Platon

 

Platon est généralement considéré comme l'un des premiers philosophes occidentaux, sinon comme l’inventeur de la philosophie. Son œuvre, composée presque exclusivement de dialogues, est d'une grande richesse de style et de contenu, et produit, sur de nombreux sujets, les premières formulations classiques des problèmes majeurs de l'histoire de la philosophie occidentale. Chaque dialogue de Platon est l'occasion d'interroger un sujet donné, par exemple le beau ou le courage. La pensée de Platon n'est pas monolithique ; une partie de ses dialogues aboutissent à des apories philosophiques : apportant une solution aux problèmes posés, ils ne constituent pas une réponse unique et définitive. Théophraste dit que Platon fut le premier par la renommée et le génie, tout en étant le dernier dans la chronologie. Comme il avait voué la majeure partie de son activité à la philosophie première, il se consacra aussi aux apparences et aborda l’Histoire Naturelle, dans laquelle il voulut établir deux principes : l’un subissant, comme la matière, appelé récepteur universel, l’autre agissant, comme une cause, qu’il rattache à la puissance du dieu et du Bien.

Platon développe une réflexion sur les Idées communément appelée théorie des Formes ou théorie des Idées dans laquelle le monde sensible est considéré comme un ensemble de réalités participant de leurs modèles immuables. La Forme suprême est, selon le contexte, tantôt le Bien, tantôt le Beau. La philosophie politique de Platon considère que la Cité juste doit être construite selon le modèle du Bien en soi.

 

Platon - Oeuvres complètes

 

Titre : Platon – Œuvres complètes

Auteur : Platon (traduit par Luc Brisson)

Genre : Philosophie

Date : 2011

Pages : 2198

Éditeur : Flammarion

Collection : -

ISBN : 978-2-0812-4937-0

 

 

Luc Brisson est l'un des meilleurs spécialistes de l'œuvre de Platon. Directeur de recherche au CNRS, il a traduit et commenté de nombreux dialogues de Platon, le livre III de Diogène Laërce, plusieurs traités de Plotin, et des ouvrages de Porphyre et de Jamblique. Il est également l'auteur d'études de référence sur l'histoire de la philosophie et de la religion dans l'Antiquité.

Résumé sur le livre : Platon inaugure, par l'intermédiaire de Socrate, ce geste intellectuel primordial : s'interroger, sans préjugés, sur ce qui fait que la vie de l'homme et de la cité vaut d'être vécue. C'est pourquoi nous n'avons pas cessé d'être les contemporains de Socrate qui, dans les rues d'Athènes et sur la place publique, discutait avec ceux qui l'entouraient de ce qui fait la valeur d'une vie humaine, de ce qui motive telle ou telle action individuelle ou civique, des buts que poursuivent l'individu et la cité. Cette édition comprend la totalité des dialogues de Platon, ainsi que la traduction inédite des œuvres douteuses et apocryphes. Elle comporte en outre une introduction générale, des notices de présentation pour chaque dialogue, des annexes, un index des noms propres et des notions, et un répertoire des citations, qui permettent à tous, néophytes ou familiers, de redécouvrir Platon.

 

Platon - Alcibiade

 

Alcibiade

 

Sans doute un des premiers dialogues de Platon, à mettre en perspective avec La république, l’Alcibiade sont les conseils de Socrate/Platon à un jeune homme ambitieux. Une mise en garde contre les dangers d’une vie politique sans réflexion. Bien évidemment toujours d’actualité.

La discussion entre Socrate et Alcibiade, qui deviendra un homme politique fameux et controversé, porte sur les fondements de l’éthique, définie comme gouvernement de soi, et sur ceux de la politique, définie comme gouvernement de la cité. Alcibiade fait part à Socrate de son projet de s’engager en politique. Socrate lui promet de l’aider, mais lui demande s’il sait quelles compétences doit posséder celui qui souhaite gouverner la cité pour commander au peuple des Athéniens ; Alcibiade avoue ne pas le savoir. Lui ayant fait admettre son ignorance, Socrate convainc Alcibiade de la nécessité de devenir lui-même meilleur avant d’entreprendre quoique ce soit. Or, pour devenir meilleur, il faut prendre soin de soi-même, ce qui exige de se connaître soi-même.

