Jean-Luc Mélenchon

Si Jean-Luc Mélenchon se qualifie lui-même de socialiste républicain, son ambition ultime est de parvenir à « être le rassembleur de toute la gauche » sur une ligne politique antilibérale voire anticapitaliste, dans le cadre de ce qu'il désigne comme « révolution citoyenne », pour gouverner et transformer profondément la France dans le sens du progrès massif de l'intérêt général (refondation républicaine). Tout en se référant régulièrement à l'histoire du mouvement ouvrier, il tente aussi régulièrement de se démarquer du socialisme tel qu'il a été pratiqué dans le passé, notamment en URSS, déclarant que « la révolution citoyenne, ce n’est pas l’ancienne révolution socialiste ». Bien que refusant de les considérer comme des modèles à suivre, Jean-Luc Mélenchon a manifesté de l'intérêt pour les expériences sud-américaines boliviennes et vénézuéliennes respectivement pilotées par Evo Morales et Hugo Chávez.

 

L'ère du peuple

Titre : L’ère du peuple

Auteur : Jean-Luc Mélenchon

Genre : Politique

Date : 2016

Pages : 156

Éditeur : Arthème Fayard

Collection : Pluriel

ISBN : 978-2-8185-0540-3

 

Résumé sur le livre : "Je propose de voir plus loin que l'horizon désespérant du présent. Regardons le monde fascinant qui s'est constitué sous nos yeux en quelques décennies. Un monde chamboulé par l'explosion du nombre d'êtres humains, couvert de villes, où l'occupation de la mer elle-même a débuté. Mais un monde engagé dans un bouleversement de la hiérarchie des puissances et un changement climatique irréversible. Au point que l'existence même de la civilisation humaine est en cause. Dans ce monde surgit un acteur nouveau : le peuple. Face aux défis qui l'assaillent, il met à l'ordre du jour la révolution citoyenne. Telle est l'ère du peuple". Jean-Luc Mélanchon.

 

Extrait :

L’écosocialisme

Ce qui vient d’être présenté dans ce livre forme un tout. J’en résume le tableau. J’ai montré la totale nouveauté de bien des réalités que nous avons sous les yeux mais que nous continuons à penser avec les mots et les schémas d’hier.

Une humanité nouvelle se présente sous les yeux du futur. Dans ce contexte, un acteur nouveau s’est constitué à partir de sa condition urbaine si nouvelle dans l’histoire et grâce aux réseaux de toutes sortes dont dépend toute son existence quel que soit son statut social : le peuple. Le voici fort d’une conscience humaine nouvelle. Il a déjà fait la preuve de sa puissance en menant des révolutions citoyennes victorieuses à partir des grandes places publiques des capitales du monde.

Quel peut être son programme? Une réponse existe. En décembre 2012 se sont tenues à Paris les premières « assises de l’écosocialisme ». Elles réunissaient un très large panel d’intervenants et de penseurs. Un document de synthèse en est issu. Nous l’avons intitulé « Manifeste de l’écosocialisme ». Il a été traduit en douze langues et présenté en conférence dans une dizaine de capitales européennes et maghrébines. Il a donné lieu à l’installation d’un réseau européen d’organisations qui se sont retrouvés à trois reprises à Paris, Bruxelles et Londres pour s’accorder sur des actions communes. Ce travail est sans équivalent dans le monde. Il ne fait que commencer.

Puisque je suis parvenu à la conclusion de ce livre, j’en reviens donc à ce texte dont j’ai été l’un des auteurs. Je n’en retiendrai ici que les quatre premières thèses sur un ensemble de dix-huit que contient le document. Elles énoncent les principes qui organisent ce programme et une vision du monde à construire.

Le paradigme de l’intérêt général humain

Dans la réalité, avant toute idée humaine sur le sujet, l’être humain est partie intégrante de l’écosystème dans lequel il vit. Ils ne peuvent être dissociés. Or il n’y a qu’un seul écosystème global compatible avec la vie humaine. Dès lors, nous sommes tous semblables dans notre dépendance à lui. Ce fait s’impose à tous en dépit de nos différences de tous ordres. Il y a donc un intérêt général humain qui est lié à celui des autres espèces vivantes : préserver l’écosystème qui rend la vie humaine possible. Comment l’identifier sinon par la libre délibération collective? Comment celle-ci pourrait-elle être libre si les uns dominent les autres, si des vérités révélées s’imposent au préalable? La réponse appelle donc la démocratie, l’égalité sociale, le féminisme et la laïcité.

Ce sont des conditions indispensables pour que le débat citoyen puisse avoir lieu sans intrusion de force oligarchique, dogmatique ou patriarcale. Enfin, dans la délibération pour déterminer l’intérêt général humain, chacun d’entre nous est appelé à dire non pas ce qui est bon pour lui mais ce qui est bon pour tous. Cela institue l’universalité des droits humains, la citoyenneté comme devoir et la République comme nécessité. Tel est le lien raisonné qui unit l’écologie politique et le projet de République sociale universelle. C’est cette théorie politique globale que nous nommons écosocialisme. Il s’agit d’un humanisme et d’un universalisme socialiste concrets.

