie Saoudite et aux compagnies pétrolières en éliminant le nationalisme arabe laïque, qui menaçait d’utiliser les ressources de la région au profit de la population locale. Et ça, c’est intolérable. Ce sont « nos » ressources, George Kennan l’a dit depuis longtemps, et nous devons les « protéger ».

Kennan, cité dans Walter LaFeber, Inevitable Revolutions : The United States in Central America, éd. révisée, New York. W.W. Norton, 1983, p. 109 et 112

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, pages 29 et 30

 

 

Extrait entretiens du 15 août 2006, Cambridge, Massachusetts

Le problème de l’enrichissement de l’uranium au niveau de la « qualité militaire » est très grave. Le destin de notre espèce en dépend. Si ce type d’enrichissement continue, nous risquons de ne pas survivre bien longtemps. Des solutions ont été suggérées. La plus importante vient de Mohamed el-Baradei, le très respecté directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique et Prix Nobel de la paix. Il propose de placer la production de matières fissiles de qualité militaire sous contrôle et supervision internationale ; ceux qui auront besoin de matières fissiles à des fins pacifiques les demanderont à l’AIEA. C’est une proposition très raisonnable. À ma connaissance, un seul pays du monde l’a acceptée : l’Iran. Essayez donc d’en trouver mention quelque part.

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, page 37

 

 

Extrait entretiens du 29 septembre 2006, Cambridge, Massachusetts

En fait, il est très intéressant de voir ce que signifie, pour les États-Unis, « antidémocratique ». Quand Evo Morales s’est orienté vers la nationalisation des ressources boliviennes, on l’a accusé d’être autoritaire, dictatorial, d’attaquer la démocratie. Et qu’il ait le soutien de 95% de la population, c’est un détail? Est-ce le sens de « dictatorial »? Notre vision de la démocratie est bien particulière, c’est : « Faites ce qu’on vous dit! » Dans ce cas, un pays est démocratique, ou en passe de le devenir. Mais s’il fait ce que veut sa population, il n’est pas démocratique. Il est terrible que les gens ne s’en rendent pas compte.

Richard Lapper et Hal Weitzman, « Chavez Casts a Long Anti-American Shadow Over Regional Capitals”, Financial Times (Londres), 3 mai 2006

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, page 54

 

 

Extrait entretiens du 29 janvier 2007, Cambridge, Massachusetts

Les années récentes ont été les premières où l’épargne a été négative. Une grande partie des ménages ont pour toute fortune la propriété de leur maison, ce qui est une base assez fragile. On a de bonnes raisons de penser qu’il y a aujourd’hui une bulle immobilière qui a permis de surmonter l’éclatement de la boule boursière. Si la bulle immobilière éclate, cela pourrait être très grave. En fait, le marché immobilier donne déjà des signes de faiblesse*. Il y a un autre risque réel : les principaux créanciers qui détiennent des instruments de la dette américaine – notamment la Chine, mais aussi le Japon – pourraient décider de diversifier leurs réserves.

Mark Trumbull, « The Squeeze on American Pocket-books », Christian Science Monitor, 3 février 2006

* Depuis la redaction du texte original de ce chapitre, la bulle immobilière, on le sait, a éclaté avec la crise des subprimes.

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, page 111

 

 

Extrait entretiens du 2 février 2007, Cambridge, Massachusetts

« L’impérialisme, écrit Hannah Arendt, aurait dû inventer le racisme comme seule « explication » et seule excuse possible pour ses méfaits, même s’il n’avait jamais existé de pensée raciale dans le monde civilisé. »

Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme, trad. Fr. de Jean-Loup Bourget, Robert Davreu et Patrick Lévy, Paris, Seuil, 2005, pages 448 à 449

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, page 140

 

 

Extrait entretiens du 12 mars 2007, Lexington, Massachusetts

Corrélation que d’autres aussi ont remarquée : un des meilleurs, peut-être le meilleur spécialiste des droits de l’homme en Amérique latine, Lars Schoultz, de l’université de Caroline du Nord, a publié dès 1981 un article qui soulignait qu’ « une part disproportionnée de l’aide des États-Unis » allait « aux régimes latino-américains qui torturent leur population » et « à des gouvernements assez connus pour leur mépris des droits humains fondamentaux dans le sous-continent ». Cette aide comprenait une assistance militaire, et elle s’est poursuivie sans discontinuer jusqu’à la fin de l’administration Carter. Sous Reagan, je crois que personne ne s’est donné la peine de vérifier, tant c’était évident. Et elle a continué sans interruption- jusqu’à aujourd’hui. Sous Clinton, la Colombie a été largement le pays le plus aidé par les États-Unis, et les violations des droits de l’homme y ont été de loin les pires de toute l’Amérique latine. Ce qui suffit à la démonstration.

Lars Schoultz, « US Foreign Policy and Human Rights Violations in Latin America : A Comparative Analysis of Foreign Aid Distributions”, Comparative Politics, vol. 13, numéro 2, janvier 1981, pages 155 à 157

Pour une analyse, voir Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète?, pages 74 à 76.

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, page 189

 

 

Extrait entretiens du 12 mars 2007, Lexington, Massachusetts

La guerre suivant son cours, dans les années 1943-1944, il est devenu évident que l’Allemagne allait être vaincue, et la Grande Zone a alors été étendue à tout l’espace que les États-Unis pourraient dominer dans le monde. Le but était de créer un ordre international libéral où les entreprises américaines pourraient agir librement. N’oublions pas à quel point les États-Unis étaient en avance sur tous les autres après les ravages de la guerre. En fait, ils ont été les grands gagnants du conflit : leur production industrielle a triplé ou quadruplé alors que celle de la plupart de leurs concurrents était dévastée ou du moins affaiblies. Au sortir de la guerre, les États-Unis avaient la moitié de la fortune mondiale, donc un ordre international libéral était tolérable. On pouvait avoir une concurrence relativement libre puisqu’on était sûr que l’équilibre fondamental penchait en notre faveur. Ce serait un système international où les entreprises américaines pourraient accéder librement aux ressources, aux marchés, investir sans contraintes. Telle est l’idée de base de l’ordre international.

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, pages 195 et 196

 

 

Extrait entretiens du 12 mars 2007, Lexington, Massachusetts

Les États-Unis violent totalement le traité illégitime qu’ils ont imposé. Ils ne se servent pas de Guantanamo comme d’un dépôt de charbon. Ils avaient déjà violé le traité quand ils avaient utilisé Guantanamo pour parquer des réfugiés haïtiens. Washington ne voulait pas appliquer l’article de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. » On avait donc refoulé les réfugiés en les envoyant à Guantanamo, ce qui revenait à les interner. Aujurd’hui, les États-Unis envoient à Guantanamo des détenus qu’ils veulent maintenir en dehors du droit national ou international. La Cour suprême a fait savoir qu’elle ne pouvait pas se prononcer sur les droits des détenus de Guantanamo, parce que Guantanamo ne relève pas de la juridiction nationale des États-Unis ; l’administration Bush et le Congrès ont expressément déclaré que Guantanamo n’est pas couvert par le droit international. C’est donc très pratique comme centre de torture.

Article 14, paragraphe 1, de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies

Lynne Duke, « US Camp for Haitians Described as prison-like », Washington Post, 19 septembre 1992

Amy Goldstein, “Justice won’t hear detainee rights  cases – for now”, Washington Post, 3 avril 2007

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, page 198

 

 

Extrait entretiens du 12 mars 2007, Lexington, Massachusetts

Ce matin, le Boston Globe a donné une information connue ici depuis longtemps. En 1974, sans doute à l’initiative du gouvernement des États-Unis, le MIT a conclu un contrat avec le shah d’Iran. Il louait de facto à l’Iran son département de génie nucléaire, ou une grande partie, pour former un très grand nombre d’ingénieurs iraniens à l’enrichissement de l’uranium et à d’autres techniques de développement du nucléaire. En échange, le shah, qui était l’un des dictateurs les plus brutaux de l’époque et pratiquait d’horribles violations des droits de l’homme, versait au moins un demi-million de dollars au MIT. L’article souligne aussi que plusieurs des ingénieurs qui ont été formés au MIT gèrent aujourd’hui, évidemment, les programmes nucléaires iraniens. Des programmes qui étaient vigoureusement soutenus par les États-Unis au milieu des années 1970.

Farah Stockman, « Iran’s nuclear vision first glimpsed at MIT”, Boston Globe, 12 mars 2007

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, page 201

 

 

Extrait entretiens du 12 mars 2007, Lexington, Massachusetts

Vous avez dit, je l’ai relevé avec intérêt, qu’Israël et l’Éthiopie n’ont pas de frontières définies, reconnues. Vous avec expliqué le cas de l’Éthiopie, mais qu’en est-il d’Israël?

Israël n’a jamais défini ses frontières. En fait, il les élargit systématiquement, avec le soutien des États-Unis. Tout ce que fait Israël, pratiquement, il le fait avec le feu vert des États-Unis et avec leur soutien diplomatique, économique, militaire et idéologique. Il s’est étendu illégalement sur les territoires occupés. Le mur qu’Israël construit traverse la Cisjordanie, entoure les colonies juives, s’empare d’une bonne partie des terres arables et de la ressource la plus précieuse, l’eau, après quoi de nombreuses zones palestiniennes ne sont pratiquement plus viables. Les territoires laissés aux Palestiniens sont fragmentés par des centaines de checkpoints et autres barrages qui entravent les transports, etc.

On utilise constamment l’expression « droit à l’existence ». Quand cette formule a-t-elle été introduite?

Je n’ai jamais lu d’étude détaillée sur ce point, mais j’ai la ferme impression que l’idée du « droit à l’existence » d’Israël a été soit inventée, soit mise  en avant au milieu des années 1970, probablement en réaction au fait que les principaux États arables, avec le soutien de l’OLP, avaient accepté le droit d’Israël à exister dans des frontières sûres et reconnues.

Les frontières fixées par l’ONU en 1949?

Oui, la frontière internationale reconnue. Les Arabes ont admis le droit de tous les États de la région, Israël compris, à exister dans des frontières sûres et reconnues. Et cela concernait aussi, en 1976, un État palestinien dans les territoires occupés. Tout cela a été proposé aux Nations unies en janvier 1976, dans une résolution parrainée par les grands États arabes, les États dits de la confrontation, Syrie, Jordanie et Égypte, avec le soutien de l’OLP et d’autres. Les États-Unis ont opposé leur veto à cette résolution, elle est donc sortie de l’histoire. Mais c’est à ce moment-là, je pense, qu’ils ont compris qu’il leur fallait mettre la barre plus haut pour empêcher un règlement diplomatique. En rester au « droit de vivre dans des frontières sûres et reconnues » ne suffirait pas. Il fallait bloquer la diplomatie. C’est alors qu’on vit apparaitre ostensiblement le concept de « droit à l’existence ». Exiger que les Palestiniens ou les Arabes – ou n’importe qui, d’ailleurs – acceptent le droit d’Israël à l’existence, c’est octroyer à Israël un droit dont aucun autre État ne jouit dans le système international. On n’accorde à aucun État un droit à l’existence. On reconnait les États, mais on ne leur reconnaît pas un droit d’exister.

Dans le cas d’Israël, cela revient à exiger des Palestiniens qu’ils reconnaissent la légitimité de leur expulsion – pas seulement qu’ils admettent le fait, mais sa légitimité. C’est comme si l’on demandait au Mexique de reconnaître le droit à l’existence des États-Unis sur la moitié de son territoire, dont ils se sont emparés par la force. Les Mexicains ne l’acceptent pas, et n’ont pas à le faire. Presque toutes les frontières du monde résultent d’une conquête. Ces frontières sont reconnues, mais personne n’exige en plus que leur légitime soit reconnue, surtout par une population qui a été chassée.

Amira Hass a énormément écrit sur les fermetures de frontières et les checkpoints dans une série d’articles pour Ha’aretz, à paraître sous une forme plus étoffée chez Metropolitan Books; voir aussi supra, chap. II, n. 11, et Amira Hass, avant-propos de Yehudit Kirstein Keshet, Checkpoint Watch : testimonies from occupied Palestine, Londres, Zed Books, 2006, p.X-XVII.