 

 

 

Platon - Gorgias

 

 Gorgias

 

Le « Gorgias » est un dialogue vif, voire violent. Il aborde une multitude de questions qui se regroupent autour de deux axes : d’une part, celles qui touchent à la rhétorique, qui n’est pas un art ou une technique, mais un savoir-faire, une routine ayant pour but de séduire ses auditeurs par le discours, elle se situe du côté de la flatterie dont la fin est le plaisir ; et celles qui se rapportent à la justice et à la philosophie, comme mode de vie et comme recherche du vrai et du bien.

Tout comme le « Phèdre », le « Gorgias » s’interroge sur le bon usage du discours en tant qu’instrument d’action politique, à l’assemblée, et judiciaire, au tribunal. Il définit la philosophie comme la recherche du vrai et du bien, ces derniers étant indissociables comme l’illustre la maxime « Nul ne commet le mal de son plein gré ». Peut-on négliger le vrai et se contenter du vraisemblable? Le droit du plus fort doit-il prévaloir, comme le soutient Calliclès? Qu’est-ce qui explique que l’homme commettre le mal? Telles sont les questions que soulève le Gorgias. Le dialogue s’achève sur le récit d’un mythe décrivant le jugement de l’âme après la mort, et ses pérégrinations sous la terre, un mythe qui rappelle que l’âme survit après s’être séparée du corps qu’elle habite provisoirement, et qu’elle devra rendre des comptes après la mort.

Le dialogue se tient dans la maison de Calliclès, où réside Gorgias, le célèbre rhéteur, originaire de Léontinoi en Sicile. Venu avec Chéréphon, celui qui interrogea l’Oracle de Delphes, Socrate y retrouve Gorgias, Polos, un Sicilien qui serait l’auteur d’un traité de rhétorique et Calliclès, un personnage qui n’est connu que par ce dialogue. Cette attaque contre la démocratie directe alors pratiquée à Athènes et dont le discours était l’instrument privilégié peut être lue comme la dénonciation de l’injustice que constituèrent le procès de Socrate et sa condamnation à mort décrits dans l’Euthyphron, l’Apologie, le Criton et le Phédon.

 

 

 

Platon - Lachès

 

Lachès

  

L’apprentissage des armes est-il bon pour la jeunesse ? Partant de cette simple question, les points de vue s’affrontent. Derrière le problème pédagogique pointe le problème politique. Socrate s’en mêle et change la discussion de comptoir en entretien philosophique.

Lysimaque et Mélésias, qui sont les fils de grands hommes d’état, qui sont les fils de grands hommes d’État, Aristide pour le premier et Thucydide pour le second, déplorent le fait que leurs pères ne leur aient pas donné l’éducation qui aurait pu leur permettre d’acquérir gloire et renommée. Voilà pourquoi, désirant offrir à leurs enfants la meilleure éducation, ils ont convoqué Nicias et Lachès, deux hommes politiques qui se sont occupés au plus haut niveau des affaires militaires d’Athènes, à assister à une démonstration (epideixis) d’hoplomachiede combat en armes donné par le maître d’armes Stésilas, afin que, en leur qualité de militaires, ils expriment leur avis sur la valeur éducative de l’hoplomachie. Le dialogue s’engage alors autour de deux thèmes suivants : l’éducation et le courage.

Dans un premier temps, la discussion porte sur la valeur de l’hoplomachie dans le cadre de l’éducation (178a-190c). Alors que Nicias se dit prêt à donner son avis, quand s’arrête la démonstration, Lachès s’étonne que Lysimaque n’ait pas plutôt sollicité le conseil de Socrate, qui est un spécialiste dans le domaine de l’éducation (178a-181d). Les avis sont partagés sur la valeur éducative de l’hoplomachie (181e-184d). Pour Nicias, elle ne fait aucun doute. Lachès, lui, se montre sceptique. Les arguments de Nicias et de Lachès sont développés de facon rhétorique sous la forme de longs discourts qui s’opposent sans possibilité de médiation. Il faut attendre l’intervention de Socrate pour que l’on passe à une discussion véritablement dialectique qui exige des questions et des réponses courtes. Socrate rappelle alors que l’éducation s’adresse à l’âme (184d-190b). Voilà pourquoi, refusant de prendre parti entre Lachès et Nicias, Socrate estime qu’il faut trouver un expert dans le soin des âmes (184d-187b), car lui-même doit, comme à son habitude, reconnaître son impuissance en ce domaine. Tout ce qu’il peut faire est soumettre Nicias et Lachès au jeudes questions et réponses dans le cadre d’une réfutation (élegkhos) sur la question de la vertu. Car comment déterminer le soin qu’il faut donner à l’âme si l’on ne sait pas ce qu’est la vertu, et donc l’excellence de l’âme (189c-190c)? Et puisque la question est considérable, on limitera l’examen à une partie seulement de la vertu, le courage.