Une alternative concrète et radicale

L’écosocialisme n’est pas une utopie à laquelle le réel devrait se conformer. C’est la réponse humaine raisonnée à l’impasse dans laquelle est enfermée dorénavant l’humanité en raison des modes de production et de consommation de notre temps qui épuisent l’être humain et l’environnement. Elle appelle une pensée et une action politique « radicales », au sens où elles doivent aller à la racine des causes. Nous combattons donc les deux moteurs du système actuel : le capitalisme et le productivisme. Le capitalisme impose la marchandisation pour faire de toute chose une nouvelle source de profit. Il est ainsi responsable du creusement des inégalités sociales et de la mondialisation à l’œuvre, libérale et liberticide, où règne le dumping social et environnemental avec la délocalisation des pollutions et des altérations de l’écosystème. Le productivisme épuise les ressources naturelles et perturbe le climat. L’idéologie consumériste et son corollaire. Elle élève l’accumulation matérielle au rang de loi à grands coups de publicité pour générer des besoins jamais rassasiés. Nous désignons les vrais coupables de ce système : l’oligarchie financière mondialisée, les gouvernements soumis aux lobbies des multinationales sans contrôle démocratique, les idéologues de la concurrence « libre et non faussée », du « capitalisme vert » et du libre-échange. Face à eux, l’écosocialisme est une alternative pour sortir de la crise et imposer l’intérêt général humain : partager les richesses sans attendre, fonder une nouvelle économie des besoins et de la sobriété, préserver le climat, l’écosystème et sa biodiversité.

Une nouvelle synthèse politique du projet humaniste

L’écosocialisme est un nouveau projet politique réalisant la synthèse d’une écologie nécessairement anticapitaliste et d’un socialisme débarrassé des logiques du productivisme. Il permet ainsi la jonction des grands courants de la gauche dans un nouveau concept politique. Nous avons besoin de ce projet de société alternatif au capitalisme. Il trace une ligne d’horizon dans la lutte pour une société d’émancipation et de progrès où le saccage de l’environnement et l’exploitation de l’homme par l’homme auront disparu. Notre projet écosocialiste prend en compte à la fois les besoins humains et les limites de la planète. Il repense l’utilité sociale de la production, nos manières de consommer, nos besoins réels, la finalité de nos produits et la manière de les créer.

Le dépassement du socialisme

Le socialisme a toujours visé l’émancipation de la personne humaine. Pour cela il veut le partage de la richesse, la démocratisation du pouvoir et l’éducation globale de chaque femme et de chaque homme. Ce programme est toujours le nôtre. Mais nous savons dorénavant que l’émancipation ne peut être atteinte par la croissance sans fin : l’écosystème qui rend la vie possible ne le permet pas. Ce constat oblige à définir un nouveau modèle de progrès en rupture avec la frénésie mercantile du capitalisme. Doivent être repensés non seulement le système de production et d’échange, mais aussi le contenu des productions et les modes de consommation ainsi que leur quantité. Cette approche implique par conséquent l’ensemble de l’organisation sociale et politique. Elle nous oblige à penser de façon nouvelle ce qu’est véritablement le progrès humain dans la perspective de la préservation de l’écosystème. Dans ces conditions, nous proposons un nouvel énoncé de la stratégie émancipatrice pour le futur de l’humanité. Cette nouvelle conscience et son programme d’action sont l’écosocialisme. Ses méthodes sont la radicalité concrète, la planification écologique et la révolution citoyenne.

Je ne prétends pas que ces lignes soient un modèle de littérature. Mais elles ont l’avantage de dire beaucoup de choses en peu de mots. Le bouleversement qu’elles proposent sera plus rude qu’il n’y parait. Cependant on doit se demander s’il n’est pas déjà trop tard. Le nombre des humains s’emballe et son espace naturel se souille à mesure ; le changement climatique a commencé ; la dette écologique franchit le seuil de l’irréversible ; l’ordre politique du monde bascule sous nos yeux ; la guerre généralisée se profile. L’état de mon pays dans ce contexte suscite en moi tout le pessimisme de la raison. Mais aussi tout l’optimisme de l’action.

Certes en France le volcan a explosé du mauvais côté de la montagne en donnant de la puissance à l’extrême droite lors des dernières élections.

Mais ma belle patrie républicaine porte en elle la lumière que contient son histoire. Je fais donc miens les mots de Jean Jaurès : « Nous savons par une expérience qui s’appelle la Révolution française qu’il ne faut jamais désespérer et qu’un jour ou l’autre, dans notre pays de France, la grandeur des évènements répond à la grandeur de la pensée! ».

Jean-Luc Mélenchon, L’ère du peuple, pages 114 à 118

 

 

 

 

L'avenir en commun

Titre : L’avenir en commun

Auteur : Jean-Luc Mélenchon

Genre : Politique

Date : 2016

Pages : 127

Éditeur : Du Seuil

Collection : -

ISBN : 978-2-02-131751-0

 

En cours d’élaboration sous la direction de l’économiste Jacques Généreux et de la juriste Charlotte Girard, ce projet politique s’articule autour de sept axes principaux :La sixième République. « Je voudrais être le dernier président de la 5e République et rentrer chez moi sitôt qu’une Assemblée constituante, élue pour changer de fond en comble la Constitution, ait aboli la monarchie présidentielle et restauré le pouvoir de l’initiative populaire. » Le partage des richesses. Réforme fiscale, régulation de la finance, droit du travail, salaire minimum et salaire maximum... La planification écologique. Transition énergétique. Mutation planifiée des modes de production et de consommation, de l’agriculture, des transports. Sortir des traités européens. Désobéissance aux traités européens qui nous font obligation de mener des politiques d’austérité. L’alternative : refondation ou sortie de l’euro. La paix et l’indépendance. La France ne doit plus être à la remorque des États-Unis et de l’OTAN. Sa vocation est à l’ONU et dans la coopération avec les pays émergents. Son ancrage est en Méditerranée et avec les peuples francophones du continent africain… Le progrès. Santé, éducation, culture, science, sport.Aux frontières de l’humanité. La France est le deuxième territoire maritime du monde, et la deuxième nation pour la cotisation à la conquête de l’espace ! Ici se trouvent deux immenses gisements d’emplois, d’inventions et de progrès écologiques pour la France et la civilisation humaine.