Pour une analyse, voir Chomsky, Israël, Palestine, États-Unis : le triangle fatidique, p.105-110

Noam Chomsky, L’ivresse de la force, Entretiens avec David Barsamian, pages 209 à 211

 

 

Résolution 497 du conseil de sécurité de l’ONU, 17 décembre 1981 :

Le Conseil de sécurité,

Ayant examiné la lettre du représentant permanent de la République arabe syrienne en date du 14 décembre 1981 qui figure dans le document S/14791,

Réaffirmant que l’acquisition de territoire par la force est inadmissible, conformément à la Charte des Nations Unies, aux principes du droit international et aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité,

1. Décide que la décision prise par Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le territoire syrien occupé des hauteurs du Golan est nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international ;

2. Exige qu’Israël, la Puissance occupante, rapporte sans délai sa décision ;

3. Déclare que toutes les dispositions de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, du 12 août 1949, continuent de s’appliquer au territoire syrien occupé par Israël depuis juin 1967 ;

4. Prie le Secrétaire général de lui faire rapport sur l’application de la présente résolution dans un délai de deux semaines et décide que, au cas où Israël ne s’y conformerait pas, le Conseil de sécurité se réunira d’urgence, le 5 janvier 1982 au plus tard, pour envisager de prendre les mesures appropriées conformément à la Charte des Nations Unies.

 

 

La Chartre des Nations unies :

Article 2

L'Organisation des Nations Unies et ses Membres, dans la poursuite des buts énoncés à l'Article 1, doivent agir conformément aux principes suivants :

L'Organisation est fondée sur le principe de l'égalité souveraine de tous ses Membres.

Les Membres de l'Organisation, afin d'assurer à tous la jouissance des droits et avantages résultant de leur qualité de Membre, doivent remplir de bonne foi les obligations qu'ils ont assumées aux termes de la présente Charte.

Les Membres de l'Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger.

Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Les Membres de l'Organisation donnent à celle-ci pleine assistance dans toute action entreprise par elle conformément aux dispositions de la présente Charte et s'abstiennent de prêter assistance à un État contre lequel l'Organisation entreprend une action préventive ou coercitive.

L'Organisation fait en sorte que les États qui ne sont pas Membres des Nations Unies agissent conformément à ces principes dans la mesure nécessaire au maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État ni n'oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte; toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l'application des mesures de coercition prévues au Chapitre VII.

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06 novembre 2014

Jeremy Rifkin

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Jeremy Rifkin, né le 26 janvier 1945 à Denver dans le Colorado, est un essayiste américain, spécialiste de prospective (économique et scientifique). Il a aussi conseillé diverses personnalités politiques. Son travail, basé sur une veille et une réflexion prospectives, a surtout porté sur l'exploration des potentialités scientifiques et techniques nouvelles, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Il est également fondateur et président de la Fondation pour les tendances économiques (Foundation on Economic Trends ou FOET) basée à Washington.

 

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Titre : La fin du travail

 Auteur : Jeremy Rifkin

 Genre : Économie

 Date : 1995

 Pages : 383

 Éditeur : Éditions La Découverte

 Collection : Boréal compact

 ISBN : 2-89052-868-5

 

 

Résumé sur le livre : Dans ce livre remarquablement informé, devenu un best-seller aux États-Unis, Jeremy Rifkin présente d'abord un constat : nous sommes entrés dans une nouvelle phase de l'histoire qui se caractérise par le déclin inexorable de l'emploi. Le monde, explique l'auteur, est en train de se polariser dangereusement : d'un côté, une élite de gestionnaires, de chercheurs et de manipulateurs d'information surqualifiés ; de l'autre, une majorité de travailleurs précaires. Il est selon lui urgent de nous préparer à une économie qui supprime l'emploi de masse dans la production et la distribution et d'agir dans deux directions : la réduction du temps de travail et le développement du « troisième secteur ».

 

 

Document (1)

 

Titre : Une nouvelle conscience pour un monde en crise

Auteur : Jeremy Rifkin

Genre : Essai

Date : 2011

Pages : 893

Éditeur : Éditions Actes Sud

Collection : Babel

ISBN : 978-2-330-01073-7

 

Résumé sur le livre : Jamais le monde n’a paru si totalement unifié (par les communications, le commerce, la culture) et aussi sauvagement déchiré (par la guerre, la crise financière, le réchauffement de la planète, la diffusion de pandémies). Quels que soient nos efforts intellectuels face aux défis d’une mondialisation accélérée, nous ne sommes pas à la hauteur : l’espèce humaine semble incapable de concentrer vraiment ses ressources mentales collectives pour « penser globalement et agir localement ». Dans son livre le plus ambitieux à ce jour, le célèbre penseur critique Jeremy Rifkin montre que cette déconnexion entre notre vision pour la planète et notre aptitude à la concrétiser s’explique par l’état actuel de la conscience humaine. Nos cerveaux, nos structures mentales, nous prédisposent à une façon de ressentir, de penser et d’agir dans le monde qui n’est plus entièrement adaptée aux nouveaux contextes que nous nous sommes créés. L’environnement produit par l’homme se mue à vive allure en espace planétaire, mais nos états de conscience sont encore agencés aux ères précédentes de l’histoire, qui s’évanouissent tout aussi rapidement. L’humanité, soutient Rifkin, se trouve à l’aube de sa plus grande expérience de tous les temps: remodeler sa conscience pour que les humains puissent s’aider mutuellement à vivre et à prospérer dans leur nouvelle société mondiale… A l’heure où les forces de la mondialisation s’accélèrent, s’approfondissent et se complexifient, tout indique que les anciennes formes de conscience religieuses ou rationalistes, soumises à trop forte pression, deviennent dépassées et même dangereuses dans leurs efforts pour piloter un monde qui leur échappe de plus en plus. L’émergence de la conscience empathique sera probablement un changement d’avenir aussi gigantesque et profond que lorsque les philosophes des Lumières ont renversé la conscience fondée sur la foi par le canon de la raison.

 

 

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Titre : La troisième révolution industrielle

Auteur : Jeremy Rifkin

Genre : Économie

Date : 2012

Pages : 380

Éditeur : LES LIENS QUI LIBERENT EDITIONS

Collection : LIENS QUI LIBERENT

ISBN : 978-2918597476

 

 

Résumé sur le livre : Ce livre développe la thèse d’une troisième révolution industrielle - que l’auteur appelle de ses vœux -, un nouveau paradigme économique qui va ouvrir l’ère post-carbone, basée notamment sur l’observation que les grandes révolutions économiques ont lieu lorsque de nouvelles technologies de communication apparaissent en même temps que des nouveaux systèmes énergétiques (hier imprimerie, charbon ou ordinateur ; aujourd’hui Internet & les énergies renouvelables). La Seconde Révolution Industrielle se meurt donc. Dans un futur proche, les humains génèreront leur propre énergie verte, et la partageront, comme ils créent et partagent déjà leurs propres informations sur Internet. Cela va fondamentalement modifier tous les aspects de la façon dont nous travaillons, vivons et sommes gouvernés. Comme les première et deuxième révolutions industrielles ont donné naissance au capitalisme et au développement des marchés intérieurs ou aux Etats-nations, la troisième révolution industrielle verra des marchés continentaux, la création d’unions politiques continentales et des modèles économiques différents. Le défi est triple : La crise énergétique, le changement climatique, le développement durable. Ces défis seront relevés par un changement de la mondialisation à la « continentalisation ». C’est-à-dire la fin d’une énergie divisée, pour une énergie distribuée.

 

Jeremy Rifkin - La nouvelle société du coût marginal zéro

 

Titre : La nouvelle société du coût marginal zéro

Auteur : Jeremy Rifkin

Genre : Essai

Date : 2014

Pages : 512

Éditeur : LES LIENS QUI LIBERENT EDITIONS

Collection : -

ISBN : 979-1020901415

 

Résumé sur le livre : Les règles du grand jeu de l’économie mondiale sont en train de changer. Le capitalisme se meurt et un nouveau paradigme qui va tout bousculer est en train de s’installer : les communaux collaboratifs.

C’est une nouvelle économie collaborative qui se développe où la valeur d’usage prime sur la propriété déjà très implantés avec l’auto-partage, le crowfunding, les A.M.A.P., le couchsurfing, les producteurs contributifs, d’énergie verte ou même d’objets avec les imprimantes 3D offrent un espace où des milliards de personnes s’engagent dans les aspects profondément sociaux de la vie. Un espace fait de millions (au sens littéral du terme) d’organisations autogérées qui créent le capital social de la société. Ce qui les rend plus pertinents aujourd’hui qu’à tout autre époque, c’est que le développement de l’internet des objets optimise comme jamais les valeurs et les principes qui animent cette forme d’autogestion institutionnalisée.

Sans même que nous en ayons conscience, l’internet des objets et déjà omniprésent dans notre quotidien. Il se matérialise par ces milliards de capteurs disposés sur les ressources naturelles, les chaînes de production, implantés dans les maisons, les bureaux et même les êtres humains, alimentant en Big Data un réseau mondial intégré, sorte de système nerveux planétaire.

En ce qui concerne le sujet développé dans ce dernier livre, l'auteur a présenté ses idées dans l'émission "Les rendez-vous du futur" du 27 septembre 2014, laquelle peut être consulté en suivant le lien suivant :(en francais) :

http://www.bing.com/videos/search?q=j%C3%A9remy+rifkin+soci%C3%A9t%C3%A9&qs=n&form=QBVR&pq=j%C3%A9remy+rifkin+soci%C3%A9t%C3%A9&sc=0-14&sp=-1&sk=#view=detail&mid=B1F22E639F9FC56D6CD9B1F22E639F9FC56D6CD9

 

Voici un bon article de Télérama qui porte sur une interview de Jeremy Rifkin :

http://www.telerama.fr/idees/jeremy-rifkin-ce-qui-a-permis-le-succes-inoui-du-capitalisme-va-se-retourner-contre-lui%2c117006.php

 

 

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20 février 2015

Trinh Xuan Thuan

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Trinh Xuan Thuan est originaire de Hanoï, au Vietnam. Ses études secondaires au lycée français de Saigon achevées, il entreprend des études d'astrophysique au California Instituts of Technology (Caltech), puis à l'université de Princeton aux Etats-Unis. Depuis 1976, il est professeur d'astrophysique à l'université de Virginie. Spécialiste de l'astronomie extragalactique, il a écrit plus de 230 articles sur la formation et l'évolution des galaxies. Il est l'auteur, entre autres, de La Mélodie secrète (Fayard, 1988), Le Destin de l’Univers (Découvertes Gallimard, 1992), Le Chaos et l'Harmonie (Fayard, 1998), L'infini dans la paume de la main (NiL, 2000), Origines (Fayard, 2003), le Dictionnaire amoureux du Ciel et des Etoiles (Pion, 2009), Le Cosmos et le Lotus (Albin Michel, 2011) et Désir d'infini (Fayard, 2013). Réputé pour la clarté de ses exposés et son ouverture d'esprit dans les domaines scientifique et philosophique, tous ses ouvrages ont rencontré la faveur d'un large public et ont été traduits dans de nombreux pays.

Voici ci-dessous un lien pour voir un documentaire présentant une interview de Trinh Xuan Thuan sur les concepts qu'il développe dans ses livres :

https://www.youtube.com/watch?v=fZWxh9U5EBY

 

 

 

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Titre : Un astrophysicien

Auteur : Trinh Xuan Thuan

Genre : Science

Date : 1995

Pages : 141

Éditeur : Flammarion

Collection : Champs-Flammarion

ISBN : 978-2080813176

 

Dans ce livre d'entretiens, Trinh Xuan Thuan raconte sa formation intellectuelle et scientifique et revient sur des questions fondamentales que la connaissance de l'Univers rencontre. Il insiste également sur les rapports entre la science et la religion, qu'il juge non exclusives l'une de l'autre. Il se garde pourtant de les mélanger, tout en croyant en un grand architecte du monde et en confessant sa foi bouddhiste.

Cet ouvrage a paru en 1992, mais Trinh Xuan Thuan a tenu à le mettre à jour pour tenir compte des derniers développements de la science (le télescope spatial Hubble, le satellite COBE, etc...).

 

« Je crois de tout mon cœur que l’astronomie répond à un besoin profondément humain de connaître nos origines. Ce n’est pas par hasard que les étoiles et les galaxies passionnent le public : on y cherche des racines […]. Elle nous aide à apprécier notre place dans l’espace et le temps, à voir comment nous nous situons dans la longue histoire de l’évolution cosmique, à appréhender nos liens avec l’univers. Elle nous permet de transcender la pesanteur de notre corps et la brièveté de notre vie.