Lachès propose alors deux définitions du courage. Le courage, c’est de rester à sa place dans le rang (190e-192b). Socrate n’a pas de peine à montrer que cette définition ne tient pas d’un point de vue strictement militaire. Puis il explique qu’il faut élargir le cadre de cette définition à une multitude d’autres domaines. Deuxième définition de Lachès : le courage, c’est la fermeté réfléchie de l’âme (192c-194b). Socrate fait alors valoir contre cette définition que ce n’est pas toute forme de fermeté réfléchie qui est courage ; et qu’il y a même des cas de fermeté irréfléchie qui sont courage. Cette seconde définition du courage n’est pas totalement rejetée par Socrate, car, pour dire ce qu’est le courage, la fermeté doit être associée à un savoir qui n’est pas bien circonscrit par Lachès. Puis c’est au tour de Nicias (194c-200a) de proposer une nouvelle définition du courage, comme la connaissance de ce qui inspire la crainte ou la confiance. Lachès intervient pour expliquer qu’il ne peut admettre que le courage soit une forme de savoir (195a-196b), notamment parce qu’il n’est pas possible de déterminer qui doit posséder ce savoir : le médecin, le devin, etc. Socrate intervient à son tour (116c-200a). Si le médecin et le devin ne possèdent pas ce savoir particulier en quoi consiste le courage, c’est que le courage n’est pas à la portée de tous, mais seulement de ceux qui devant le danger ont une connaissance certaine de ce qui est à craindre ou non. Et comme cette connaissance doit s’appliquer non seulement au présent, mais aussi au passé et au futur, Nicias accepte de modifier sa définition : le courage est la science de tous les maux et de tous les biens de toutes les époques. Mais ce faisant, il définit non plus le courage, mais la vertu tout entière. La discussion aboutit donc à un constat d’échec (200a-201c). Comme le fait valoir Socrate pour conclure, ses interlocuteurs ont bien besoin d’un maître pour pouvoir répondre à ces questions.

Platon - Lettres

 

Lettres

 

Les Lettres présentent un double intérêt par rapport au reste de l’œuvre de Platon : le philosophe y parle à la première personne et se décrit en action. Dès le premier siècle de notre ère, la collection des treize lettres transmises par les principaux manuscrits est déjà constituée, puisqu’elle fait partie de la neuvième tétralogie dans l’édition de Thrasylle (voir Diogène Laërce III 61). Malheureusement, seules deux lettres peuvent être considérées comme authentiques, la septième très probablement et, moins vraisemblablement, la huitième dont certains passages semblent anachroniques. Toutes ces lettres sont introduites par la formule, tenue pour typiquement platonicienne dans l’Antiquité, eû práttein, fort difficile à traduire : la formule présente un sens général : « porte-toi bien », mais elle fait aussi référence à la conduite morale qui doit assurer le bonheur, d’où la traduction par « comporte-toi bien ».

 

Lettre I

Dans la Lettre I, très courte, Platon se plaint auprès de Denys le jeune des procédés dont il a été victime lors de son dernier séjour à Syracuse.

 

Lettre II

La Lettre II, qui est évidement apocryphe, a cependant joué un rôle de premier plan chez les néoplatoniciens. Platon répond à Denys le jeune qui lui a envoyé un émissaire pour lui demander de ne pas lancer d’attaque contre lui, à la suite de son dernier séjour à Syracuse. Cette réponse supposée donne l’occasion de développer un thème connu – quel genre de rapports doivent entretenir sagesse et pouvoir? – et d’évoquer une doctrine mystérieuse, celle des trois rois, où les néoplatoniciens reconnaîtront leurs trois hypostases : l’Un, l’Intellect et l’Âme.

