Max Gallo

 

Max Gallo est un romancier, essayiste, historien, biographe et homme politique français d'origine italienne. Il est membre de l'Académie française depuis 2007. Il a écrit des romans, qu'il appelle des ouvrages de « politique-fiction », sous le pseudonyme de Max Laugham, ainsi que des « romans-Histoire », en travaillant avec les ressources historiques et en complétant son écriture de façon romanesque en y ajoutant son expérience personnelle et ses sentiments.

 

 

Voltaire et Rousseau

 

Titre : Voltaire et Rousseau, la révolution des esprits

Auteur : Dirigé par Max Gallo

Genre : Historique, philosophie des lumières

Date : 2012

Pages : 378

Éditeur : Éditions Garnier

Collection : Ils ont fait la France

ISBN : 978-2-8105-0431-2

 

Voltaire et Rousseau sont les deux incarnations majeures du siècle des Lumières, ce XVIIIe siècle que leurs oeuvres, leurs actions, leur rayonnement ont façonné. L'histoire les a unis au Panthéon, le haut lieu de la mémoire nationale. Ils sont morts tous les deux en 1778, Voltaire le 30 mai, Rousseau le 2 juillet. Ils sont bien du même siècle, mais Goethe a raison d'écrire qu'avec Voltaire un siècle s'achèvera alors qu'avec Rousseau un autre commence... Tous deux ont conquis la notoriété par leurs écrits. Et cependant leurs vies s'opposent. Voltaire est "rassasié de gloire, libre au sein de l'abondance". Rousseau se vit comme un "obscur, tourmenté d'un mal sans remède", marié à une servante sans instruction. Voltaire, libéral, anglophile, tolérant, défend l'individu contre le pouvoir absolu et le fanatisme, Rousseau pense l'homme en société. Voltaire vit en grand seigneur à Ferney, Rousseau dévoile son être : il écrit Les Confessions, dont le succès et l'influence sont immédiats. Jean-Jacques nous console, nous émeut, il porte l'espérance, l'amour. Voltaire nous rappelle qu'il faut voir "les hommes tels qu'ils sont en effet, des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue". La France ne cesse de dialoguer avec Voltaire et Rousseau. Ils occupent l'un et l'autre, l'un contre l'autre, une place centrale dans notre identité.

 

 

Vitam impendere vero (Donner sa vie à la vérité)

Devise de Jean-Jacques Rousseau

 

C’est en éclairant les hommes, c’est en les adoucissant, qu’on peut espérer de les conduire à la liberté par un chemin sûr et facile. Mais on ne peut espérer ni de répandre les lumières ni d’adoucir les mœurs, si des guerres fréquentes accoutument à verser le sang humain sans remords, et mépriser la gloire des talents paisibles ; si, toujours occupés d’opprimer ou de défendre, les hommes mesurent leur vertu par le mal qu’ils ont pu faire, et font de l’art de détruire le premier des arts utiles.

Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres, et il leur coûtera moins pour y parvenir. Mais n’avertissons point les oppresseurs de former une ligue contre la raison, cachons-leur l’étroite et nécessaire union des lumières et de la liberté, ne leur apprenons point d’avance qu’un peuple sans préjugés est bientôt un peuple libre.

Tous les gouvernements, si on en excepte les théocraties, ont un intérêt présent de régner sur un peuple doux, et de commander à des hommes éclairés. Ne les avertissons pas qu’ils peuvent avoir un intérêt plus éloigné à laisser les hommes dans l’abrutissement. Ne les obligeons pas à choisir entre l’intérêt de leur orgueil et celui de leur repos et de leur gloire. Pour leur faire aimer la raison, il faut qu’elle se montre à eux toujours douce, toujours paisible ; qu’en demandant leur appui, elle leur offre le sien, loin de les effrayer par des menaces imprudentes. En attaquant les oppresseurs avant d’avoir éclairé les citoyens, on risquera de perdre la liberté et d’étouffer la raison. L’histoire offre la preuve de cette vérité. Combien de fois, malgré les généreux efforts des amis de la liberté, une seule bataille n’a-t-elle pas réduit des nations à une servitude de plusieurs siècles?