Trinh Xuan Thuan, Un astrophysicien, page 66

 

 

  

L'infini dans la paume de la main

Titre : L’infini dans la paume de la main

Auteur : Trinh Xuan Thuan et Matthieu Ricard

Genre : Science / Religion

Date : 2002

Pages : 400

Éditeur : Nil édition / Fayard

Collection : Pocket

ISBN : 2-266-10861-1

 

Le dialogue d'un scientifique français devenu bouddhiste et d'un bouddhiste vietnamien devenu scientifique... La science et la spiritualité éclairent chacune à leur façon la vie des hommes : pourquoi, à défaut de se rejoindre, ne seraient-elles pas complémentaires ? Las, nous dit-on, la connaissance scientifique et la connaissance spirituelle sont trop étrangères l'une à l'autre pour que leur confrontation puisse être autre chose qu'un dialogue de sourds... C'est précisément à faire mentir cet antagonisme que s'attachent ici Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan. Le champ des interrogations est vaste. Quelle est la nature du monde ? De l'Univers ? De la matière? Du temps ? De la conscience ? Comment mener notre existence ? Comment vivre en société ? Comment marier science et éthique ? Quant aux réponses, le lecteur jugera si elles sont conformes aux idées qu'il se faisait par avance. Car au fil de ce dialogue passionné, animé par un sincère désir de compréhension réciproque, se produit l'inattendu : les oppositions s'estompent, les convergences se font jour, et l'on se prend à rêver d'un avenir où foi et raison seraient, enfin, durablement réconciliées.

 

 

Les voies de la lumière

 

Titre : Les voies de la lumière: Physique et métaphysique du clair-obscur

 Auteur : Trinh Xuan Thuan

 Genre : Science

 Date : 2007

 Pages : 921

 Éditeur : Gaillimard

 Collection : Folio essais

 ISBN : 978-2-07-035379-8

 

La lumière fascine les hommes, qu'ils soient scientifiques, philosophes, artistes ou théologiens, depuis les temps les plus reculés. Elle n'est, en effet, pas seulement essentielle à l'astronome ; elle lie chacun d'entre nous au cosmos. Venue du Soleil, elle est source de vie. Qu'elle soit naturelle ou artificielle, elle nous permet de contempler le monde, mais aussi de le penser, d'interagir avec lui et d'y évoluer. Trinh Xuan Thuan entreprend donc de retracer l'épopée des efforts que l'homme a déployés pour pénétrer au cœur de la lumière et en percer les secrets, en comprendre les dimensions scientifiques et technologiques, comme esthétiques et spirituelles. Le lecteur est, ce faisant, introduit à la physique de la lumière, mais aussi à sa métaphysique - à ce qui nous permet d'être humain.

 

Extraits :

Cet ouvrage s’adresse à l’« honnête homme » non nécessairement doté d’un bagage technique, mais curieux de la physique et de la métaphysique de la lumière. Dans la rédaction de ces pages, je me suis dans la mesure du possible efforcé d’éviter tout jargon, sans pour autant perdre en précision et en rigueur. J’ai particulièrement veillé à ce que la forme soit la plus simple, la plus claire et la plus agréable possible, afin de faire passer des concepts parfois arides, étrangers et difficiles. J’ai aussi ajouté des figures et un cahier d’illustrations en couleur non seulement pour concrétiser mon propos, mais également pour en égayer la lecture.

Trinh Xuan Thuan, Les voies de la lumièrepage 23

 

En résumé, les Grecs ont ainsi été à l’origine de trois théories fort différentes de la vision : celle des « rayons visuels »issus des yeux, d’Empédocle ; celle des « simulacres », de Leucippe et Démocrite, formes voyageuses composées d’atomes qui se détachent de la surface des objets ; et celle du « diaphane », d’Aristote, où la présence d’une source lumineuse actualise la transparence de l’air ambiant qui transmet à l’œil les impressions de couleurs et de formes des objets. Ces idées ont exercé une influence considérable sur tous les penseurs qui se sont penchés sur le problème de la lumière et de la vision pendant les vingt siècles qui ont suivi.

Trinh Xuan Thuan, Les voies de la lumièrepages 42-43

 

Ajouter de la lumière à la lumière peut produire de l’obscurité

Mais la notion de lumière en tant qu’onde a la vie dure. Tel un phénix qui renaît de ses cendres, elle ne cesse de resurgir. Le nouveau personnage à entrer en scène dans la saga de la lumière, le physicien anglais Thomas Young (1773-1829), va encore apporter plus d’eau au moulin de cette théorie ondulatoire de la lumière. Génie multidisciplinaire, Young est doué en tout : en sciences comme en littérature, en musique aussi bien qu’en peinture. Extrêmement précoce, il sait lire dès l’âge de deux ans et, à quatorze, maîtrise dix langues dont le latin, le grec, l’hébreu, le persan et l’arabe. Il étudie la médecine à Londres, puis à Edimbourg et Göttingen. Touche-à-tout inspiré, il contribue de manière importante au décryptage des hiéroglyphes sur la pierre de Rosette, indépendamment de l’égyptologue français Jean-François Champollion (1790-1832). Il publie des articles sur un nombre impressionnant de sujets : la métallurgie, l’hydrodynamique du sang, la peinture, la musique, les langues, les mathématiques, etc. Il s’intéresse au mécanisme de la vision et découvre en 1794 que c’est le cristallin de l’œil qui, en modifiant sa courbure, est responsable de la netteté des images d’objets proches sur la rétine, phénomène appelé « accommodation ». Pour cette découverte, il est élu membre de la prestigieuse Royal Society à vingt et un ans, alors qu’il est encore étudiant! Il découvre aussi le phénomène d’astigmatisme, anomalie de la vision due à des inégalités de courbure de la cornée ou à des irrégularités dans les milieux transparents de l’œil. Ces travaux sur le mécanisme physiologique de l’œil sont les plus importants depuis Kepler.

Mais la postérité retiendra le nom de Young surtout à cause d’une expérience fondamentale sur la lumière qu’il présente à la Royal Society en 1801, celle dite des « franges d’interférence ». Dans l’ordre d’importance, dans l’histoire de l’optique, elle vient très probablement juste après celle de Newton sur la décomposition de la lumière blanche en ses diverses composantes par un prisme.

Young est le premier Anglais à oser s’attaquer au monument Newton, le premier à avoir le culot de défier l’immense prestige posthume de son illustre compatriote. Il se penche en particulier sur ce qu’il estime être le talon d’Achille de la théorie corpusculaire de la lumière : le phénomène de diffraction découvert par le Père Grimaldi. Il a bien constaté que si l’on perce une petite fente dans la paroi d’une chambre obscure, le faisceau lumineux qui y entre, une fois passé la fente, se diffracte, c’est-à-dire s’élargit et éclaire d’un halo d’intensité plus faible une zone plus étendue que ne le laisseraient supposer des corpuscules de lumière se déplaçant exclusivement en ligne droite. Admettons maintenant que nous percions non plus une seule fente, mais deux, très rapprochées l’une de l’autre. Chacune va être à l’origine d’une zone de lumière étendue. Young place un écran derrière les deux fentes pour examiner la région où les deux halos de lumière se superposent. Ce qu’il découvre le remplit de stupeur!

On pourrait penser naïvement qu’en ajoutant de la lumière à la lumière, la zone éclairée qui en résulterait serait plus brillante et lumineuse. Or il n’en est rien. Young constate un phénomène des plus inattendus : la zone où les deux faisceaux de lumière se superposent contient certes des bandes plus brillantes, mais celles-ci alternent avec des bandes sombres dépourvues de toute luminosité! En d’autres termes, en certains endroits, ajouter de la lumière à la lumière donne de l’obscurité! Imaginez que vous allez acheter une seconde lampe pour mieux éclairer votre chambre et, quand vous l’allumez, vous observez, à votre grande déception des bandes noires à certains endroits du mur. Vous serez en droit d’être en colère et d’exiger du magasin un remboursement immédiat…

Trinh Xuan Thuan, Les voies de la lumièrepages 113 à 115

 

 

Après son mémoire à l’Académie des sciences, Fresnel continue à développer et à affiner ses calculs. En fin de compte, ses démonstrations se révèlent si convaincantes qu’il parvient à faire reculer la théorie corpusculaire de Newton et de ses successeurs, et à imposer la théorie ondulatoire de la lumière. Dès qu’il prend connaissance des travaux de Young, Fresnel n’hésite pas à lui écrire pour reconnaître leur antériorité : « J’ai avoué s’assez bonne grâce devant le public, en plusieurs occasions, l’antériorité de vos recherches. » Quant à Young, il reconnaît bien volontiers que le Français a fait ses découvertes de manière autonome et tout à fait original : « J’ai eu pour la première fois le plaisir d’entendre un travail optique lu par Monsieur Fresnel, qui semble avoir redécouvert par ses propres efforts les lois d’interférence. » Un échange de bons procédés entre deux grands scientifiques, qui est tout à leur honneur. Ce comportement exemplaire devrait tout le temps prévaloir dans le monde académique, bien que ce ne soit malheureusement pas toujours le cas!

Trinh Xuan Thuan, Les voies de la lumière, page 126

 

 

Une année miraculeuse

L’année 1905 fut une année miraculeuse pour la physique, tout autant que l’avait été l’année 1666, quand le jeune Newton, pour échapper à l’épidémie de peste qui sévissait, se réfugia à la campagne dans la maison de sa mère et découvrit la gravitation universelle, inventa le calcul infinitésimal et fit des découvertes fondamentales sur la nature de la lumière. Travaillant à l’écart du monde académique, Einstein, par son seul génie, modifia la face de l’univers par quatre articles fondamentaux publiés de mars à juin dans le journal scientifique allemand Annalen der Physik, articles dont chacun aurait suffi à le propulser dans le panthéon de la physique et au faîte de la gloire.

Outre l’article portant sur la relativité restreinte, un deuxième concerne le mouvement de zigzags irréguliers et désordonnés de particules microscopiques de pollen en suspension dans l’eau – ce que l’on appelle le « mouvement brownien », du nom du botaniste écossais Robert Brown (1773-1858) qui l’a découvert. Dans cet article, Einstein établit de façon définitive la réalité des atomes en calculant leur taille et en démontrant comment leurs heurts et collisions sont responsables de l’effet brownien.

Le troisième article, qu’il qualifie lui-même de « visionnaire » dans une lettre à un ami, traite de ce qu’on appelle l’ « effet photoélectrique » : comment la lumière ultraviolette arrache des électrons à la surface d’une pièce de métal. Einstein suggère que ces expériences ne peuvent être comprises que si la lumière a une nature corpusculaire (sous la forme de particules qu’on appelle aujourd’hui « photons »), et non pas ondulatoire. Nous y reviendrons plus tard. C’est cet article sur la lumière qui lui vaut le prix Nobel de physique en 1921, et non pas celui sur la relativité restreinte, comme on le croit souvent à tort.

Dans le quatrième article, Einstein unifie énergie et matière. Il démontre que ces deux concepts ne sont que deux facettes différentes d’une seule et même réalité. Ils sont reliés ensemble par la formule qui est peut-être la plus célèbre de l’histoire de la physique : l’énergie d’un objet est égale au produit de sa masse par le carré de la vitesse de la lumière (E=mc2). C’est cette formule qui permettra plus tard de percer le secret de l’énergie des étoiles, mais aussi de construire les bombes atomiques qui détruiront Hirochima et Nagasaki.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 146 et 147

 

 

Le mur de la connaissance

À l’aube du XXIème siècle, deux grandes théories constituent les piliers de la physique contemporaine. La première est la mécanique quantique ; elle décrit le monde des atomes et de la lumière, où les deux forces nucléaires fortes et faibles et la force électromagnétique mènent le bal et où la gravité est négligeable. La deuxième est la relativité ; elle rend compte des propriétés de l’Univers à grande échelle, celle des galaxies, des étoiles et des planètes, où la gravité occupe le devant de la scène et où les forces nucléaires et électromagnétique ne jouent plus le premier rôle. Ces deux grandes théories, vérifiées à maintes reprises par de nombreuses mesures et observations, fonctionnent extrêmement bien tant qu’elles demeurent séparées et cantonnées à leurs domaines respectifs. Mais la physique s’essouffle et perd ses moyens quand la gravité, d’ordinaire négligeable à l’échelle subatomique, devient aussi importante que les trois autres forces. Or c’est exactement ce qui est arrivé aux premiers instants de l’univers, quand l’infiniment petit a accouché de l’infiniment grand. Pour comprendre l’origine de l’univers et donc notre propre origine, il nous faut une théorie physique qui unifie la mécanique quantique et la relativité, une théorie de « gravité quantique » qui soir capable de décrire une situation où les quatre forces fondamentales sont sur un pied d’égalité.