 

Lettre III

La Lettre III, très bien composée, prend pour modèle la Lettre VII. À deux séries d’accusations lancées contre lui par Denys le jeune, Platon répond par une double apologie.

 

Lettre IV

La Lettre IV est adressée à Dion pour lui recommander la modération dans le conflit armé qui l’oppose désormais à Denys le jeune.

 

Lettre V

Cette lettre se veut une réponse à une lettre envoyée par Perdicas III, le frère aîné de Philippe II de Macédoine, qui a demandé à Platon de lui envoyer un conseiller politique formé à l’Académie : Euphraios d’Eubée sera cet homme. Et si Athènes n’est pas la première à bénéficier de ces conseils, c’est qu’elle n’y est pas prête.

 

Lettre VI

Le thème central de cette lettre reprend l’un de ceux développés dans la Lettre II : quel genre de rapports doivent entretenir la sagesse et le pouvoir? Hermias, le tyran d’Atarnée, doit utiliser comme conseillers deux frères, Érastos et Coriscos, qui ont fréquenté l’Académie.

 

Lettre VII

Cette lettre écrite peu de temps après la mort de Dion, assassiné en juin 354 avant J.-C., est adressée à ses proches et à ses partisans. En fait, c’est de lui-même que parle Platon dans cette lettre ouverte qui prend l’allure d’un récit, interrompu par des conseils (330b-337e) et par un digression philosophique (341a-345c), laquelle reste le passage le plus célèbre de la lettre, où Platon raconte comment se sont formées ses idées politiques, comment il a été amené à se rendre à Syracuse, et quelles furent ses relations avec Denys l’ancien et Denys le jeune. Les arguments en faveur de l’authenticité de cette lettre ont beaucoup de poids.

 

Lettre VIII

La Lettre VIII est adressée aux mêmes destinataires que la lettre précédente, mais le ton et l’intention ont changé. Platon semble être plus conciliant à l’égard de Denys le jeune et se montre confiant dans l’avenir. Il donne des conseils pour mettre fin à la guerre civile. Pour éviter les deux écueils que sont la tyrannie et la démocratie, la tyrannie doit être transformée en une royauté du genre de celle qu’à établie Lycurgue à Sparte. Ainsi les gens de Syracuse et ceux de Sicile seront asservis non pas à un despote quel qu’il soit, mais à des lois. Ce programme comporte, dans le détail, plusieurs anachronismes qui rendent l’authenticité de la lettre problématique.

 

Lettre IX

La Lettre IX est adressée à Archytas – « stratège » àTarente, en Italie du Sud, durant sept années consécutives – qui s’est plaint de ne pouvoir abandonner les affaires publiques pour se consacrer à ses études. Platon lui répond que nous ne nous appartenons pas, mais que nous avons des devoirs envers notre patrie et nos parents, et que de surcroît ce sont les circonstances qui orientent notre action.

 

Lettre X

Ce court billet rappelle à Aristote, un partisan de Dion, les qualités qui doivent être celles du philosophe.

 

Lettre XI

Cette lettre est adressée à Laodamas de Thasos, un mathématicien qui, selon la tradition, aurait fréquenté l’Académie et qui aurait joué un rôle politique à l’occasion de la fondation de Krénidés. Platon, à qui il a demandé de venir ou d’envoyer un membre de l’Académie pour doter la colonie de bonnes lois, s’excuse de ne pouvoir répondre à son appel : à son âge, il ne peut se déplacer facilement.

 

Lettre XII

Court billet adressé à Archytas. Platon accuse réception d’écrits pythagoriciens, qui auraient pu lui servir à écrire le Timée, puis il annonce à Archytas (qui lui répond) l’envoi de notes préparatoires à un ouvrage futur.

 

Lettre XIII

La Lettre XIII présente un certain nombre de ressemblances avec la Lettre II, mais Platon y apparaît sous le jour déconcertant d’un « flatteur ». Après avoir répondu à la lettre de Denys le jeune évoquant des questions scientifiques et matérielles, il s’étend longuement sur les problèmes d’argent qui l’assaillent et sur les dépenses auxquelles devraient consentir le tyran en sa faveur et en faveur d’Athènes; et il va jusqu’à donner à Denys le jeune des conseils financiers.