De quelle liberté même ont joui les nations qui l’ont recouvrée par la violence des armes, et non par la force de la raison? D’une liberté passagère, et tellement troublée par des orages, qu’on peut presque douter qu’elle ait été pour elles un véritable avantage. Presque toutes n’ont-elles pas confondu les formes républicaines avec la jouissance de leurs droits, et la tyrannie de plusieurs avec la liberté? Combien de lois injustes et contraires aux droits de la nature ont déshonoré le code de toute les nations qui ont recouvré leur liberté dans les siècles où la raison était encore dans l’enfance?

Condorcet, 1789

Cité in Max Gallo, Voltaire et Rousseau – la révolution des esprits, pages 199 et 200 (f)

 

La paix est la vertu de la civilisation, la guerre en est le crime.

Victor Hugo, 1878

Cité in Max Gallo, Voltaire et Rousseau – la révolution des esprits, page 210 (f)

 

Quiconque dit aujourd’hui : la force prime le droit, fait acte de moyen âge, et parle aux hommes de trois cents ans en arrière.

Victor Hugo, 1878

Cité in Max Gallo, Voltaire et Rousseau – la révolution des esprits, page 217

 

Aujourd’hui la force s’appelle la violence et commence à être jugée, la guerre est mise en accusation ; la civilisation, sur la plainte du genre humain, instruit le procès et dresse le grand dossier criminel des conquérants et des capitaines. Ce témoin, l’Histoire, est appelé. La réalité apparaît. Les éblouissements factices se dissipent. Dans beaucoup de cas, le héros est une variété de l’assassin. Les peuples en viennent à comprendre que l’agrandissement d’un forfait n’en saurait être la diminution, que si tuer est un crime, tuer beaucoup n’en peut pas être la circonstance atténuant ; que si voler est une honte, envahir ne saurait être une gloire ; que les Te Deum n’y font pas grand-chose ; que l’homicide est l’homicide, que le sang versé est le sang versé, que cela ne sert à rien de s’appeler César ou Napoléon, et qu’aux yeux du Dieu éternel on ne change pas la figure du meurtre parce qu’au lieu d’un bonnet de forçat on lui met sur la tête une couronne d’empereur.

Victor Hugo, 1878

Cité in Max Gallo, Voltaire et Rousseau – la révolution des esprits, page 217 (f)

 

C’est donc une très grande erreur en politique d’imaginer que la fréquence des assemblées de la nation peut nuire au bien public ; rien n’attache autant le citoyen à sa patrie que l’habitude de s’occuper des intérêts publics ; rien n’élève autant les âmes que cet esprit de dignité que l’on puisse à l’aspect du corps législatif, à la souveraineté duquel chaque membre se sent participer ; rien enfin ne resserre autant les liens qui doivent unir les citoyens entre eux, comme de se trouver souvent rassemblés pour discuter leurs intérêts communs. Le peuple doit avoir toujours l’œil ouvert sur les intérêts généraux, et veiller au maintien de la législation, dont il est le gardien suprême.

Louis-Sébastien Mercier, 1791

Cité in Max Gallo, Voltaire et Rousseau – la révolution des esprits, pages 245 et 246

 

Plusieurs écrivains célèbres ont mis de même dans leur premier ouvrage le germe de tous les autres. On commence par penser sur tous, on parcourt tous les objets, avant de s’assujettir à un plan, avant de suivre une route : dans la jeunesse les idées viennent en foule : on a peut-être dès lors toutes celles qu’on aura ; mais elles sont encore confuses : on les mets en ordre ensuite, et leur nombre augmente aux yeux des autres ; on les domine, on les soumet à la raison, et leur puissance devient en effet plus grande.

Germaine de Staël

Cité in Max Gallo, Voltaire et Rousseau – la révolution des esprits, page 280

 

Le plus petit argument suffit pour me renverser ; je n’ai d’esprit qu’une demie heure après les autres. Je sais ce qu’il faut répondre quand il en est plus temps.

Jean-Jacques Rousseau

Cité in Max Gallo, Voltaire et Rousseau – la révolution des esprits, pages 376 et 377