Cette unification n’est pas des plus aisées, car il existe une incompatibilité fondamentale entre la mécanique quantique et la relativité générale pour ce qui concerne la nature de l’espace. Selon la relativité, l’espace à grande échelle où se déploient les galaxies et les étoiles est calme et lisse, dépourvu de toute fluctuation et rugosité. En revanche, l’espace à l’échelle subatomique de la mécanique quantique est tout sauf lisse. À cause du flou de l’énergie, il devient une sorte de mousse quantique aux formes constamment changeantes, remplies d’ondulations et d’irrégularités qui apparaissent et disparaissent çà et là au cours de cycles infiniment courts. La courbure et la topologie de cette mousse quantique sont chaotiques et ne peuvent plus être décrites qu’en terme de probabilités. Comme pour une toile pointilliste de Seurat qui se décompose en milliers de petits points multicolores quand on l’examine de près, l’espace se dissout en innombrables fluctuations et ne respecte plus les lois déterministes quand on le scrute à l’échelle subatomique. Cette incompatibilité fondamentale entre les deux théories à propos de la nature de l’espace fait que nous ne pouvons extrapoler les lois de la relativité jusqu’au « temps zéro » de l’univers, quand l’espace et le temps ont été créés. Un mur de la connaissance se dresse devant nous pour nous barrer le chemin. C’est ce qu’on appelle le « mur de Planck », d’après le nom du physicien allemand Max Planck qui, le premier, s’est penché sur ce problème. Les lois de la relativité perdent pied au temps infinitésimalement petit de 10-43 secondes après le big bang, le temps de Planck.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 260 et 261

 

 

La symphonie des cordes

Dans la théorie des supercordes, les particules ne sont plus des éléments fondamentaux, mais sinplement le produit de vibrations de boutsde cordes incommensurablement petits de 10-33 centimètre, la longueur de Planck. Les particules de matière et de lumière qui transmettent les forces (par exemple, le photon transmet la force électromagnétique), qui relient les éléments du monde et font que ce monde change et évolue, tout cela ne serait que les diverses manifestations des vibrations de ces ordres. Or, fait extraordinaire, le graviton, la particule qui transmet la force de gravité, désespérément absent des théories précédentes, apparaît comme par miracle parmi ces manifestations. L’unification de la force gravitationnelle avec les trois autres forces se révèle donc possible. Dans la théorie des supercordes, tout comme les vibrations des cordes d’un violon produisent des sons variés avec leurs harmoniques, les sons et harmoniques des cordes apparaissent dans la nature et pour nos instruments sous la forme de photons, de protons, d’électrons, de gravitons, etc. Ainsi, les cordes chantent et vibrent tout autour de nous, et le monde n’est qu’une vaste symphonie. Ces supercordes habiteraient un univers à neuf dimensions spatiales dans une version de la théorie, à vingt-cinq dimensions spatiales dans une autre version. Puisque nous ne percevons que trois dimensions spatiales, il faut supposer que les six ou vingt-deux dimensions supplémentaires de l’espace se sont enroulées sur elles-mêmes jusqu’à devenir si petites qu’elles ne sont plus perceptibles.

Mais la théorie des supercordes est loin d’être complète et le chemin à parcourir pour toucher au but est encore très long et extrêment ardu. La théorie est enveloppée d’un voile mathématique si épais et si abstrait qu’elle défie les talents des meilleurs physiciens et mathématiciens du moment. Enfin, elle n’a jamais été soumise à la vérification expérimentale, car les phénomènes qu’elle prévoit se déroulent à des énergies dépassant de loin cellesque peuvent atteindre les plus grands accélérateurs de particules actuels. Or, tant qu’une théorie scientifique n’est pas vérifiée par l’observation, nous ne pouvons pas savoir si elle est vraie et conforme à la nature, ou si elle n’est qu’un produit de l’imagination fertile des physiciens, sans rapport aucun avec la réalité. La symphonie des cordes reste inachevée.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 262 et 264

 

 

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? Car le rien est plus simple et plus facile que quelque chose. De plus, à supposer que des choses doivent exister, il faut qu’on puisse rendre compte du pourquoi elles doivent exister ainsi, et non autrement. »

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, page 278

 

 

La théorie de l’inflation est-elle fausse?

Il est temps de faire le point. En scrutant les mouvements des étoiles et des galaxies, nous avons dû admettre la présence d’une grande quantité de matière noire exotique froide dont la masse est quelques 26/4 = 6,5 fois supérieure à celle de la matière baryonique ordinaire dont nous sommes constitués ; de surcoît, sa nature précise nous échappe encore presque totalement. Cette matière noire ne peut pas être ordinaire, car, si c’était le cas, les abondances primordiales de l’hélium et du deutérium observées dans les étoiles et les galaxies n’auraient pas été conformes aux prédictions de la théorie du big bang, et les minuscules semences de galaxies observées par COBE et WMAP n’auraient jamais eu le temps de prospérer en superbes galaxies dès le premier milliard d’années de l’univers.

Mais nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises. L’univers va encore frapper plus fort en nous révélant que l’espace est baigné d’une mystérieuse énergie noire qui accélère son mouvement d’expansion. Au lieu de décéler graduellement, comme cela aurait été le cas si la gravité attractive de son contenu en masse et énergie était seule en cause, il est au coutraire en train d’accélérer!

Comme c’est souvent le cas en science, plusieurs voies indépendantes vont nous conduire à cette étonnante révélation. La première repose sur une apparente contradiction entre la masse total – lumineuse et noire – observée dans l’univers et celle prévue par la théorie de l’inflation. Nous avons vu que la matière ordinaire constitue 4% de la densité critique de l’univers et la matière exotique 26%, soit un sous-total de 30% de cette densité. Dans un univers qui ne contient rien d’autre que de la matière et de la lumière, la densité totale de l’univers doit être supérieure à la densité critique en sorte que la gravité parvienne à freiner son exansion, à inverser son mouvement et à le faire s’effondrer sur lui-même. Un univers doté d’une densité de moins d’un tiers de la densité critique connaîtra donc une expansion éternelle. En d’autres termes, cet univers sera « ouvert », avec une courbure négative comme celle du pavillon évasé d’une trompette. Mais un tel univers pose problème, car il entre en contradiction directe avec la théorie de l’inflation selon laquelle l’univers s’est emballé dans une expansion exponentielle pendant les premières fractions de seconde de son existence. Durant cette phase inflationnaire, nous l’avons vu, la géométrie de l’espace s’aplatit comme une petite portion de la surface d’un ballon devient moins courbée quand on le gonfle. De même que la courbure d’une sphère diminue quand son rayon s’accroît, l’univers tend à devenir plat si l’on augmente sa taille de facon vertigineuse. Or, on l’a vu, la densité d’un univers plat doit être exactement égale à la densité critique, et non pas à 30% de la valeur de celle-ci!

L’astrophysicien se retrouve face à un dilemme cornélien. Soit il décide que la théorie de l’inflation est fausse, et les « nuages noirs » qui obscurcissaient le paysage du big bang et qui ont été dissipés par la théorie de l’inflation (comment expliquer le bang du big bang? Comment rendre compte de l’extrême homogénéité de l’univers et de l’absence de courbure du paysage cosmique? Comment créer les semences de galaxies?) reviennent obséder sa conscience. Soit il admet que l’inflation a bien eu lieu, que l’univers a bien une géométrie plate et est doté d’une densité critique – mais, dans ce cas, où diable sont passés les 70% manquants? À la fin du Xxème siècle, nombre d’astrophysiciens étaient bien près de baisser les bras et de déclarer fausse la théorie de l’inflation, au risque mëme de mettre en péril celle du big bang.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 383 à 385

 

 

Pouvons-nous croire au big bang?

Nous avons dressé l’inventaire de toutes les sources de lumière et d’énergie de l’univers et raconté leur histoire et leur évolution du passé le plus éloigné au futur le plus distant. Nous l’avons fait dans le contexte de la théorie du big bang. La véracité de notre récit dépend de la validité de cette théorie. Étant donné l’état de nos connaissances sur l’univers, pouvons-nous croire au big bang?

Je pense qui oui. Depuis son acceptation par la majorité des astrophysiciens après la découverte du rayonnement fossile en 1965, cette théorie a en effet vécu dangereusement pendant ces quatre dernières décennies. À tout moment des observations auraient pu venir la contredire, la faire basculer dans le gouffre et l’expédier au cimetière des théories mortes.

La véracité d’une théorie repose sur sa capacité à passer tous les tests observationnels, quels qu’ils soient. Or ce ne sont pas les observations qui manquent, car les astronomes se sont mis à tester avec acharnement la théorie di big bang dans ses moindres aspects et ses plus petits recoins. Ils ont étudié le rayonnement fossile en détail. Ils auraient pu constater que la distribution en énergie des photons de ce rayonnement fossile n’est pas conforme à celle d’un univers doté d’un passé chaud et dense. Ils auraient pu trouver que le rayonnement fossile est si uniforme qu’il est incompatible avec les fluctuations de densité nécessaires pour donner naissance aux galaxies. Ils auraient pu découvrir une étoile pourvue d’une quantité d’hélium tellement inférieure aux 25% prédits par la théorie du big bang que cela aurait porté un coup fatal à la théorie, les étoiles ne pouvant qu’accroitre la quantité d’hélium primordial (par fusion de l’hydrogène en hélium) et non la diminuer. Ils auraient pu détecter une telle abondance de deutérium que cela aurait impliqué une quantité minuscule de matière baryonique, incompatible avec les 4% de la densité critique qu’on a observés. Ils auraient pu mesurer une masse du neutrino si élevé que la masse totale des neutrinos, presque aussi nombreux que les photons dans l’univers primordial, aurait de loin dépassé celle mesurée pour l’univers entier (en réalité, la masse des neutrinos est si faible que ceux-ci ne peuvent pas même rendre compte de la matière noire exotique de l’univers). Ils auraient pu, grâce à la technique des supernovae, mettre au jour une énergie noire si importante que la densité totale de l’univers aurait de loin dépassé la densité critique, ce qui aurait contredit l’idée d’une période inflationnaire de l’univers.

Nous pourrions multiplier à l’envi les exemples de coups fatals pouvant être portés à la théorie du big bang. Or rien de tout cela n’est advenu. Les observations les plus récentes ont renforcé la théorie du big bang plutôt qu’elles ne l’ont infirmée. C’est cette fantastique adaptation aux contours sinueux de la nature qui nous donne confiance en elle. Si un jour une théorie plus sophistiquée venait à la supplanter, il lui faudrait incorporer tous ses acquis, tout comme la physique einsteinienne a dû incorporer tous ceux de la physique newtonienne.

Après avoir examiné toutes les sources de lumière de l’univers, nous allons nous concentrer sur celle qui nous importe le plus : le Soleil. Non seulement celui-ci est à l’origine de superbes spectacles lumineux sur Terre, mais il est aussi notre astre de vie.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 480 et 481

 

 

Les poumons de la Terre et la biodiversité en danger

Les vertes espèces que la nature a si patiemment développées et entretenues pendant des centaines de millions d’années sont aujourd’hui en danger, et cela, à cause de l’inconscience et de la cupidité des hommes. Pour faire face à une démographie galopante et pour nourrir toujours plus de bouches, l’homme ne cesse d’abattre arbres et forêts afin de conquérir davantage de terre cultivables. Mû par l’appât du gain, il n’arrête pas de convertir les arbres en papier et en meubles qui décorent ses habitations. Depuis 1950, plus de 30% des forêts de conifères et 45% des forêts tropicales ont été ainsi éliminées. Déjà 14% de la superficie de la plus grande forêt tropicale existant sur Terre, l’Amazonie, ont été effacés. Les forêts tropicales de la côte atlantique du Brésil, de Madagascar et des Philippines n’occupent déjà plus que le dixième de leur superficie initiale! Toutes les deux secondes, des morceaux de forêt tropicale équivalent à la surface d’un terrain de football sont rayés de la surface du globe.

Cette déforestation à outrance a pour grave conséquence de diminuer la capacité de notre planète à se préserver de l’accumulation de gaz carbonique. Celui-ci, en s’accumulant dans l’atmosphère et en exerçant son redoutable effet de serre, menace de réchauffer notre havre terrestre jusqu’à le rendre invivable. Nous avons vu que, par la magie de la photosynthèse, les arbres et autres végétaux absorbent le gaz carbonique de l’atmosphère et utilisent la lumière solaire pour le convertir en oxygène. Les forêts jouent donc le rôle de « poumons » de la Terre – ou plutôt de pouvons « inversés » car, à l’inverse de la photosynthèse, la respiration nous fait inhaler de l’oxygène pour exhaler du gaz carbonique. Les forêts et autres plantes vertes compensent ainsi la consommation d’oxygène et la production de gaz carbonique des autres êtres vivants. En les rasant, nous rompons ce fragile équilibre. Si les trois quarts de l’argumentation de la teneur en gaz carbonique dans l’atmosphère terrestre proviennent de la combustion de carburants fossiles par les hommes, le quart restant est dû à la destruction des forêts tropicales.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 551 et 552

 

 

Des énergies non renouvelables qui polluent l’environnement

Les réserves de pétrole, de gaz et de charbon ne sont pas illimitées. Elles sont en train de s’épuiser rapidement et, plus grave encore, ne sont pas renouvelables. La connaissance du pétrole date de l’Antiquité. Les Anciens l’utilisaient pour des applications très variées : les Égyptiens s’en servaient pour la conservation des momies, les Chinois pour fabriquer des briques et chauffer les maisons, d’autres encore pour calfater les coques de leurs navires. Mais l’utilisation des combustibles fossiles prend vraiment son essor avec la révolution industrielle, vers la fin du XVIIIème siècle. Avec l’invention de la machine à vapeur, l’homme apprend à convertir en travail la chaleur du charbon brûlé. Avec l’invention du moteur à explosion et de l’automobile, le pétrole va supplanter le charbon comme combustible fossile le plus utilisé. Le premier puits moderne a été foré en 1859 en Pennsylvanie, aux États-Unis. Le pétrole pourvoit à l’heure actuelle à 40% de nos besoins énergétiques, tandis que gaz et charbon en satisfont chacun de l’ordre de 25%. Le charbon est aujourd’hui surtout utilisé dans les centrales thermiques pour produire de l’électricité : l’eau chauffée y est transformée en vapeur, laquelle active des turbines connectées à un générateur électrique.

En un peu plus de cent cinquante ans, nous avons déjà consommé une bonne partie des réserves de combustibles fossiles que la nature a mis patiemment des centaines de millions d’années à fabriquer. Il faudra des centaines d’autres millions d’années pour renouveler ces réserves. C’est un temps dont l’homme ne dispose pas. Par inconscience et cupidité, il ne cesse de se livrer à une ébauche de dépenses d’énergie pour produire et consommer toujours plus. L’homme est la seule espèce vivant sur Terre à consommer plus d’énergie qu’il ne lui en faut pour vivre et se reproduire. Aujourd’hui, les habitants des pays développés dépensent pour leur transport et leur confort presque cent fois l’énergie nécessaire à leur métabolisme! Au rythme frénétique actuel de notre consommation d’énergie, on estime que les réserves de pétrole (surtout localisées au Moyen-Orient) et de gaz (principalement au Moyen-Orient et dans l’ancienne Union soviétique) seront épuisées vers 2100. Quant au charbon, qui est le combustible la plus abondant et le mieux réparti géographiquement sur Terre (ses plus grosses réserves étant situées aux États-Unis et dans l’ancienne Union soviétique), il offrira un répit, mais lui aussi sera épuisé vers l’an 2300.

Mais, même si les réserves en carburants fossiles étaient illimitées, l’urgence est grande de trouver et développer des sources d’énergie plus respectueuses de l’environnement. En effet, la consommation effrénée de combustibles fossiles a sérieusement perturbé l’équilibre de notre écosphère. La combustion du pétrole et du charbon a déversé des tonnes de gaz carbonique dans l’atmosphère terrestre, exacerbant l’effet de serre et entraînant un réchauffement de la planète, avec des conséquences potentielles catastrophiques pour la survie de notre espèce et de bien d’autres. Le gaz carbonique que les fougères du carbonifère ont si serviablement ôté de l’air il y a quelques 300 millions d’années y a été ainsi restitué dans sa quasi-totalité. Ce rejet dû à l’activité humaine représente la moitié des rejets effectués dans l’atmosphère terrestre, soit environ 7 milliards de tonnes par an. À l’échelle du globe, la combustion du charbon pour produire de l’électricité est une importante source de gaz carbonique. Sur ce plan, la France fait exception, car son électricité est à 90% d’origine nucléaire ou hydraulique. De ce fait, un Français est responsable en moyenne de presque trois fois moins d’émissions de gaz carbonique qu’un Américain. La combustion du pétrole pour alimenter nos voitures et celle des combustibles fossiles pour chauffer nos maisons, nos bureaux, et faire fonctionner nos usines, contribuent aussi à l’augmentation de l’effet de serre. Le gaz carbonique produit par l’activité humaine est responsable à 60% de l’accroissement constaté de l’effet de serre.

L’autre gaz à effet de serre lié lui aussi à l’activité humaine et qui a un impact important sur l’environnement est le méthane. Sa contribution à l’augmentation de l’effet de serre est de 20%. Il provient surtout de l’élevage, en particulier de l’estomac des vaches (une vache laitière produit en moyenne 90 kilogrammes de méthane par an), mais aussi des ordures ménagères ou encore des rizières. Les reste de la hausse de l’effet de serre est dû à des gaz moins abondants dans l’atmosphère comme les fameux chlorofluorocarbones (CFC) utilisés jadis dans la réfrigération et la climatisation, et progressivement interdits depuis 1987 à cause de leurs effet destructeur sur la couche d’ozone.

Avec le tarissement des puits de pétrole et l’envol des prix du carburant, la tentation sera grande, à terme, de redonner la première place au charbon, avec toutes les conséquences néfastes qui y sont liées sur le plan écologique : des poussières de houille qui se disséminent dans l’air et se déposent dans les poumons des hommes; la fumée qui obscurcit le ciel et noircit les façades des maisons; des oxydes toxiques de souffre et d’azote qui acidifient la pluie et la neige, menaçant la santé des hommes en même temps que celle des lacs, rivières et forêts, et rongeant les beaux monuments en marbre dans les villes. Ces coûts humains et environnementaux élevés sont inacceptables et doivent être évités à tout prix.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 564 à 567

 

 

Après avoir vu comment la lumière est source de toute vie sur Terre, comment elle contrôle notre santé et dicte notre humeur, comment elle est à l’origine de toutes les sources d’énergie existantes, comment elle est responsable de toutes les couleurs qui nous entourent, de ces chefs-d’œuvre naturels qui font que la vie vaut la peine d’être vécue – le ciel bleu, la mer azurée, les couchers de soleil rougeoyant, les nuages blancs –, comment elle nous donne à voir en spectacle le merveilleux arc-en-ciel, la fantastique aurore boréale, il est temps de nous pencher sur les diverses façons dont l’homme a su dompter la lumière pour améliorer son bien-être et communiquer avec ses semblables, et, ce faisant, transformer la planète en un village global.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 650 et 651

 

 

Le caractère holistique de l’hologramme et de l’univers

Plus curieux encore que leur nature immatérielle, les images holographiques possèdent une autre propriété tout à fait surprenante et extraordinaire : chaque partie d’un hologramme contient toute l’information de l’hologramme entier. Ce qui n’est pas du tout le cas pour une image ordinaire. Ainsi, si quelqu’un venait à découper une partie du négatif d’une photo de vous, par exemple la partie qui a enregistré l’image de votre bras, la photo qui en résulterait vous montrerait amputé d’un bras. En revanche, si une personne vient à ôter une partie du dessin des interférences qui constitue le « négatif » holographique, et si vous éclairez la partie restante par un faisceau laser, vous obtiendrez non pas une partie de l’hologramme, mais celui-ci en entier, quoique d’une brillance moindre, et avec des perspectives plus limitées. Cela parce que, dans le cas d’un hologramme, il n’existe plus de relation unique entre une partie de la scène photographiée et une partie du négatif, comme dans un négatif ordinaire. La scène entière est enregistrée en tout point du négatif holographique. En d’autres termes, chaque partie de l’hologramme contient le tout.

Ce phénomène a une conséquence inouïe : les ondes lumineuses imprègnent tout l’univers, elles voyagent sans relâche, se réfléchissant d’un objet à l’autre, rebondissant d’un endroit à l’autre, s’interférant sans cesse les unes avec les autres. Elles créent ainsi des motifs d’interférences qui changent et évoluent en permanence au fil du temps, recelant d’inépuisables trésors d’informations sur tous les objets avec lesquels elles ont interagi sur leurs parcours. La forme géométrique des objets rencontrés, leurs dispositions spatiales, leurs séparations tout cela est encodé dans les motifs d’interférences que tracent les innombrables ondes lumineuses qui peuplent l’univers. La matière ayant aussi une nature ondulatoire – rappelez-vous la découverte du physicien français Louis de Broglie (1892-1987) -, celle-ci participe également à l’élaboration de ce vaste réseau d’interférences. L’univers peut ainsi être considéré comme baigné par un ample motif codé de matière et d’énergie. Chaque région d’espace, si minuscule soit-elle (elle peut être aussi infime que la taille d’un photon, égale à la longueur de l’onde qui lui est associée), contient des informations sur la totalité du passé et a la faculté d’influence les évènements à venir. Nous sommes alors conduits à une vue holistique stupéfiante du cosmos, celle d’un univers holographique infini dans lequel chaque région est perçue selon une perspective différente, mais contient inévitablement le tout.

Tout comme l’expérience EPR (Einstein-Podolsky-Rosen) qui nous dit que si deux particules ont interagi, elles se maintiennent en contact par une mystérieuse et omniprésente influence, le concept d’un univers holographique nous contraint à dépasser nos notions habituelles de temps et d’espace : chaque partie contient le tout et le tout reflète chaque partie. Le livre que vous tenez entre vos mains, les objets qui vous entourent, ces roses parfumées, ces statues de Rodin, ces tableaux de Cézanne, tous les objets que nous identifions comme autant de fragments de réalité portent la totalité enfouie en eux grâce à ce vaste réseau d’interférences d’ondes lumineuses qui baigne tout l’univers. L’intuition poétique rejoignant parfois la démonstration scientifique, le poète anglais William Blake (1757-1827) a superbement exprimé cette globalité cosmique par ces vers magnifiques dans Augures d’Innocence :

                Voir un univers dans un grain de sable

                Et un paradis dans une fleur sauvage

                Tenir l’infini dans la paume de sa main

                Et l’éternité dans une heure.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 700 à 702

 

 

Le « trou noir » comme ordinateur quantique

Quel rapport entre un trou noir et un ordinateur? Ce qui semble au premier abord une question dépourvue de sens est au contraire un sujet d’investigation on ne peut plus sérieux pour le physicien. Pour celui-ci, tout système physique, que ce soit un rocher, une planète, une étoile, une galaxie, voire l’univers entier, enregistre et traite de l’information, c’est-à-dire agit comme une machine à calculer. Chaque électron, photon ou toute autre particule élémentaire stocke des données sous forme de bits, et chaque fois que deux de ces particules interagissent il y a transformation de ces bits. Cette convergence de la physique et de la théorie de l’information est une conséquence directe du principe de base de la mécanique quantique : la nature et discontinue, ce qui veut dire que tout système physique peut être décrit par un nombre fini de bits (ou de qubits). Ainsi, le spin de chaque particule peut être orienté vers le haut ou vers le bas, correspondant aux valeurs 0 ou 1 d’un bit. Il peut aussi changer d’orientation, simulant ainsi une simple opération de calcul. Le système est discontinu non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps : il faut un laps de temps minimal pour effectuer le changement d’orientation du spin d’une particule. Ce laps de temps est déterminé par le principe d’incertitude de Heisenberg : plus l’énergie fournit est grande, plus le temps est court.

Le trou noir, prison de lumière qui résulte de l’effondrement gravitationnel d’un objet massif, semble à première vue faire exception à la règle. Il absorbe une grande quantité d’information, celle qui caractéristique tout objet tombant dans sa bouche béante. Par exemple, si vous chutez dans un trou noir, l’information que celui-ci engloutit comprend votre masse, votre taille, les vêtements que vous portez, la couleur de vos yeux, etc. Jusqu’au début des années 1970, on pensait que cette information était perdue, une fois franchi le rayon de non-retour du trou noir. En 1974, en appliquant les lois de la mécanique quantique au trou noir, le physicien anglais Stephen Hawking a démontré que celui-ci n’est pas tout à fait « noir », mais qu’il rayonne. Dans l’analyse initiale de Hawking, ce rayonnement était chaotique et ne comportait aucune information utilisable. Si vous tombez dans le gouffre du trou noir et que vous êtes reconverti en rayonnement émis par le trou noir, ce rayonnement ne pourra être utilisé pour vous reconstruire. Ce qui posait problème, les lois de la mécanique quantique étant supposées préserver l’information. Plusieurs physiciens ont donc argué que le rayonnement émis par un trou noir n’est pas totalement désordonné, mais qu’il contient de l’information. En 2004, Hawking s’est rallié à ce point de vue selon lequel le rayonnement d’un trou noir est une version hautement élaborée de l’information tombée dans son gouffre. Mais la discussion n’est pas close, et le débat sur cette question fait encore rage.

Admettons que le raisonnement précédent soit correct, il implique que, si la matière une fois tombée dans la bouche béante du trou noir ne peut plus en ressortir, son contenu en information, lui, le peut. Une façon d’expliquer pourquoi c’est le cas consiste à faire de nouveau appel à des photons intriqués. Une paire de photons intriqués se matérialise juste au-delà du rayon de non-retour du trou noir. Le premier photon s’échappe des griffes du trou noir, tandis que le second retombe dans son gouffre, happé par la singularité, la région au centre du trou noir où le champ gravitationnel et la courbure de l’espace deviennent infinis. La chute du deuxième photon dans le gouffre du trou noir est comme un acte de mesure. Et parce que les deux photons sont intriqués, la mesure du photon à l’intérieur du trou noir est instantanément répercutée sur l’autre photon, à l’extérieur du trou noir, ce qui se traduit par un transfert de l’information de l’intérieur du trou noir vers l’extérieur. L’information est bel et bien manipulée à l’intérieur du trou noir, ce qui fait que celui-ci se comporte en somme comme un ordinateur.

Comment un trou noir fonctionnent-t-il en pratique comme un ordinateur? Il suffit d’encoder des données sous forme de matière et d’énergie et de les envoyer dans la bouche béante du trou noir. En interagissant les unes avec les autres, les particules qui tombent dans le gouffre effectuent des calculs pendant un certain temps avant d’accéder à la singularité. Cette information est communiquée à l’extérieur par les paires de photons intriqués. Ce qui advient en suite à la matière quand elle est comprimée dans la singularité nous échappe encore, car nous ne disposons pas d’une théorie de la gravité quantique.

Prenons par exemple un trou noir avec une masse d’un kilogramme. Son rayon de non-retour, qui varie en proportion de sa masse, est d’un milliardième de milliardième de milliardième de mètre (10-27 mètre), soit un millionième de millionième du rayon d’un proton. En convertissant sa masse en énergie par la fameuse formule d’Einstein, E=mc2, et en répartissant cette énergie dans des bits, le trou noir peut accomplir 1051 opérations par seconde. Quant à la capacité de stockage de données du trou noir, elle est de 1016 bits. Le trou noir est un processeur ultra-rapide, car le temps mis pour modifier l’état d’un bit et donc exécuter une instruction n’est que de 10-35 seconde, soit le temps mis par la lumière pour traverser le trou noir. La communication est donc aussi rapide que le calcul. L’« ordinateur trou noir » agit comme une seule unité. Au fur et à mesure qu’il rayonne, sa masse diminue, car c’est elle qui est convertie en rayonnement. Après avoir émis des rayons gamma pendant un très bref millième de milliardième de milliardième de seconde (10-21 seconde), le trou noir disparait dans un flash de rayonnement. Des Terriens pourront dès lors capter ces rayons gamma et décoder les résultats des calculs du trou noir!

Par comparaison, un ordinateur conventionnel ne peut accomplir que 109 opérations par seconde, soit des millions de milliards de milliards de milliards de milliards de fois moins que le trou noir d’un kilogramme, et stocker 1012 bits, soit 10000 fois moins que le trou noir. Mais l’ordinateur classique a l’avantage de ne pas exploser au bout d’un très court instant! On peut s’étonner que le trou noir ne puisse stocker que relativement peu d’information. Cela est dû à son extrême gravité. Quand la gravité est négligeable, la capacité de stockage varie en proportion du nombre de particules, donc avec le volume. Mais quand la gravité est dominante, elle lie les particules ensemble, si bien que, collectivement, celles-ci sont moins capables de stocker de l’information : au lieu d’être proportionnelle au volume, la capacité de stockage du trou noir varie dès lors seulement comme sa surface.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 779 à 783

 

 

Le cerveau humain est l’aboutissement d’une longue histoire

Comment les signaux lumineux captés par les photorécepteurs de la rétine nous permettent-ils de voir? Comment le cerveau convertit-il en images les messages véhiculés par les nerfs optiques? Pour répondre à ces questions, il faut nous pencher sur la structure du cerveau.

Jusqu’à ce que nous entrions en contact avec des intelligences extraterrestres, le cerveau humain est la structure la plus complexe connue dans l’univers. Il contient quelques centaines de milliards de cellules nerveuses appelées neurones, chacune de quelques millionièmes de millimètre de diamètre. C’est autant que le nombre d’étoile dans une galaxie, ou le nombre de galaxies dans l’univers observable. Le cerveau est une jungle impénétrable de neurones interconnectés. Si tous les axones présents dans notre cerveau étaient mis bout à bout, ils s’étendraient sur plusieurs centaines de milliers de kilomètres. Chacun des centaines de milliards de neurones compte en moyenne entre 1000 et 10000 connexions ou synapses, ce qui fait que chaque neurone peut en même temps recevoir des signaux de milliers d’autres neurones et en envoyer à un nombre aussi élevé. Notre cerveau contient ainsi plus de 100 000 milliards de synapses : tous les ordinateurs du monde connectés ensemble n’auraient pas sa puissance de traitement de l’information.

Le cerveau humain est l’aboutissement d’une longue histoire. Il est composé de trois parties interconnectées, chacune apparue plus tôt chez des animaux « inférieurs » et chacune correspondant à une étape majeure de l’évolution. La partie la plus ancienne est le cerveau reptilien, qui a probablement évolué il y a quelque 400 millions d’années. Non seulement ce cerveau reptilien contrôle le rythme de la respiration et celui des battements du cœur, mais il est aussi à l’origine de notre agressivité, de notre sens de la territorialité et des hiérarchies sociales. Le cerveau reptilien est entouré par le cerveau limbique, que nous partageons avec les autres mammifères et qui a évolué entre -300 et -200 millions d’années. Ce cerveau limbique régule la température du corps et la tension artérielle. Il est aussi le site des émotions, de l’affectivité et du désir sexuel. Il est responsable de l’instinct de conservation qui nous incite à nous nourrir, à nous défendre et à nous reproduire. Enfin, couronnant le tout, vient le cortex (du mot latin signifiant « écorce ») qui représente environ 85% de notre cerveau et qui contient plus de neurones que n’importe quelle autre de ses parties. Le cortex a probablement commencé à évoluer il y a plusieurs dizaines de millions d’années, mais il est passé à la vitesse supérieure il y a environ un million d’années, avec l’émergence des humains. Parmi toutes les espèces, nous possédons le cortex le plus développé. La surface du cortex humain est de quelques 2200 centimètres carrés et, pour résider dans la boite crânienne d’un volume de moins d’un litre et demi, il doit être maintes fois plié et replié sur lui-même. C’est dans le cortex que les pensées naissent, que les décisions sont prises, que les souvenirs du passé surgissent, que le futur est planifié, que le sentiment religieux et le sens de la transcendance prennent forme. C’est là aussi que se trouve le centre de la vision. À l’arrière du cortex cérébral est situé le lobe occipital (« occipital » signifie en latin « vers l’arrière »); les signaux visuels de la rétine y sont traités et transformés en images. C’est la raison pour laquelle ce lobe occipital est aussi appelé « cortex visuel ». On pense que le cerveau y engendre aussi les images mentales qui apparaissent dans nos rêves au cours du sommeil.

La dernière étape de l’évolution du cerveau humain est la spécialisation des deux hémisphères. Elle est survenue entre -4 et -1 million d’années. L’hémisphère gauche et plus impliqué dans le langage, le sens mathématique et le raisonnement logique; l’hémisphère droit, dans la représentation spatiale des formes ainsi que dans les sens artistiques et poétique. Mais, tout comme les cerveaux reptilien, limbique et cortical forment un tout interconnecté, les deux hémisphères sont reliés par un « pont » composé de quelques 300 millions de fibres nerveuses, le « corps calleux », et fonctionnent de manière interdépendante.

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 807 à 809

 

 

La luminosité fondamentale de l’esprit

À l’encontre des religions monothéistes, le bouddhisme n’accepte pas la notion d’un Dieu créateur. Pour lui, le monde des phénomènes n’est pas créé, au sens où il serait passé de l’inexistence à l’existence; le monde existe seulement selon une « vérité relative » qui correspond à notre expérience empirique et qui consiste à attribuer aux choses une réalité objective, comme si elles existaient de leur propre chef et possédaient une identité intrinsèque. Selon le bouddhisme, la « vérité absolue » correspond à un monde dépourvu d’une réalité ultime, en ce sens que les phénomènes ne sont pas une collection d’entités autonomes existant intrinsèquement par elles-mêmes. Le grand philosophe indien bouddhiste du IIème siècle, Nagarjuna, a dit : « Les phénomènes tirent leur nature d’une mutuelle dépendance et ne sont rien en eux-mêmes. » C’est la grande loi de l’interdépendance, idée fondamentale du bouddhisme : l’évolution des phénomènes n’est ni arbitraire ni déterminée par une instance divine, mais suit les lois de cause à effet au sein d’une interdépendance globale et d’une causalité réciproque.

L’interdépendance est nécessaire à la manifestation des phénomènes. « Ceci surgit parce que cela est », ce qui revient à dire que rien n’existe en soi, et « ceci, ayant été produit, produit cela », ce qui signifie que rien ne peut être sa propre cause. Sans l’interdépendance des choses, le monde ne pourrait pas fonctionner. Un phénomène quel qu’il soit ne peut survenir que s’il est relié et connecté aux autres. Tout est relation, rien n’existe en soi et par soi. Une entité qui existerait indépendamment de toutes les autres serait immuable et autonome : elle ne pourrait agir sur rien, et rien ne pourrait agir sur elle. Le bouddhisme envisage ainsi le monde comme un vaste flux d’évènements reliés les uns aux autres et participant tous les uns des autres. La façon dont nous percevons ce flux cristallise certains aspects de cette globalité de manière purement illusoire et nous fait croire que nous avons devant nous des entités autonomes dont nous serions entièrement séparés. Le bouddhisme prône la voie du Juste Milieu : il ne dit pas que l’objet n’existe pas, puisque nous en faisons l’expérience. Il évite ainsi la position nihiliste qui lui est souvent attribuée à tort. Mais il affirme aussi que cette existence n’est pas autonome, mais purement interdépendante, évitant ainsi la position réaliste matérialiste. Le concept d’interdépendance réfute tout aussi bien la notion de particules élémentaires autonomes qui seraient le fondement du monde matériel que celle d’une entité créatrice toute-puissante et permanente qui n’aurait d’autre cause qu’elle-même. Le concept d’un « Dieu de lumière » qui aurait créé ex nihilo l’univers est donc absent du bouddhisme. Or, s’il n’y a pas de Créateur, l’univers ne peut être créé. Il n’a donc ni commencement ni fin. L’univers scientifique compatible avec le point de vue bouddhiste serait un univers cyclique, en proie à une série sans fin de big-bang et de big-crunch.

Mais si le concept d’un Dieu de lumière n’existe pas dans le bouddhisme, la métaphore lumineuse y est présente pour désigner la connaissance de la vérité absolue (ou ultime) et la dissipation de l’ignorance. Par « connaissance », le bouddhisme désigne non pas l’acquisition d’une masse de savoirs et d’informations, mais la compréhension de la véritable nature des choses. Habituellement, nous attribuons aux choses une existence autonome et intrinsèque, mais nous ne discernons pas leur nature interdépendante. Nous pensons que le « moi » ou l’« ego » qui perçoit ces entités est tout aussi concret et réel. Ce faisant, nous nous égarons, nous avons une idée erronée de la réalité ultime qui est la « vacuité » (ou absence d’existence propre des phénomènes, qu’ils soient animés ou inanimés). Cette méprise, que le bouddhisme appelle « ignorance » ou samsara, engendre des sentiments d’attachement ou d’aversion qui sont souvent causes de souffrance. C’est seulement en acquérant la « connaissance », c’est-à-dire une juste compréhension de la nature des choses et des êtres, que nous pouvons éliminer progressivement notre aveuglement mental et les souffrances qui en résultent, et trouver la sérénité dans notre esprit. Le bouddhisme appelle cette prise de conscience la « luminosité fondamentale de l’esprit ». Elle correspond à une connaissance pure qui ne fonctionne pas sur le mode dual sujet-objet ni ne connaît de pensée discursives. Ce mode de connaissance est aussi appelé « luminosité naturelle » ou « présence éveillée ».

Les voies de la lumière, Trinh Xuan Thuan, pages 916 à 918

 

 

 

Voyage au coeur de la lumière

 

Titre : Voyage au cœur de la lumière

Auteur : Trinh Xuan Thuan

Genre : Science

Date : 2008

Pages : 126

Éditeur : Gallimard

Collection : Découvertes Gallimard

ISBN : 978-2-07-034902-9

 

Si familière et pourtant si mystérieuse, la lumière a toujours fasciné les hommes, qu'ils soient philosophes, croyants, artistes ou scientifiques. D'où vient-elle ? Comment se propage-t-elle ? A quelle vitesse ? Comment la dompter...? Est-elle onde ou particule? Cette question sur sa " véritable " nature a suscité au XVIIe siècle un débat passionné qui aboutira aux deux théories fondatrices de la physique moderne, la relativité d'Einstein et la mécanique quantique. Aujourd'hui, les astronomes, par l'observation des sources lumineuses du cosmos, peuvent remonter le temps et retracer l'histoire de l'univers. Demain, grâce à la technologie des fibres optiques, la lumière supplantera l'électronique dans les télécommunications. Évoquant tour à tour la lumière solaire, à l'origine de toute vie, et la lumière artificielle, remarquable conquête technique, l'astrophysicien Trinh Xuan Thuannous entraîne dans un brillant voyage.

 

 

 

Le Cosmos et le Lotus

 

Titre : Le Cosmos et le Lotus

Auteur : Trinh Xuan Thuan

Genre : Science / Religion

Date : 2011

Pages : 259

Éditeur : Albin Michel

Collection : -

ISBN : 978-2-226-23054-6

 

Que nous dit vraiment la science sur la nature de l’univers, sur son origine et son avenir ? Par quel mystère le langage mathématique, pure création de l’esprit humain, se révèle-t-il aussi performant pour nous décrire les phénomènes physiques, de l’infiniment petit à l’infiniment grand ? S’il existe un ordre du monde, ce que nous en disent la physique quantique et la théorie de la relativité est-il compatible avec ce qu enseigne le bouddhisme ? Et que peut-on en conclure concernant notre propre vie ? A ces questions passionnantes et à beaucoup d’autres, le célèbre astrophysicien Trinh Xuan Thuan répond ici d’une façon personnelle, en s’appuyant sur son expérience. Son itinéraire l a placé d’emblée à la confluence de trois cultures : issu d’une famille de lettrés vietnamiens imprégnée de traditions bouddhiste et confucéenne, il a reçu une éducation à la française puis une formation scientifique à l’américaine. Une telle richesse de points de vue lui permet d’apporter, non pas des réponses toutes faites du haut de son savoir, mais des éléments de réflexion accessibles à tous, qui nous font participer à la grande aventure de l’astrophysique depuis un siècle. Entre le Cosmos que nous dévoile chaque jour la science et le « Lotus » de la sagesse orientale, Trinh Xuan Thuan nous invite à emprunter une voie d’intelligence ouverte.

  

« Le but essentiel de notre formation princetonienne n’était pas tant d’apporter tout de suite des réponses que de savoir poser les bonnes questions, car en science un problème bien posé est un problème déjà à moitié résolu. »

Trinh Xuan Thuan, Le Cosmos et le Lotus, page 55, lignes 2-6

 

« Or, en science comme dans tout autre domaine, il faut se méfier des modes. Une théorie qui rallie la majorité des voix à un moment donné n’est pas nécessairement la bonne. La plupart de ceux qui l’adoptent le font non pas après un examen critique, mais par conformisme et inertie intellectuelle, ou encore parce que cette théorie est défendue par quelques chefs de file particulièrement éloquents ou influents. »

Trinh Xuan Thuan, Le Cosmos et le Lotus, page 158, lignes 10-17

 

« La sciene moderne a énormément contribué à alléger notre quotidien, mais elle ne peut pas nous offrir le bien-être moral. C’est seulement en nous transformant intérieurement que nous pouvons espérer atteindre la sérénité et le bonheur. Seule, la science est inapte à développer en nous les qualités humaines indispensables à ce bonheur, car par elle-même elle est incapable d’engendrer la sagesse.

Trinh Xuan Thuan, Le Cosmos et le Lotus, pages 193-194, lignes 15-4

 

Voici quelques liens vers des videos sur la présentation de ce livre.

Dans la première, l'astrophysicien présente son nouveau livre, "Le cosmos et le lotus", à l'émission La Grande Librairie du 22 septembre 2011.

Suivre le liens suivant pour voir le documentaire :

https://www.youtube.com/v/dCC0z8mnAPo%26showsearch=0

Dans le seconde, TXT présente son nouveau livre "Le cosmos et le lotus" sur France Ô dans l'émission "10 minutes pour le dire".

Suivre le liens suivant pour voir le documentaire :

https://www.youtube.com/v/_ozpQoEMkEY%26showsearch=0

 

 

Trinh Xuan Thuan - Désir d'infini

Titre : Désir d’infini

Auteur : Trinh Xuan Thuan

Genre : Science

Date : 2013

Pages : 426

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio Essais

ISBN : 978-2-07-045764-9

 

L’infini est le sujet le plus vaste que l’imagination puisse embrasser. Il a de tout temps fasciné les hommes, qu’ils soient artistes, philosophes ou scientifiques. Mais l’infini se manifeste-t-il vraiment dans la réalité physique, ou est-il seulement un concept de notre imagination, comme le pensait Aristote ?

Des artistes comme Escher, des écrivains comme Borges ont tenté de le représenter, mais c’est Georg Cantor qui assoit fermement l’infini dans le paysage des mathématiques et nous dévoile ses propriétés étranges et magiques.

L’univers est, par excellence, le lieu où l’infini se manifeste. Dans un univers infini, nous serions confrontés au paradoxe de l’éternel retour, où chacun de nous posséderait un nombre infini de sosies. Les avancées en physique de ces dernières décennies ont donné au mot « infini » un sens nouveau. Il se réfère non seulement à notre univers, mais aussi à une infinité d’univers parallèles, le tout formant un vaste et fantastique « multivers ».

A ces sujets vertigineux, Trinh Xuan Thuan apporte ses réflexions avec la pédagogie lumineuse, à la fois scientifique, philosophique et poétique qui lui est coutumière et qui a fait le grand succès de La Mélodie secrète, du Chaos et l’Harmonie, et, plus récemment, du Cosmos et le Lotus.

 

 

Comme le mathématicien franco-américain André Weil (1906-1998) l’a formulé : « Dieu existe, parce que la structure des mathématiques est cohérente; mais le Diable existe aussi, parce que nous ne pouvons le démontrer ! »

Trinh Xuan Thuan, Désir d'infinipage 116

 

« Revenons à notre question du début : l’univers est-il fini ou infini? En dépit de tous nos efforts, nous ne le savons toujours pas. Il se fait que l’univers a une courbure nulle. Ce qui veut dire que, selon sa topologie, il peut être bien infini (comme dans le cas d’une nappe) que fini (comme dans le cas d’un « tore »). Les deux possibilités sont compatibles avec notre connaissance de l’univers. Les équations de la relativité ne nous disent rien sur la topologie de l’univers. Einstein a évoqué ainsi, de façon humoristique, notre ignorance de la taille de l’univers : « Deux choses sont infinis : l’univers et la stupidité humaine; et je ne suis pas sûr de l’infinitude de l’univers. »

Trinh Xuan Thuan, Désir d'infini, page 262

 

« Autre raison pour laquelle je m’insurge contre l’hypothèse du hasard : je ne puis concevoir que toute la beauté, l’harmonie et l’unité du monde soient le seul fait de la contingence, que la merveilleuse organisation du cosmos que je contemple grâce à mes télescopes n’ait aucun sens. L’univers est beau : des pouponnières stellaires aux galaxies spirales, des cimes enneigées aux plaines verdoyantes, des couchers de soleil aux nuits étoilées, du ciel bleu aux aurores boréales, l’univers nous touche au plus profond de l’âme. Il est harmonieux parce que les lois physiques qui le régissent semblent ne varier ni dans l’espace, ni dans le temps. Les lois qui dictent le comportement des phénomènes physiques sur Terre, ce gain de sable dans l’océan cosmique, sont les mêmes que celles qui régissent les galaxies les plus lointaines. Nous le savons parce que les télescopes, on l’a dit, sont des appareils à remonter le temps : voir loin, c’est voir tôt. »

Trinh Xuan Thuan, Désir d'infini, pages 406-407

 

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01 mars 2015

Platon

Platon

 

Platon est généralement considéré comme l'un des premiers philosophes occidentaux, sinon comme l’inventeur de la philosophie. Son œuvre, composée presque exclusivement de dialogues, est d'une grande richesse de style et de contenu, et produit, sur de nombreux sujets, les premières formulations classiques des problèmes majeurs de l'histoire de la philosophie occidentale. Chaque dialogue de Platon est l'occasion d'interroger un sujet donné, par exemple le beau ou le courage. La pensée de Platon n'est pas monolithique ; une partie de ses dialogues aboutissent à des apories philosophiques : apportant une solution aux problèmes posés, ils ne constituent pas une réponse unique et définitive. Théophraste dit que Platon fut le premier par la renommée et le génie, tout en étant le dernier dans la chronologie. Comme il avait voué la majeure partie de son activité à la philosophie première, il se consacra aussi aux apparences et aborda l’Histoire Naturelle, dans laquelle il voulut établir deux principes : l’un subissant, comme la matière, appelé récepteur universel, l’autre agissant, comme une cause, qu’il rattache à la puissance du dieu et du Bien.

Platon développe une réflexion sur les Idées communément appelée théorie des Formes ou théorie des Idées dans laquelle le monde sensible est considéré comme un ensemble de réalités participant de leurs modèles immuables. La Forme suprême est, selon le contexte, tantôt le Bien, tantôt le Beau. La philosophie politique de Platon considère que la Cité juste doit être construite selon le modèle du Bien en soi.

 

Platon - Oeuvres complètes

 

Titre : Platon – Œuvres complètes

Auteur : Platon (traduit par Luc Brisson)

Genre : Philosophie

Date : 2011

Pages : 2198

Éditeur : Flammarion

Collection : -

ISBN : 978-2-0812-4937-0

 

 

Luc Brisson est l'un des meilleurs spécialistes de l'œuvre de Platon. Directeur de recherche au CNRS, il a traduit et commenté de nombreux dialogues de Platon, le livre III de Diogène Laërce, plusieurs traités de Plotin, et des ouvrages de Porphyre et de Jamblique. Il est également l'auteur d'études de référence sur l'histoire de la philosophie et de la religion dans l'Antiquité.

Résumé sur le livre : Platon inaugure, par l'intermédiaire de Socrate, ce geste intellectuel primordial : s'interroger, sans préjugés, sur ce qui fait que la vie de l'homme et de la cité vaut d'être vécue. C'est pourquoi nous n'avons pas cessé d'être les contemporains de Socrate qui, dans les rues d'Athènes et sur la place publique, discutait avec ceux qui l'entouraient de ce qui fait la valeur d'une vie humaine, de ce qui motive telle ou telle action individuelle ou civique, des buts que poursuivent l'individu et la cité. Cette édition comprend la totalité des dialogues de Platon, ainsi que la traduction inédite des œuvres douteuses et apocryphes. Elle comporte en outre une introduction générale, des notices de présentation pour chaque dialogue, des annexes, un index des noms propres et des notions, et un répertoire des citations, qui permettent à tous, néophytes ou familiers, de redécouvrir Platon.

 

Platon - Alcibiade

 

Alcibiade

 

Sans doute un des premiers dialogues de Platon, à mettre en perspective avec La république, l’Alcibiade sont les conseils de Socrate/Platon à un jeune homme ambitieux. Une mise en garde contre les dangers d’une vie politique sans réflexion. Bien évidemment toujours d’actualité.

La discussion entre Socrate et Alcibiade, qui deviendra un homme politique fameux et controversé, porte sur les fondements de l’éthique, définie comme gouvernement de soi, et sur ceux de la politique, définie comme gouvernement de la cité. Alcibiade fait part à Socrate de son projet de s’engager en politique. Socrate lui promet de l’aider, mais lui demande s’il sait quelles compétences doit posséder celui qui souhaite gouverner la cité pour commander au peuple des Athéniens ; Alcibiade avoue ne pas le savoir. Lui ayant fait admettre son ignorance, Socrate convainc Alcibiade de la nécessité de devenir lui-même meilleur avant d’entreprendre quoique ce soit. Or, pour devenir meilleur, il faut prendre soin de soi-même, ce qui exige de se connaître soi-même.

 

 

 

Platon - Gorgias

 

 Gorgias

 

Le « Gorgias » est un dialogue vif, voire violent. Il aborde une multitude de questions qui se regroupent autour de deux axes : d’une part, celles qui touchent à la rhétorique, qui n’est pas un art ou une technique, mais un savoir-faire, une routine ayant pour but de séduire ses auditeurs par le discours, elle se situe du côté de la flatterie dont la fin est le plaisir ; et celles qui se rapportent à la justice et à la philosophie, comme mode de vie et comme recherche du vrai et du bien.

Tout comme le « Phèdre », le « Gorgias » s’interroge sur le bon usage du discours en tant qu’instrument d’action politique, à l’assemblée, et judiciaire, au tribunal. Il définit la philosophie comme la recherche du vrai et du bien, ces derniers étant indissociables comme l’illustre la maxime « Nul ne commet le mal de son plein gré ». Peut-on négliger le vrai et se contenter du vraisemblable? Le droit du plus fort doit-il prévaloir, comme le soutient Calliclès? Qu’est-ce qui explique que l’homme commettre le mal? Telles sont les questions que soulève le Gorgias. Le dialogue s’achève sur le récit d’un mythe décrivant le jugement de l’âme après la mort, et ses pérégrinations sous la terre, un mythe qui rappelle que l’âme survit après s’être séparée du corps qu’elle habite provisoirement, et qu’elle devra rendre des comptes après la mort.

Le dialogue se tient dans la maison de Calliclès, où réside Gorgias, le célèbre rhéteur, originaire de Léontinoi en Sicile. Venu avec Chéréphon, celui qui interrogea l’Oracle de Delphes, Socrate y retrouve Gorgias, Polos, un Sicilien qui serait l’auteur d’un traité de rhétorique et Calliclès, un personnage qui n’est connu que par ce dialogue. Cette attaque contre la démocratie directe alors pratiquée à Athènes et dont le discours était l’instrument privilégié peut être lue comme la dénonciation de l’injustice que constituèrent le procès de Socrate et sa condamnation à mort décrits dans l’Euthyphron, l’Apologie, le Criton et le Phédon.

 

 

 

Platon - Lachès

 

Lachès

  

L’apprentissage des armes est-il bon pour la jeunesse ? Partant de cette simple question, les points de vue s’affrontent. Derrière le problème pédagogique pointe le problème politique. Socrate s’en mêle et change la discussion de comptoir en entretien philosophique.

Lysimaque et Mélésias, qui sont les fils de grands hommes d’état, qui sont les fils de grands hommes d’État, Aristide pour le premier et Thucydide pour le second, déplorent le fait que leurs pères ne leur aient pas donné l’éducation qui aurait pu leur permettre d’acquérir gloire et renommée. Voilà pourquoi, désirant offrir à leurs enfants la meilleure éducation, ils ont convoqué Nicias et Lachès, deux hommes politiques qui se sont occupés au plus haut niveau des affaires militaires d’Athènes, à assister à une démonstration (epideixis) d’hoplomachiede combat en armes donné par le maître d’armes Stésilas, afin que, en leur qualité de militaires, ils expriment leur avis sur la valeur éducative de l’hoplomachie. Le dialogue s’engage alors autour de deux thèmes suivants : l’éducation et le courage.

Dans un premier temps, la discussion porte sur la valeur de l’hoplomachie dans le cadre de l’éducation (178a-190c). Alors que Nicias se dit prêt à donner son avis, quand s’arrête la démonstration, Lachès s’étonne que Lysimaque n’ait pas plutôt sollicité le conseil de Socrate, qui est un spécialiste dans le domaine de l’éducation (178a-181d). Les avis sont partagés sur la valeur éducative de l’hoplomachie (181e-184d). Pour Nicias, elle ne fait aucun doute. Lachès, lui, se montre sceptique. Les arguments de Nicias et de Lachès sont développés de facon rhétorique sous la forme de longs discourts qui s’opposent sans possibilité de médiation. Il faut attendre l’intervention de Socrate pour que l’on passe à une discussion véritablement dialectique qui exige des questions et des réponses courtes. Socrate rappelle alors que l’éducation s’adresse à l’âme (184d-190b). Voilà pourquoi, refusant de prendre parti entre Lachès et Nicias, Socrate estime qu’il faut trouver un expert dans le soin des âmes (184d-187b), car lui-même doit, comme à son habitude, reconnaître son impuissance en ce domaine. Tout ce qu’il peut faire est soumettre Nicias et Lachès au jeudes questions et réponses dans le cadre d’une réfutation (élegkhos) sur la question de la vertu. Car comment déterminer le soin qu’il faut donner à l’âme si l’on ne sait pas ce qu’est la vertu, et donc l’excellence de l’âme (189c-190c)? Et puisque la question est considérable, on limitera l’examen à une partie seulement de la vertu, le courage.

Lachès propose alors deux définitions du courage. Le courage, c’est de rester à sa place dans le rang (190e-192b). Socrate n’a pas de peine à montrer que cette définition ne tient pas d’un point de vue strictement militaire. Puis il explique qu’il faut élargir le cadre de cette définition à une multitude d’autres domaines. Deuxième définition de Lachès : le courage, c’est la fermeté réfléchie de l’âme (192c-194b). Socrate fait alors valoir contre cette définition que ce n’est pas toute forme de fermeté réfléchie qui est courage ; et qu’il y a même des cas de fermeté irréfléchie qui sont courage. Cette seconde définition du courage n’est pas totalement rejetée par Socrate, car, pour dire ce qu’est le courage, la fermeté doit être associée à un savoir qui n’est pas bien circonscrit par Lachès. Puis c’est au tour de Nicias (194c-200a) de proposer une nouvelle définition du courage, comme la connaissance de ce qui inspire la crainte ou la confiance. Lachès intervient pour expliquer qu’il ne peut admettre que le courage soit une forme de savoir (195a-196b), notamment parce qu’il n’est pas possible de déterminer qui doit posséder ce savoir : le médecin, le devin, etc. Socrate intervient à son tour (116c-200a). Si le médecin et le devin ne possèdent pas ce savoir particulier en quoi consiste le courage, c’est que le courage n’est pas à la portée de tous, mais seulement de ceux qui devant le danger ont une connaissance certaine de ce qui est à craindre ou non. Et comme cette connaissance doit s’appliquer non seulement au présent, mais aussi au passé et au futur, Nicias accepte de modifier sa définition : le courage est la science de tous les maux et de tous les biens de toutes les époques. Mais ce faisant, il définit non plus le courage, mais la vertu tout entière. La discussion aboutit donc à un constat d’échec (200a-201c). Comme le fait valoir Socrate pour conclure, ses interlocuteurs ont bien besoin d’un maître pour pouvoir répondre à ces questions.

Platon - Lettres

 

Lettres

 

Les Lettres présentent un double intérêt par rapport au reste de l’œuvre de Platon : le philosophe y parle à la première personne et se décrit en action. Dès le premier siècle de notre ère, la collection des treize lettres transmises par les principaux manuscrits est déjà constituée, puisqu’elle fait partie de la neuvième tétralogie dans l’édition de Thrasylle (voir Diogène Laërce III 61). Malheureusement, seules deux lettres peuvent être considérées comme authentiques, la septième très probablement et, moins vraisemblablement, la huitième dont certains passages semblent anachroniques. Toutes ces lettres sont introduites par la formule, tenue pour typiquement platonicienne dans l’Antiquité, eû práttein, fort difficile à traduire : la formule présente un sens général : « porte-toi bien », mais elle fait aussi référence à la conduite morale qui doit assurer le bonheur, d’où la traduction par « comporte-toi bien ».

 

Lettre I

Dans la Lettre I, très courte, Platon se plaint auprès de Denys le jeune des procédés dont il a été victime lors de son dernier séjour à Syracuse.

 

Lettre II

La Lettre II, qui est évidement apocryphe, a cependant joué un rôle de premier plan chez les néoplatoniciens. Platon répond à Denys le jeune qui lui a envoyé un émissaire pour lui demander de ne pas lancer d’attaque contre lui, à la suite de son dernier séjour à Syracuse. Cette réponse supposée donne l’occasion de développer un thème connu – quel genre de rapports doivent entretenir sagesse et pouvoir? – et d’évoquer une doctrine mystérieuse, celle des trois rois, où les néoplatoniciens reconnaîtront leurs trois hypostases : l’Un, l’Intellect et l’Âme.

 

Lettre III

La Lettre III, très bien composée, prend pour modèle la Lettre VII. À deux séries d’accusations lancées contre lui par Denys le jeune, Platon répond par une double apologie.

 

Lettre IV

La Lettre IV est adressée à Dion pour lui recommander la modération dans le conflit armé qui l’oppose désormais à Denys le jeune.

 

Lettre V

Cette lettre se veut une réponse à une lettre envoyée par Perdicas III, le frère aîné de Philippe II de Macédoine, qui a demandé à Platon de lui envoyer un conseiller politique formé à l’Académie : Euphraios d’Eubée sera cet homme. Et si Athènes n’est pas la première à bénéficier de ces conseils, c’est qu’elle n’y est pas prête.

 

Lettre VI

Le thème central de cette lettre reprend l’un de ceux développés dans la Lettre II : quel genre de rapports doivent entretenir la sagesse et le pouvoir? Hermias, le tyran d’Atarnée, doit utiliser comme conseillers deux frères, Érastos et Coriscos, qui ont fréquenté l’Académie.

 

Lettre VII

Cette lettre écrite peu de temps après la mort de Dion, assassiné en juin 354 avant J.-C., est adressée à ses proches et à ses partisans. En fait, c’est de lui-même que parle Platon dans cette lettre ouverte qui prend l’allure d’un récit, interrompu par des conseils (330b-337e) et par un digression philosophique (341a-345c), laquelle reste le passage le plus célèbre de la lettre, où Platon raconte comment se sont formées ses idées politiques, comment il a été amené à se rendre à Syracuse, et quelles furent ses relations avec Denys l’ancien et Denys le jeune. Les arguments en faveur de l’authenticité de cette lettre ont beaucoup de poids.

 

Lettre VIII

La Lettre VIII est adressée aux mêmes destinataires que la lettre précédente, mais le ton et l’intention ont changé. Platon semble être plus conciliant à l’égard de Denys le jeune et se montre confiant dans l’avenir. Il donne des conseils pour mettre fin à la guerre civile. Pour éviter les deux écueils que sont la tyrannie et la démocratie, la tyrannie doit être transformée en une royauté du genre de celle qu’à établie Lycurgue à Sparte. Ainsi les gens de Syracuse et ceux de Sicile seront asservis non pas à un despote quel qu’il soit, mais à des lois. Ce programme comporte, dans le détail, plusieurs anachronismes qui rendent l’authenticité de la lettre problématique.

 

Lettre IX

La Lettre IX est adressée à Archytas – « stratège » àTarente, en Italie du Sud, durant sept années consécutives – qui s’est plaint de ne pouvoir abandonner les affaires publiques pour se consacrer à ses études. Platon lui répond que nous ne nous appartenons pas, mais que nous avons des devoirs envers notre patrie et nos parents, et que de surcroît ce sont les circonstances qui orientent notre action.

 

Lettre X

Ce court billet rappelle à Aristote, un partisan de Dion, les qualités qui doivent être celles du philosophe.

 

Lettre XI

Cette lettre est adressée à Laodamas de Thasos, un mathématicien qui, selon la tradition, aurait fréquenté l’Académie et qui aurait joué un rôle politique à l’occasion de la fondation de Krénidés. Platon, à qui il a demandé de venir ou d’envoyer un membre de l’Académie pour doter la colonie de bonnes lois, s’excuse de ne pouvoir répondre à son appel : à son âge, il ne peut se déplacer facilement.

 

Lettre XII

Court billet adressé à Archytas. Platon accuse réception d’écrits pythagoriciens, qui auraient pu lui servir à écrire le Timée, puis il annonce à Archytas (qui lui répond) l’envoi de notes préparatoires à un ouvrage futur.

 

Lettre XIII

La Lettre XIII présente un certain nombre de ressemblances avec la Lettre II, mais Platon y apparaît sous le jour déconcertant d’un « flatteur ». Après avoir répondu à la lettre de Denys le jeune évoquant des questions scientifiques et matérielles, il s’étend longuement sur les problèmes d’argent qui l’assaillent et sur les dépenses auxquelles devraient consentir le tyran en sa faveur et en faveur d’Athènes; et il va jusqu’à donner à Denys le jeune des conseils financiers.

 

 

 

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